Cher Père-Noël...

Article publié le 5 janvier 2006
Publié par la communauté
Article publié le 5 janvier 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le Père Noël lit-il café babel ? Notre rédacteur en chef allemand en est convaincu : il vient d’ailleurs de lui écrire une lettre, de la part de toute l’euro génération.

Paris, le 19 décembre 2005

Cher Père Noël,

D’abord, est-ce « Père Noël » la dénomination exacte ? Je pourrais aussi dire « Weihnachtsmann » en allemand ou « Father Christmas » comme les Britanniques. Il aurait même été plus branché de te nommer « Santa Claus », comme le veut désormais la mode en Europe. C’est d’ailleurs la façon dont les enfants t’appellent outre-Atlantique. Pourquoi ? Le « Sinterklaas » néerlandais était le saint patron de la ville de la Nouvelle-Amsterdam, aujourd’hui baptisée New-York.

Je ne sais pas non plus à quelle adresse je dois expédier cette lettre. Les Américains croient que tu habites au Pôle Nord. Les Finlandais qui devraient pourtant savoir où tu vis, sont persuadés que tu as établi ton chalet et tes rennes dans le village de Korvatunturi, en Laponie. Quant aux Suédois, ils t’imaginent habitant Dalarna, une cité nichée en plein coeur de leur pays. Mais trouve t’on seulement un bureau de poste à Korvatunturi ou à Dalarna ? Et combien va me coûter cet envoi ? J’ai donc décidé de t’envoyer un mail. Si les câbles téléphoniques n’ont pas encore gelé, je suis sûr que tu es connecté en permanence et que tu lis régulièrement café babel.

Sinterklaas, Weihnachtsmann, Father Christmas, tu es un véritable Européen, cher Père-Noël! Et c’est aussi la raison pour laquelle je t’écris. Nous avons ici sur le continent un vrai problème. Nous venons de passer une année épouvantable qui nous a mis le moral à zéro : nous avons besoin de ton aide.

Tout a commencé par un petit mot : « non ». Les Français ont refusé la constitution dont l’Europe souhaitait se doter, comme ça, subitement. Le motif de ce rejet ? Cette constitution était trop « libérale » économiquement parlant, ou plutôt, l’Europe n’est pas assez française au goût des Français. S’en est ensuivi un « nee » néerlandais puis une « pause de réflexion » décidée par les dirigeants de l’UE à la mi-juin. En clair, le projet de traité constitutionnel filait directement à la poubelle. Puisque les politiques étaient si bien partis pour se chamailler, ils ont continué de plus belle à propos d’argent cette fois-ci : les Anglais ne veulent pas céder « un cent » sur leur fameuse ristourne au budget communautaire tandis que les Français s’accrochent à leurs subventions sur le fromage et les vaches…

Je ne sais pas si tu es au courant de tout ça. Il se peut que tu passes ton été allongé dans un transat sur la côte italienne à ne te soucier de rien. L’important maintenant c’est que ça change ! En 2006, il faut soigner la peur qui règne en Europe. On doit redonner à ces visages blafards des hauts responsables de l’Union un peu de couleurs, une couleur d’Europe. « Pensez européen ! », c’est la formule magique de l’euro génération pour 2006. Ce mantra doit guérir toutes les angoisses, elle est le joyeux message que nous voulons porter aux 25.

Mais seul toi peux le faire cher Père Noël, car tu es un authentique Européen! Alors enfile ton manteau rouge, coiffe ton bonnet à pompon, atèle ton traîneau et mets toi en route pour Vienne. Tu trouveras facilement ton chemin depuis le pôle nord : sur notre beau continent, il n’y a pratiquement plus de contrôles aux frontières. Une fois que tu seras arrivé, file chez Wolfgang Schüssel, chancelier autrichien. Il sera le président de l’UE pendant 6 mois, de janvier à fin juin. Il est quasiment certain que tu réussiras à convaincre Schüssel des bienfaits de l’esprit communautaire : comme tous les fervents catholiques, il croit au Père Noël.

Gare ensuite ton traîneau en banlieue de Paris car au centre-ville, tu ne trouveras plus de places de stationnement. Fais attention, de temps à autre on y brûle des voitures. Jacques Chirac est le chef d’Etat de la France. Il pourrait être l’un de tes collègues, un genre de Père Noël moderne. Car dans l’Hexagone, dès qu’un problème survient, l’ensemble de la presse nationale s’empresse de publier des articles en forme de lettres remplies de souhaits, adressées au Président. Deux semaines plus tard, il apparaît à la télé et assure d’un ton solennel à ses concitoyens qu’il va résoudre la situation, que tout va s’arranger et qu’après tout la France est un pays fantastique. En somme, un job sympa. Persuade Chirac qu’il ne sert plus à rien de défendre en 2005 une politique agricole datant des années 50 et qu’il est grand temps qu’il tire un trait sur les subventions de la PAC ! Tu risques d’avoir du fil à retordre car les Français sont très têtus.

Prends ensuite la route de Varsovie où les frères jumeaux Kaczynski viennent de reprendre les affaires du pays en main. Ouvertement conservateurs, ils ne sont pas connus pour être des citoyens européens convaincus : une petite leçon sur l’esprit communautaire ne leur ferait pas de mal. Tu peux aussi faire un petit détour par Londres, Rome, Prague et toutes ces belles capitales de notre continent afin de leur porter la lumière de la mentalité européenne. Je suis sûr qu’après ton voyage, les leaders politiques en place réaliseront que l’Europe ce n’est pas seulement des directives sur les services, le calibrage des bananes ou les subventions agricoles. Si l’on parvient à ce résultat, alors je ne m’inquiète plus pour 2006.

Cher Père Noël, encore une chose : nous aimerions te remercier. Notre site Internet café Babel est lu aujourd’hui par plus de 130 000 personnes en Europe! Puis-je souhaiter encore plus de lecteurs pour l’année prochaine ?

Merci !

Et joyeux Noël à toi,

Martin