C'est beau une France qui gueule...

Article publié le 19 octobre 2007
Publié par la communauté
Article publié le 19 octobre 2007
L’autre soir, j’étais à un concert d’Ani Difranco, chanteuse et guitariste virtuose américaine, porte-parole de cette partie de la population américaine qu’on connaît pas vraiment, mais qui ferait passer nos Verts français pour une bande de grenouilles de bénitier.
Alors qu’on attendait le début du concert, je n’ai pu m’empêcher d’écouter un couple de lesbiennes (population largement surreprésentée dans la salle) se chamailler tendrement à propos d’une troisième personne. L’une des deux, d’un ton de rédactrice stagiaire chez Technikart (pour ceux qui connaissent pas, mélangez le pire du snobisme parisien avec les préoccupations des personnages de Sex and the city, et vous serez encore loin de la réalité) répétait en permanence que la personne en question était même pas politisée, que c’était trop horrible, qu’elle arrivait même pas à comprendre comment c’était possible, trop l’hallu quoi !

C’est un peu comme ça dans mon pays, ta crédibilité de jeune se mesure pas mal à ta capacité d’indignation. Pour être cool, il faut être énervé contre un truc, sinon c’est pas drôle. On s’en fout si t’as rien compris au problème ou si tu refuses plein de trucs qui sont en fait bon pour toi. L’essentiel, c’est de gueuler.

Et je sens que ça va bientôt être pareil pour La Poste. Depuis que je suis gamin, cette belle entreprise est quand même n°1 au Top 50 des clichés anti-fonctionnaires. Et que c’est tous des feignants par ci, et ils ont plein de vacances par là, et on attend trop longtemps, et ça coûte cher, gnagnagna… Mais alors, dès que l’Europe s’avise de toucher au monopole, alors là c’est l’Union sacrée. Un pays entier, réuni sous la bannière de la défense du service public, criant comme un seul homme contre ces salauds de libéraux de l’Union européenne. C’est beau…

Jusqu’ici, la libéralisation avait épargné l’essentiel, le courrier de moins de 50 grammes. La lettre de la petite vieille du Massif central, nous disaient nos dirigeants unis dans un bel élan de fraternité lacrymale. Mais depuis un accord politique du 1er octobre dernier (pour plus de détails, voir ), on sait que c’est bientôt fini. Allez hop, en 2011, terminé, pleine concurrence ! Qeuaah, mais c’est la fin du service public alors ! Et je vois d’ici les grèves, les manifs, les conférences et les grandes analyses sur l’Europe libérale dans les journaux. Je sens que le taux d’alcoolisme va encore grimper chez les pro-européens français…

Evidemment, peu importe que les salaires des employés et leur droit de grève ne soit pas affectés. Peu importe que les Etats puissent continuer à imposer des obligations de service universel. Peu importe qu’ils puissent continuer à les financer. Peu importe même que l’Union européenne ait, depuis une dizaine d’années, défini elle-même cette notion de service universel, et par là même créé un concept véritablement communautaire du service public.

Non, l’essentiel, c’est que tout ce que la France compte de personnes se définissant comme progressistes puissent une nouvelle fois se battre ensemble pour que rien ne change. Je sais pas vous, mais moi, ça me tire des larmes…