Chasseurs de scoop sur les planches

Article publié le 26 septembre 2012
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Article publié le 26 septembre 2012
Par Amélie Mougey L'heure de la rentrée en école de journalisme n'a pas encore sonné, mais, assise au balcon du théâtre Tristan Bernard je me remets doucement dans le bain. A l'affiche ce soir : Le scoop ou les coups tordus de cinq journalistes, grandes figures de la veille école ou nouvelles recrues.
Un brin monomane, un chouilla mazo, je suis surtout curieuse de voir notre métier de mal aimés à travers les yeux des gens de théâtre. Et je ne suis pas déçue. Sans bazooka ni lauriers, la pièce de Marc Fayet propose une réflexion réaliste sur le métier et assène une bonne paire de claques à ceux qui l'ont choisi.

«  Mais qu'est ce qu'on vous apprend dans vos écoles de journalisme ? », s'exclame Pierre Merlin-Pontet (Philippe Magnan) : ou quand le vieux routard du reportage de guerre s'emporte contre un reporter en herbe à peine sorti de l'œuf. « A sourire », glisse le novice entre deux questions débiles. Fraichement sorti de l'école, Grégory bafouille, tâtonne, et met les pieds dans plat: «  Un stylo, pourquoi faire ? », lance-t-il les yeux écarquillés, un carnet de note entre les mains. Réponse cinglante: « pour me dessiner un mouton pardi ! » Avec son humour cynique et son air désabusé, Pierre fait des maladresses du jeune homme ses choux gras.

Mais Grégory ne désarme pas. Chargé de réaliser une émission sur les grands hommes qui ont marqué le siècle, il travaille sous les ordres de Jean-Claude Dupire, le meilleur ennemi de Pierre. Vieux briscards, l'un de la télévision, l'autre des champs de bataille, les deux hommes cachent sous une indifférence de façade, une haine à la hauteur de leur jalousie. Parachuté dans cette guerre froide des égos, Grégory apprend vite le véritable dessein de son patron : souiller la réputation toujours reluisante de Pierre. Et tous les coups sont permis. «  », affirme Dupire. Personnification des dérives médiatiques, la star du petit écran persiste : « » Encore bourré de principes, le jeune Grégory lui résiste, chancèle, puis fini par céder. Pourtant, sous sa fausse naïveté, il incarne cette relève qui se croit plus maligne, plus vertueuse que ses prédécesseurs. Et il espère bien le prouver.

La déontologie, quelle déontologie ? C'est du passé la déontologieMieux vaut être le premier à se tromper que le deuxième à dire la vérité.

Alors, derrière la sacro-sainte « » que tous revendiquent, se tisse un jeu de dupes ou chacun utilise l'autre et se fourvoie. Pouvoir, égo, jalousie, ambition : la chasse au scoop cristallise les dessous peu affriolants de l'information et donne au scénariste les ingrédients d'une pâte riche, propice au suspens et rebondissements. Relevé par une mise en scène rythmée, le mélange prend immédiatement. Les séances d'interviews sont ponctuées par des plongées dans les coulisses des complots. Dans le salon des Merlin-Pontet, le bureau de Dupire, ou le café où Grégory et sa jeune acolyte Julie se rencontrent, les cinq acteurs tiennent leur rôle avec énergie et justesse. Chacun a parfaitement intégré les codes du métier. Les personnages ont en commun la passion et la fougue de ceux prêts à tout pour dégoter l'info. A aujourd'hui, comme hier à .

mission d'informer Paris Sarajevo

Un métier exaltant, oui et après ? A la retraite, Pierre est devenu, malgré lui, un parfait spécimen de la bourgeoisie rive gauche. Dans son appartement avec vue sur le jardin du , entre deux déjeuners avec , il s'isole et tourne en rond. Alors, dans l'espoir de donner un deuxième ulcère à Dupire, qu'il imagine contraint par sa rédaction de faire son éloge, il accepte l'interview. Mais ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace. Et Pierre pense trop bien connaître les ficelles du métier pour se faire piéger. « », martèle-t-il. Mais le vieux singe se prend au jeu et fini par jouer au vieux sage : « », lance-t-il goguenard à son épouse. Mais les règles du jeu ont changé. Sur Internet, le buzz à remplacé le scoop. Et, minuscule face à l'emballement médiatique, chacun pourrait voir son plan lui échapper.

LuxembourgGeneviève de FontenayJe raconte ce que je veux, comme je veux et quand je veux je vais lui apprendre son métier, tu vas voir il va gagner 10 ans

Infos pratiques: Au théâtre Tristan Bernard ( Paris 8e) du 23/08/2012 au 10/11/2012. Du mardi au samedi à 21h et le samedi à 18h. Avec Philippe Magnan, Frédérique Tirmont, Fréderic Van Den Driessche, Guillaume Durieux, Aurore Soudieux. Photos © courtoisie de la page Facebook de la pièce