Chassol la si do : le tempo vidéo

Article publié le 20 décembre 2012
Article publié le 20 décembre 2012
Par Arnaud Aubry et Elvire Camus S'il est devenu plus que courant pour un groupe de jouer devant une vidéo (projetée au fond de la scène), il est plus rare de voir les musiciens véritablement jouer avec la vidéo. C'est le défi que relève Chassol, une des dernières recrues de Tricatel, avec Indiamore, son nouveau spectacle d’ « harmonisations du réel ». Explication de texte.

Christophe Chassol est un animal musical plutôt à part. Révélé grâce aux bandes-son de films (The Incident, ou la série Clara Sheller), ou à l’orchestration d’albums de pop (Sébastien Tellier, Phoenix), son vrai dada est ailleurs. Ce qui lui plaît, à lui, c’est de jouer avec le son et la vidéo et d’en tirer une oeuvre autonome. Le garçon, aux airs de Basquiat français, « harmonise » des vidéos, plaque sur des paroles ou des sons des accords musicaux. L’effet, difficilement descriptible, est particulièrement envoûtant.

Une des vidéos les plus représentatives de la technique de Chassol est l’harmonisation d’un discours de campagne de Barack Obama à New York.

Durant près de 8 minutes, le pianiste transforme la matière sonore du discours du président américain en une matière musicale, tantôt parfaitement mélodique, tantôt abruptement fausse, transformant les intonations de la parole présidentielle - ses exclamations, tout comme ses pauses - en musique. Comme il le dit lui-même : « c’est assez fascinant de voir que l’on peut prendre n’importe quelle image qui génère un son et la sublimer grâce à la science de l’harmonie. »

Dans Indiamore, Chassol va au-delà des courtes vidéos harmonisées ou « ultrascores  ». Tout d’abord car ce sont ses images (magnifiques, au demeurant), que lui et son équipe, sont allés filmés en juillet 2012 dans les rues de Calcutta et de Bénarès, en Inde. En se basant soit sur de la «  vraie  » musique (sitaristes, percussionnistes, chanteuses), soit sur les «  bruits » de la ville (enfants, baigneurs se lavant dans le Gange, klaxons et le chaos apparent du trafic), et en enrichissant le tout de ses propres sons, Chassol construit un langage à mi-chemin entre l’Inde et l’Occident. Le texte récité en boucle (avant d’être - lui aussi - harmonisé), au début du film musical qu’est Indiamore, résume bien l’expérience : «  Il me disait qu’il voyait la musique indienne comme deux lignes horizontales. La première généralement jouée par un tampura symbolisait la basse. C’était un flux, un ton, un tronc. Une racine qui définissait le point d’ancrage de l’harmonie. La seconde représentait la mélodie et ses chemins sinueux. Elle naissait de la première, lui passait dessus, dessous et comme aimantée, revenait toujours sur elle. Il me disait qu’il voulait jouer ses accords préférés à l’intérieur des intervalles qui ressemblaient aux montagnes des indiens d’Amérique.  »

En live, le spectacle n’est pas tout à fait un concert, pas non plus un film, certainement une performance. Accompagné par le très bon Lawrence Clais à la batterie, Chassol, face au grand écran de cinéma, joue du piano en direct sur les images de son séjour en Inde. Le film est composé de quatre parties, qui se déroulent chacune avec des personnages différents, dans un endroit différent : les berges du fleuve, l’intérieur d’un taxi ou d’un train, une salle de danse. Pendant le film, le spectateur est transporté puis se retrouve accroupi aux côtés des fillettes qui discutent ou chantent, et des joueurs de sitar. Le sentiment de grande proximité avec les personnages est renforcé par un cadrages ultra serré, semblable à celui utilisé par La Blogothèque. L’originalité du projet de Chassol se trouve, non seulement dans la musique, mais aussi du côté du montage vidéo, les séquences répétées à la manière de GIFs donnant au film son rythme si particulier. Seul bémol, les approximations délibérées de mise au point peuvent parfois perdre le spectateur. Quoi qu’il en soit, le live apporte une dimension supplémentaire au projet et on imagine mal les instruments sans le film et le film sans les instruments. Car l’ovni musical que nous présente l’artiste est effectivement captivant, émouvant. Bref nous aussi, nous avons été «  harmonisé ».

Prochains concerts : 1 er février à Delhi, 22 février au Lieu Unique à Nantes et le 29 mars 2013 à la Gaîté Lyrique à Paris.

Photos © courtoisie de la page Facebook officielle de Chassol