Cet insoumis paysan

Article publié le 14 mars 2011
Article publié le 14 mars 2011
par Edgar Makanga Membre du parti Europe Ecologie, José Bové siège au Parlement européen depuis juin 2009, au sein du groupe Verts/Alliance Libre Européenne. Apôtre de la désobéissance civile et du combat politique, l’ancien leader de la Confédération paysanne n’en demeure pas moins un Européen convaincu. Portrait de cet homme de 57 ans.

José Bové est tombé dans la marmite agricole depuis son plus jeune âge. Avec des parents actifs dans la recherche agronomique, comment aurait-il pu en être autrement ? « J’étais inscrit à la faculté de philosophie, à Paris, mais je n’y ai jamais mis les pieds », explique-t-il. « À 17 ans, j’ai choisi d’être paysan. » Durant la même période, à la fin des années 1960, le jeune homme a pu aiguiser son côté contestataire à l’occasion de la montée de mouvements anti-nucléaires.

Ce combat contre la militarisation l’a tout naturellement poussé à refuser le service militaire. Obligé de se cacher durant un an dans le Larzac (« mon pays », clame-t-il), ce haut plateau situé au sud du Massif central, José Bové a pu y trouver un cadre idéal à son action antimilitaire, qui s’est inscrite en parallèle à sa vocation paysanne. Entre 1973 et 1981, huit ans de contestation ont été nécessaires pour venir à bout d’un plan d’extension d’un camp militaire au Larzac.

Non-violent par conviction, José Bové a puisé le concept de la désobéissance civile dans l’ouvrage éponyme du philosophe américain Henry David Thoreau. « C’est ma culture politique : la non-coopération judiciaire et la désobéissance civile. Face à un gouvernement démocratique, c’est la seule contestation possible. » Avec les inconvénients que ce type de subversion peut comporter. En effet, durant ses trois décennies de militantisme agricole, l’ancien leader de la confédération paysanne a collectionné moult amendes et condamnations.

Il a même séjourné trois mois en prison, en 2003, pour destruction de plants de riz et de maïs transgéniques, avant d’être gracié par Jacques Chirac, à une époque marquée par la lutte contre les OGM. « Quand on désobéit, on ne peut qu’en accepter les conséquences. Et cette forme de répression que représente la prison participe du combat. C’est quelque chose qu’on intègre dans la stratégie de l’action. Je l’ai assumé. » Avant d’ajouter, au sujet du démontage d’un McDonald’s en construction : « Mon action non-violente n’avait de sens que dans le cadre d’un contexte. Il n’y avait aucun recours juridique possible. »

Depuis lors, José Bové s’est jeté dans l’arène politique. À l’occasion du scrutin européen de juin 2009, ce fédéraliste convaincu a pu entrer par la grande porte au sein de l’hémicycle européen : « Il s’agit du seul niveau de pouvoir où l’on peut traiter de préoccupations transnationales. L’Europe, c’est la politique agricole commune. Pour moi, syndicaliste paysan, l’Europe représente le pouvoir décisionnaire qui conditionne l’avenir de l’agriculture. »

Signe extérieur de reconnaissance, sa moustache proéminente est indissociable de cet homme de conviction : « Je l’arbore depuis mes 18 ans », conclut l’intéressé.

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