Cessez-le-feu de l'ETA : une occasion historique

Article publié le 25 mars 2006
Article publié le 25 mars 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le cessez-le-feu permanent annoncé par l’ETA est une première dans l’histoire de l’organisation séparatiste basque. Malgré la prudence des politiques et l’échec des trêves précédentes, le contexte actuel est plutôt prometteur.

L’organisation terroriste basque ETA (Euskadi Ta Askatasuna, Patrie basque et liberté) a annoncé mercredi 22 mars un « cessez-le-feu permanent » et invité les gouvernements français et espagnol à engager un processus démocratique de paix au Pays basque. Après 48 ans de lutte et 850 morts au nom de l’indépendance, la paix semble progresser. Néanmoins, la classe politique internationale est partagée entre espoir et prudence, car les trêves successives annoncées par l’ETA ont toutes abouti à un échec. Ainsi, la « trêve indéfinie et sans conditions » de 1998 reste dans toutes les mémoires : une série d’attentats violents était venue rompre 14 mois d’une trêve qui, en réalité, n’avait servi qu’à réarmer l’ETA.

De la « trêve indéfinie » au « cessez-le-feu permanent »

Mais aujourd’hui, le contexte est différent. La pression politique et judiciaire exercée sur l’ETA depuis 2003 a fini par affaiblir la structure de l’organisation séparatiste, qui n’a commis aucun crime depuis plus de 1000 jours. Pourtant, les attentats de faible envergure contre des installations touristiques et le racket des entreprises basques refusant de payer l’impôt révolutionnaire sont toujours d’actualité. Pour la première fois, l’ETA aurait renoncé à mener les négociations et aurait délégué cette tâche au parti Batasuna, bras politique du mouvement indépendantiste basque. Déclaré illégal en 2002, Batasuna prônait une solution basée sur le dialogue depuis la déclaration d’Anoeta, en novembre 2004.

En mai 2005, José Luis Rodriguez Zapatero, chef socialiste du gouvernement espagnol, a fait un pas supplémentaire en obtenant l’accord du Congrès national pour engager un processus de dialogue avec l’ETA, à condition toutefois que l’organisation terroriste dépose les armes. Cette résolution parlementaire a été adoptée par tous les partis, à l’exception du parti populaire (PP) de l’opposition. Non contents d’avoir tourné le dos au dialogue, les conservateurs sont aujourd’hui les plus sceptiques face à l’annonce de cessez-le-feu. Mariano Rajoy, leader du PP, a affirmé que la trêve était une « pause » et non une « renonciation » et qu’il n’accepterait aucune concession politique en faveur de l’ETA. Certes, le communiqué de l’ETA ne fait aucune mention d’une quelconque dissolution de l’organisation mais l’expression « cessez-le-feu permanent » semble représenter un engagement politique plus fort que la « trêve indéfinie » de 1998.

Numéro d’équilibriste pour Zapatero

La balle est donc désormais dans le camp de Zapatero. Il devra faire preuve de beaucoup de talent pour engager un processus de paix que lui-même qualifie de « long et difficile » et qui est par ailleurs très risqué d’un point de vue politique. D’un côté, il devra faire face aux exigences de la gauche « abertzale» (indépendantiste), qui réclame entre autre le transfert des prisonniers basques dans des prisons de la communauté autonome, la légalisation du parti Batasuna, l’annulation de l’ensemble des procédures engagées depuis 1998 contre les différentes structures légales proches de l’ETA, sans oublier le droit à l’autodétermination. De l’autre côté, Zapatero devra prendre en compte l’attitude de rejet des associations de victimes du groupe terroriste, très influentes dans le pays et l'obstination du du PP. Zapatero devra ainsi réaliser un véritable numéro d’équilibriste pour ne pas chuter dans l’arène du cirque politique sans filet. La perspective de devenir le « Tony Blair espagnol » et de mener un processus de paix identique à celui conduit par le Premier ministre britannique avec l'IRA à Belfast, est plutôt séduisante sur le plan politique.

Pendant ce temps, le Congrès espagnol vient d’accepter la réforme de l’Estatut catalan, qui vise à étendre l’autonomie du gouvernement de la Catalogne. Après un processus lent et difficile, le texte a subi des retouches substantielles à Madrid tout en respectant strictement la procédure légale. Si la comparaison semble déplacée, les Catalans ne peuvent s’empêcher de se demander si finalement, le chemin de la violence empruntée par les Basques n’aboutira pas à plus d’autonomie que la voie pacifique choisie par la Catalogne.

La paix au Pays basque ne concerne pas que l’Espagne. Selon Gorka Elejabarrieta, membre du bureau international de Batasuna, l’implication de l’UE serait un facteur clé dans le développement du processus de paix. L’expérience de l’Irlande du Nord, qui a mis 12 ans à consolider la paix, montre qu’il n’est certes pas facile de sortir du conflit mais que le cessez-le-feu proposé par l’ETA est une occasion historique qu’il faut savoir saisir.