Chers Européens, l'idéologie est morte

Article publié le 26 mars 2012
Article publié le 26 mars 2012
Où sont passées les têtes pensantes qui voulaient changer le monde ? Les citoyens s'éloignent de la classe politique, la droite se montre individualiste, et la gauche ne sait plus trop où elle va. Face à ce constat, un Espagnol considère la situation actuelle d'une Europe technocrate et réclame avant tout le retour d'une véritable politique (de gauche) sur l'échiquier.

Chers voisins européens, l'idéologie est morte. Elle est bien finie, l'époque où la politique était une question d'idéologie, de conscience sociale et de civisme. Ces dernières décennies, nous avons été les spectateurs voyeurs de la transformation de la politique en carrière, en profession.

Un éloignement annoncé

Avant, la politique était passionnée et avait pour acteurs des penseurs, des syndicalistes, des intellectuels et des hommes politiques qui agissaient par amour d'une idéologie. Cette politique-là n'existe plus que dans les livres d'histoire et les documentaires : elle a été remplacée par un tas de politiciens gestionnaires, médiatiques, aisés, sans idéologies, calculateurs, maîtres de l'embrouille, ambitieux et obsédés par le pouvoir.

La politique, ou plutôt les politiciens, se sont fortement éloignés des citoyens, et il n'y a plus de dialogue entre eux. Les hommes politiques se sont installés dans leur tour d'ivoire, du haut de laquelle ils tirent les ficelles, gérant les responsabilités qui leur ont été déléguées par des citoyens infantilisés. Et ils nous ont laissé comme héritage la politique actuelle et ses représentants, certainement un reflet fidèle de nos actes, de notre citoyenneté. La société médiatique se raccorde à la politique médiatique et à la superstar gâtée qu'est devenu l'homme politique, et elle reste les bras croisés face à une politique de « pain et de jeux ».

La droite consomme et se consume, la gauche cherche et se cherche

On sait que la politique de droite va vers une société individuelle et sans aucune solidarité, et qu'elle encourage la culture du capital, de la consommation, ce qui provoque la formation de groupes marginalisés. De plus, son discours qui revient à « Venez à moi, vous qui êtes fatigués, opprimés et débordés » est un propos chrétiennement correct et hypocrite, qui correspond bien à la pensée de ses électeurs. La présence de Monti en Italie, de Merkel en Allemagne, de Rajoy en Espagne et peut-être de Sarkozy en France, à la tête des gouvernements européens, est très ironique, puisque les électeurs de droite sont fidèles à leurs « politiciens tyrans », alors qu’en bons administrateurs technocrates, sont en train de couler l'Europe. La droite est au pouvoir, et les choses vont de plus en plus mal.

"Nous aimons l'humanité. Jetons ensemble toute cette merde"

D'un autre côté, les gauches tournent en rond, se cherchent, ennuient : elles manquent de valeurs, de passion, de vérité, et n'ont ni courage ni idéologie. La gauche s'est égarée dans sa lâcheté, dans son corporatisme, dans son absence totale de discours et de propositions. Elle s'est divisée en plusieurs îles au milieu d'un désert d'incertitude, d'idées, et d'inconscience d'une réalité sociale que l'on ignore.

Et toi, l'Europe, de quel côté es-tu ?

La gauche s'est égarée dans sa lâcheté, dans son corporatisme, dans son absence totale de discours et de propositions.

L'Europe est devenue technocrate, composée en grande partie de politiciens de carrière et de fonctionnaires qui n'ont aucune idée de ce qu'est la vie dans une usine ou une agence d'intérim. Cette tendance technocrate montre bien que les administrateurs pour lesquels nous votons à chaque élection sont incapables de gérer nos impôts. On en trouve un échantillon assez représentatif chez lez plus jeunes. Ça fait un moment que je discute avec des politiciens de gauche qui ont entre 28 et 39 ans, qui font partie des jeunesses militantes et qui, en plus, sont fonctionnaires d'une municipalité quelconque. Je suis frappé par l'absence, dans leurs discours, de propositions sociales et de propositions concernant l'emploi. On dirait que ces jeunes vivent à des années-lumière de la réalité sociale des principaux groupes de la classe ouvrière ; et pourtant, cette réalité qu'ils ignorent, ils l'utilisent dans leurs campagnes politiques.

Politiquement et socialement, la gauche a perdu sa légitimité à accéder au pouvoir, au gouvernement. Elle se montre encore apathique et aveugle sur des sujets importants comme la politique des jeunes, même si ce n'est pas franchement une nouveauté que la seule jeunesse que l'on rencontre dans les partis politiques, ce sont les groupes affiliés au parti ou des fils de politiciens. Pour les hommes politiques, jeune est synonyme d'extraterrestre.

Les défis de demain

La gauche a un défi à relever : sortir de l'inertie et créer des propositions. Elle peut même se dispenser de cette deuxième étape puisque les mouvements citoyens tels que les Indignés et le 15M lui ont envoyé toute une liste d'idées. Pour parvenir à ranimer l'étincelle, la passion et l'intérêt des citoyens, la gauche devra faire preuve de courage, s'avancer sans crainte vers les citoyens, et traiter des sujets comme la suppression des dépenses inutiles dans les administrations publiques, la mise en place d'un contrôle indépendant des budgets et des dépenses, les ressources sociales locales, l'interdiction d'un quelconque sauvetage des banques ou autre injection de capital, la fin des retraites à vie pour les hommes politiques, une loi qui interdise d'expulser les gens de leur logement, etc.

Tant que la gauche n'aura pas le courage de faire de telles propositions sa priorité, elle ne parviendra pas à retrouver sa légitimité à représenter les citoyens. Nos héros font désormais partie de l'histoire et nos ennemis se sont installés au pouvoir. Nous avons besoin d'une idéologie à suivre, à vivre.

Photos : Une (cc) Dortmunder Nordstadt/flickr; Occupy Wall Street, (cc) david_shankbone/flickr