Cher Erasmus, je t'écris...

Article publié le 30 juillet 2015
Article publié le 30 juillet 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Erasme de Rotterdam : c'est lui l'inconscient instigateur du programme de mobilité étudiante qui à changé la vie de millions de personnes dans le monde. En tout cas, il a changé la mienne.

Tôt ou tard, les problèmes finissent par émerger et, alors que je cherchais à retarder l'échéance, le moment fatidique du bilan est arrivé. Accepter la fin d'une relation a toujours été un problème pour moi, et j'ai essayé de prolonger par tous les moyens celle que j'ai avec toi, cher Erasmus, de la dissimuler et de la déguiser, mais elle est toujours restée aux aguets, prête à refaire surface. Lorsque la dernière amie survivante de ces mois passés en voyage à Bruxelles, que j'avais convaincue de renoncer à un mois de soleil italien pour voyager à travers les Pays Bas et l'Allemagne, m'a, à son tour, laissé la maison vide et en ordre, j'ai été contrainte d'accepter l'évidence : toi, un des plus beaux et importants chapitres de ma vie, tu es terminé et tu me demandes de te laisser partir. Mais moi, je me suis accrochée là comme le lierre, dans mon appartement belge, aux murs de ma chambre emplie de souvenirs. Je ne me lasserai jamais d'observer la vue par ma fenêtre.

J'ai pensé à toi, je t'ai cherché, je t'ai attendu et j'ai lutté pour t'avoir, finalement je t'ai concquis et tu es devenu mien. Comme dans toute relation qui se respecte, il y eu des hauts et des bas, des incompréhensions et des peurs, des désillusions et de la joie, des droits et des devoirs. Mais, maintenant que nous arrivons aux derniers instants, je remarque que je ne peux que dire merci, en particulier à moi-même, pour t'avoir choisi lorsque tu étais la possibilité la plus difficile, la moins évidente et la plus chère. Bien que j'avais trouvé mon équilibre à Florence, j'ai réussi à ne pas me laisser aller et ne me suis pas reposée sur mes lauriers, je me suis laissée "influencer" par mes croyances : je me pensais capable d'aller encore plus loin et de grandir toujours plus professionnellement mais, surtout, humainement. Parce que, soyons clairs, cher Erasmus, ce n'est pas pour remonter ma moyenne universitaire que je t'ai suivi car, en changeant de pays et de langue, je savais que j'étais condamnée à une moyenne bien plus basse. Non, si je t'ai suivi, c'était pour essayer de donner un sens à ma curiosité envers la diversité.

Après ces quelques mois, je comprends pourquoi certains pensent encore que tu n'es qu'une perte de temps, que ça ne vaut pas la peine de sacrifier une mention pour toi, que tu es un investissement inutile, surtout économiquement. Pour certains tu n'es que ça, et, moi la première, je me suis retrouvée à le penser dans les moments les plus difficiles que j'ai affontés mais en ayant conscience, justement, que ce ne sont que des moments, qui sont toujours passés. Rien n'est toujours rose, et comme toutes les fois où l'on est obligé de faire face à des choix, trouver les meilleures solutions et faire en sorte qu'elles fonctionnent demande un effort permanent.

L'éternel râleur pense de toi, Erasmus, que tu n'es qu'une couverture pour la perdition, l'excuse parfaite pour se consacrer à la diversion et devenir un fervant pratiquant du trio fête-sexe-alcool. Inutile de mentir, tu es tout ça, mais tu es aussi beaucoup plus. Il n'y a rien de mal à faire la fête, surtout à Bruxelles où il y a souvent des festivals et concerts gratuits d'organisés, transformant le Parlement Européen, le Palis Royal, le Palis de Justice et la Bourse en des scène à couper le souffle. Renoncer à la fête reviendrait à s'interdire de connaître Bruxelles et de vivre comme les Belges, et c'est exactement le contraire de ce que je voulais faire.

Fermement convaincue de la nécessité de s'approcher le plus possible des autoctones, j'ai fait tout mon possible pour te transformer en quelque chose de plus de 6 mois, de tisser une toile subtile faite de relations qui mènent petit à petit au cercle restreint de l'élite des architectes de ma fac. Je ne garantie pas d'avoir réussi, mais au moins je suis sûre d'avoir essayée. Me mettre en jeu d'une manière un peu moins conventionnelle, plus difficile et non stéréotypée, m'a permis de connaître la ville comme aucune de tes "ex" ne l'a fait. Aller chez ton ami bruxellois en vélo, organiser un repas typique à base de raclette et ne boire exclusivement que de la bière belge après ta semaine d'iniciation à la Brassicole, acheter un pain au chocolat à Carrefour avec ta coloc' pour 10h, goûter une gaufre (meilleure à Liège ou à Bruxelles?), manger une barquette de frites Place Jourdan... Tout cela fait autant partie du séjour Erasmus-Bruxelles que les cours à 8h30 à la fac.

Je ne sais pas exactement comment je suis parvenue à achever ce récit, je suis encore trop impliquée pour te parler avec lucidité, pour te faire une analyse à posteriori de tout ce que tu a réellement été pour moi. Je ne voudrais pas transformer mon discours, ni en éloge, ni en condamnation, cher Erasmus. Je ne pousserai personne à te chercher et à te suivre car c'est une responsabilité trop grande; je dirai seulement, pour ceux qui voudront le faire, qu'il y a un avant et un après, et qu'après t'avoir connu, plus rien ne sera comme avant. Pour le meilleur ou pour le pire, ce sera à eux de décider.