Chancelier et Président : L'étymologie du Pouvoir

Article publié le 12 septembre 2013
Article publié le 12 septembre 2013

L’Allemagne a un chancelier – chancelière – à sa tête. Drôle de mot, chancelier. A moi, il m’évoque immédiatement un chandelier, la chance, et l’action de chanceler. De jolies images, qui n’aident cependant pas à se représenter le sens du mot !

Outre-Rhin, les mots d’étymologie latine sont d’un registre lexical soutenu. Kanzler/Kanzlerin est issu du latin Cancellarium, un représentant politique de l’Empire Romain. Ce mot vient de cancelli« barreaux ». Lorque justice était rendue, les cancellarii étaient les secrétaires qui officiaient derrière des barreaux, à distance du public.

Par la suite, le mot désigne des tâches diverses selon les pays. Le Royaume de France a eu ses chanceliers, titre de celui qui détenait les pouvoirs en matière de justice. La Grande-Bretagne, qui est toujours un royaume, a toujours son Lord Chancelier. Nommé par le monarque et le Premier ministre, il est responsable au sein du ministère de la Justice.

L’Autriche a aussi un chancelier fédéral au gouvernement, mais attention, son pouvoir exécutif est bien moindre que celui de sa consœur allemande ! L’Autriche est appelée aux urnes une semaine après l’Allemagne – le parlement sera renouvelé le 29 septembre 2013.

En France, on a un président. Mot issu du latin, le président est celui qui siège (sedeo) et en avant (préfixe pré-). Par extension, celui qui est devant c’est celui qui protège, aussi au sens figuré – qui défend le maintien de valeurs. En France, il préside la République Française, en Italie, on trouve deux présidents : celui de la République italienne, et celui du Conseil des Ministres, ce dernier correspondant peu ou prou au Premier ministre français.

La Suède, le Danemark, la Norvège ont un roi ou une reine, à leur suite ni président ni chancelier, mais un ministre d’Etat. D’ailleurs, ministre, qu’est-ce que ça veut dire ? Dans ministre, on trouve minus. Étymologiquement, le ministre est celui, d’un rang inférieur, qui accomplit des charges pour le compte d’autrui. Il est celui auquel on délègue des responsabilités.

Témoignage de l’influence de la Rome Antique en moderne Europe, dans toutes les langues (excepté le grec qui avait déjà ses propres mots), on utilise des étymologies latines pour désigner des fonctions politiques. Même le hongrois a ses miniszter et mêmes les langues slaves ont des президент. Entre ici un président, honorifique ou chargé de l’exécutif, là un président de l’assemblée, ici un président des ministres, ailleurs un Premier ministre, un chancelier ou autre grand-duc, complexe de démêler les fonctions des uns et des autres selon les pays.

Ah, l’Europe, la nécessité d’une gymnastique mentale permanente pour assouplir sa pensée – ne pas comparer, ne pas chercher d’équivalents d’un pays à un autre, ces pays « unis dans la diversité ». D’ailleurs, l’Union européenne, elle utilise quels mots ? Elle a un président, et souvent on entend parler de ses secrétaires. Secrétaire. Un fort beau meuble qui sert à conserver des documents et à rédiger des papiers. Secrétaire, vient bien entendu du latin, du mot latin « secretus » signifiant « séparé, mis à part, caché ». Le secrétaire est celui qui détient les secrets. Et maintenant, l’étymologie des noms des chefs d’État n’a plus de secret pour vous.

Cet article est issu du blog www.junge-wahlbeobachter.de, dans lequel dix jeunes français et allemands observent la campagne éléctorale allemande.