Chasseurs de jobs : nouvelle vague, mêmes obstacles

Article publié le 11 juin 2015
Article publié le 11 juin 2015

1 jeune sur 5 en UE - soit environ 5,5 millions de citoyens - ne trouve pas de travail. Ceux qui tiennent des postes pour lesquels ils sont trop qualifiés sont encore plus nombreux. Le chômage des jeunes fait régulièrement les gros titres en Europe - mais quelles histoires se cachent derrière les statistiques ? Sixième épisode d'un reportage au long cours écrit entre Bucarest et Londres.

À Londres, de nouvelles données viennent mettre la pression sur les services gouvernementaux, avec une vague de migration secondaire causée par des demandeurs d'emploi qui laissent derrière eux des pays lourdement touchés par la crise économique, tels que l'Espagne et le Portugal.

C'est pour cette raison que les Latino Américains font partie des communautés avec la plus forte croissance au Royaume-Uni, selon Lucia Vinzon, directrice d'une ONG basée à Londres, l'Organisation pour les réfugiés et immigrés indo américains (IndoAmerican Refugee and Migrant Organization, IRMO). En 2011, on estimait le nombre de Latino américains installés au Royaume-Uni à 200 000, dont 120 000 à Londres même. Et tout porte à croire que ce chiffre est encore plus élevé aujourd'hui.

Gérée presque entièrement par des bénévoles, IRMO procure aux immigrés des conseils quant à la sécurité sociale, le logement et l'emploi. Ces derniers temps, nombreux sont les jeunes gens à passer par les locaux de l'ONG explique Lucia. « Ils s'attendent à ce que soit facile, et c'est vrai que la plupart des gens qu'on voit ici trouvent quelque chose rapidement après être arrivés mais c'est surtout dans le nettoyage » - malgré que 70% des Latino américains résidant au Royaume-Uni ait effectué des études au-delà du secondaire. « Lorsqu'on se retrouve dans cette industrie, il est très difficile d'en sortir », ajoute-t-elle.

Le grand écart de l'emploi

Les travaux de nettoyage vont souvent de pair avec des horaires inadéquats qui ne permettent pas de socialiser avec des résidents à long terme, ni même d'étudier et de gagner en qualifications pour grimper les échellons. Pire encore : « Ils doivent travailler beaucoup car les salaires sont très bas ». Les Latino américains ne sont pour autant pas les seuls à avoir des difficultés à progresser.

Une étude menée récemment par l'Organisation internationale du travail dans six pays européens a prouvé que les écarts dans l'emploi des travailleurs natifs et étrangers non seulement persistent, mais « ce sont agrandis depuis le début de la crise économique mondiale » et que « rares sont les gouvernement européens à faire le nécessaire pour aider les immigrés récemment arrivés à passer d'emplois précaires et peu qualifiés à des emplois décents ».

Lucia, directrice de l'Organisation pour les réfugiés et immigrés indo américains à Londres évoque la vague d'immigration secondaire d'Amérique latine et pourquoi les jeunes rencontrent tant de difficultés à faire autre chose que des travaux de nettoyage :

Il s'agit aussi de changer d'état d'esprit, explique Lucia. Trouver un travail bien payé est quasi impossible si l'on a pas l'expérience adéquate, mais l'une des meilleures façons de contourner le problème n'est pas si évidente pour les gens avec qui elle travaille.

« En Amérique latine, la culture du bénévolat n'existe pas ... Ils doivent comprendre que le bénévolat ce n'est pas seulement faire quelque chose pour quelqu'un d'autre - cela permet d'améliorer ses compétences, son réseau... On consacre beaucoup d'efforts à essayer de leur faire comprendre cela et aussi à les mettre en relation avec d'autres associations. »

Pour beaucoup d'immigrés, les barrières sont plus conséquentes. Christine du Baytree Centre, travaille avec des immigrés depuis plusieurs années, certaines femmes qu'elle rencontre « n'ont aucune confiance, parfois aussi on découvre les problèmes de santés qu'elles ont emportés avec elles... beaucoup souffrent d'anxiété, de dépression ou de traumatismes psychiques si elles viennent d'un pays déchiré par la guerre ».

Ceux qui ont l'avantage d'avoir reçu une éducation doivent ensuite se battre pour voir leurs qualifications reconnues. Pour les réfugiés, c'est encore plus délicat.

En Roumanie, « L'Agence nationale pour l'Emploi  (ANOFM) demande un diplôme - mais beaucoup de réfugiés ont tout juste fui leur pays et ils n'ont aucun diplôme »,  explique Razvan de l'ARCA, rencontré dans la partie cinq de notre reportage. Lorsqu'on a fuit des situations de vie ou de mort, contacter son ancienne université peut s'avérer trop dangereux, beaucoup évitent même de contacter leur famille par peur de les mettre en danger. Lorsque la sécurité est la première priorité, il n'est pas surprenant de voir l'emploi passer au second plan.

Restez à l'affût pour la prochaine partie de ce reportage au long cours sur les discussions d'Anna Patton et Lorelei Mihala, avec de jeunes européens en quête d'un travail à Londres.