C’est Angie qui porte la culotte

Article publié le 25 septembre 2009
Article publié le 25 septembre 2009
Avec sa coupe au bol, ses vestes colorées – lilas, vert tilleul ou rose saumon – elle est moquée par les médias pour son accent typique d’Allemagne de l’Est. En août 2009, le magazine économique Forbes a élu « Angie », comme on l’appelle affectueusement en Allemagne, « femme la plus puissante du monde » pour la quatrième fois consécutive. Mais quel est le secret de la chancelière ?

Ces quatre dernières années, il y a au moins une chose que l’Allemagne, l’Europe et l’ensemble du monde ont apprise : il ne faut pas sous-estimer Angela Merkel. La « Mädchen » (« la fille »), comme Helmut Kohl se plaisait à l’appeler, s’est imposée à coup de poings, commençant par être secrétaire de la Jeunesse libre allemande avec un doctorat en physique avant de passer ministre des femmes et de la jeunesse, puis de l'environnement, de la protection de la nature et de la sécurité nucléaire et devenir secrétaire générale et présidente de la CDU puis présidente du groupe parlementaire CDU/CSU, pour ensuite être élue chancelière. A la veille des élections parlementaire de 2005, Angela Merkel déclarait : « Que je suis une femme, tout le monde le voit bien, c’est pourquoi je n’ai pas besoin de faire de la politique de femme. » Angela Merkel a grimpé les différentes étapes de sa carrière sans créer de scandales médiatiques ou faire de commentaires grandiloquents, et surtout pas à propos de son identité de femme.

Une manager à succès

(Gertrud K/flickr)Les Allemandes sont partagées. Il semble qu’Angela Merkel bénéficie d’un soutien sans faille de la part des femmes qui sont à la fois bien ancrées dans la vie active et ont déjà dû s’imposer sur le marché de travail. Mais pour les jeunes femmes en début de vie familiale et professionnelle, le vote ne dépend pas du sexe des candidats à la chancellerie. L’initiative « Frauen hinter Merkel » (« les femmes derrière Merkel ») rassemble diverses avocates, médecins, gérantes d’entreprises à succès et soutient Angela Merkel dans sa campagne, parce que, selon le site Internet, c’est « une personne qui se consacre à son devoir de manière tout à fait compétente (…) Et à ses yeux, ce n’est pas elle qui est au centre. »« Contrairement à Gerhard Schröder », comprend-t-on entre les lignes… Angela Merkel sait, encore selon le site, « rassembler une équipe compétente sans se laisser influencer par les courses à la concurrence ou à la compétence. » Pour l’initiative « Frauen hinter Merkel », la chancelière est un manager à succès qui sait s’entourer d’experts lui permettant de prendre ses décisions en toute connaissance de cause.

Sous le sigle MFM (Mehr für Merkel - « Plus pour Merkel »), des femmes éminentes issues du privé, telles que l’éditrice Friede Springer ou l’entrepreneuse Ann-Katrin Bauknecht, utilisent leurs réseaux personnels pour faire du lobbying en faveur de la chancelière. Selon Ann-Katrin Bauknecht, qui soutient la chancelière, « Angela Merkel est synonyme de continuité, de fiabilité et de crédibilité. J’admire le don qu’elle a de réduire les problèmes complexes à l’essentiel sans passer par quatre chemins. » Le soutien ne vient pas seulement de milieux proches de la CDU ou du monde de l’économie mais de tous les camps politiques. Même le magazine féminin Emma, pourtant orienté à gauche et dirigé par Alice Schwarzer, la cheville ouvrière du droit à l’avortement en Allemagne, réalise régulièrement des interviews et portraits de la chancelière chrétienne-démocrate depuis 1992. D’avoir pour modèle une chancelière, qui combine féminité et conservatisme, a de quoi plaire à n’importe quelle féministe.

(Magnus K/flickr)

On a du mal à la saisir

« Angela Merkel a un style de gouverner que je trouve sympathique, elle ne se met pas en avant »

Les femmes plus jeunes, qui n’en sont qu’au début de leur vie professionnelle ou familiale, ont une image plus nuancée d’Angela Merkel. Elles aiment son style de gouverner, mais voter pour Angela Merkel parce que c’est une femme ? Hors de question. Louise, 28 ans, travaille dans le domaine du conseil politique. Elle est partagée entre ses convictions féministes et politiques : « Angela Merkel a un style de gouverner que je trouve sympathique, elle ne se met pas en avant, mais je ne partage pas ses idées politiques. Je trouve cela bien qu’on ait une femme comme chancelière, mais je préfèrerais en avoir un autre. » Sonja, 31 ans, enseignante de français et d’anglais dans le Sud de l’Allemagne, ne fait pas confiance à Angela Merkel : « Angela Merkel est une femme qui sait s’imposer, mais surtout en raison de ses qualités ‘masculines’. Je l’ai toujours perçue plutôt comme une ‘amazone’. » Kathy, 26 ans, est technicienne du spectacle. Selon elle, Merkel est « difficile à saisir, parce qu’elle ne dit jamais rien. Elle laisse les autres parler avant et se rallie ensuite à l’opinion générale. »

Pour d’autres, au contraire, cette retenue est synonyme de confiance. Diana, 30 ans, travaille dans l’analyse de marché et a toujours voté pour la SPD (parti de centre-gauche) et pour Die Grünen (les Verts). Pour elle, c’est « difficile de coller à une seule idéologie parce que tout est devenu si complexe » et vote donc pour la CDU depuis élections du Bundestag de 2005 : « Angela Merkel ne promettrait jamais rien qui ne soit pas réalisable. Elle examine la situation générale, agit selon les possibilités et en fonction de ses principes chrétiens. Elle prend ensuite sa décision de manière pragmatique, en gardant à l’esprit tous les points de vue. C’est exactement ce dont nous avons besoin, et pas seulement en temps de crise. »