Changement climatique : le catalyseur insoupçonné de l’émigration

Article publié le 25 septembre 2015
Article publié le 25 septembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Depuis le début de l’année 2015, 350.000 migrants sont entrés en Europe, et ce chiffre ne tient compte ni de ceux qui sont arrivés sans être détectés, ni des 2.600 autres qui ont trouvé la mort en tentant de traverser la Méditerranée. Même si le conflit en Syrie demeure la cause principale de l’émigration, le changement climatique pourrait bien aggraver ce phénomène.

Pour répondre à cette crise, que beaucoup considère comme la pire crise européenne des réfugiés, les leaders européens ont eu du mal à s’accorder et à prendre des mesures adaptées. Ceci a eu pour effet d’engendrer des réactions contradictoires de la part des différents pays : des murs ont été érigés en Hongrie, tandis que des milliers d’Allemands ont accueilli les migrants épuisés à bras ouverts.

Alors que la gestion actuelle de la crise des réfugiés peut sembler pour le moins problématique, voire même scandaleuse pour certains, elle ne laisse pas beaucoup d’espoir pour les futurs millions de migrants qui seront déplacés à cause du changement climatique dans les cinquante prochaines années.

En effet, si la corrélation entre le changement climatique et l’émigration a souvent été écartée, un rapport récent définit le changement climatique comme « un facteur probable de la guerre civile syrienne », compte tenu du fait que la Syrie était confrontée à l’une des plus graves sècheresses de son histoire peu de temps avant le début de la crise.

Le changement climatique a également été relié au Printemps arabe et à la montée de l’Isis, des évènements qui ont conduit au déplacement de milliers de personnes. Le changement climatique n’est pas la cause directe de ces évènements, il s’agit plutôt d’un catalyseur de crise qui crée un environnement précaire enclin aux manifestations et à l’instabilité politique.

Si ce sujet a été peu abordé jusqu’à maintenant, c’est parce que, pendant de nombreuses années, les migrations liées au changement climatique étaient un phénomène associé au Sud. Cependant, l’augmentation prévue du nombre d’incidents climatiques tels que les sècheresses, les inondations, ou l’élévation du niveau de la mer conduira au déplacement permanent de 200 à 500 millions de personnes à travers le monde en 2050. Parmi ces migrants, nombre d’entre eux chercheront à trouver refuge en Europe.

En outre, il est probable que plusieurs de ces victimes perdront leur pays pour toujours. En effet, les pays du Sud ont davantage de risques de devoir affronter les conséquences d’un changement climatique. Si le réchauffement climatique continue, les États micro-insulaires comme Tuvalu ou Kiribati sont même voués à disparaître de la surface de la Terre avant la fin du siècle.

Le gouvernement de Kiribati, un petit archipel du Pacifique sud, a déjà fait l’acquisition d’environ 24 km² de terrain dans les Îles Fidji pour y abriter sa population au cas où le pire des scénarios se réaliserait. Toutefois, pour beaucoup d’autres pays et villes, rien n’a été fait. Ainsi, l’Asie du sud-est, qui a connu plusieurs inondations dévastatrices durant les dernières décennies, et le Bangladesh devraient représenter la plus grande source de réfugiés climatiques (30 millions de personnes pour cette région du monde seulement). Pourtant, aucune mesure n’a été prise concernant le déplacement de ces populations.

Malgré l’urgence, pas une seule organisation internationale n’a été créée pour relever ce défi et le sujet des réfugiés climatiques n’a jamais été mentionné lors des conventions internationales pour les réfugiés. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), par exemple, reconnait que le changement climatique pourrait devenir la cause principale des déplacements de population dans le futur. Néanmoins, les experts et les législateurs se demandent encore si les législations internationales concernant les réfugiés doivent inclure le changement climatique.

Il est donc urgent d’inclure les migrations liées au climat aux débats nationaux et internationaux sur le climat, et de parvenir à un accord ambitieux et contraignant en décembre à Paris afin d’atténuer, à défaut de pouvoir l’empêcher, le déplacement de millions de personnes dû au réchauffement climatique provoqué par l’homme. La semaine dernière, dans son discours sur l’état de l’Union, le président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker a appelé à « un accord ambitieux sur le climat » pour empêcher une émigration massive vers l’Europe dans le futur.

Après avoir assisté à la gestion actuelle de la crise des réfugiés en Europe, c’est tout ce que nous pouvons espérer.