Ces candidats atypiques qui ont pimenté les élections européennes

Article publié le 9 juin 2009
Article publié le 9 juin 2009
Par Perrine Recours

Pilote de rallye, héritier du trône, pirate multirécidiviste, fille de président... Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les candidats aux élections européennes ne sont pas tous issus du même moule. Un petit aperçu de quelques personnalités atypiques dont la candidature a pimenté les élections européennes et a pu susciter la surprise ou la polémique, avec plus ou moins de succès.

Finlande: de pilote à politique, il n'y a qu'un pas

Ce n'est pas la première fois qu'Ari Vatanen se présente aux élections européennes. Cet ancien champion du monde de rallye est un vétéran puisqu'il a déjà été député européen à deux reprises: la première fois pour son pays d'origine, la Finlande, et la seconde fois pour le pays où il vit, la France. Mais en 2009, Ari Vatanen a préféré se représenter en Finlande pour le Parti de la Coalition nationale, car le parti au pouvoir en France, l'UMP, ne lui a pas offert de place qui lui convienne sur ses listes. Cette stratégie s'est avérée payante, puisque Ari Vatanen entame désormais son troisième mandat de député européen.

Roumanie: une reine de la jet-set, mannequin... et fille du Président

Elena Basescu est plus connue pour ses photos de mode, ses virées nocturnes et ses amours tourmentées que pour ses idées politiques et ses accomplissements. Qu'importe: la fille du Président roumain Traian Basescu, âgée de 29 ans, a décidé de se lancer dans la politique en se portant candidate aux élections européennes. Elle a démissionné du parti au pouvoir, le PDL (Parti Démocrate Libéral), afin de se présenter en tant que candidate indépendante, ne souhaitant pas que son père « soit accusé de népotisme ». Son programme semble toutefois quelque peu limité : « EBa », soit Elena Basescu. Ce qui ne l'a pas empêchée d’obtenir 4,22% des suffrages, soit suffisamment pour siéger au Parlement Européen.

En Allemagne, une conservatrice fétichiste pour donner un coup de fouet aux élections

Gabriele Pauli a été députée du parti conservateur bavarois CSU, et candidate à la direction de ce même parti, qu'elle a quitté en novembre 2007. Habituée aux provocations, elle a fait part de ses tendances fétichistes en posant pour un magazine avec une perruque rouge et des gants en latex. Elle a également fait scandale en proposant la création d'un mariage à durée déterminée de 7 ans afin de réduire le nombre de divorces. Tête de liste du groupe des électeurs libres « Freie Wähler » lors des élections européennes, elle n'a toutefois obtenu que 1,77% des voix.

République tchèque: un cosmonaute envoyé dans les étoiles européennes

Vladimir Remek est l'unique cosmonaute de l’histoire tchécoslovaque et le premier cosmonaute non-russe et non-américain envoyé en mission dans l'espace. Mais les étoiles du drapeau européen le font également rêver puisqu'il est député européen depuis 2004, pour le Parti Communiste de Bohême-Moravie. Ses actions en tant que député européen ne se limitent probablement pas au vide intersidéral : il a été réélu en 2009, son parti ayant obtenu 14,18% des voix exprimées.

France: un chanteur écolo, un humoriste antisémite et un professeur de la Star Academy

La France s’est distinguée avec au moins trois candidats « people ». Le premier est Francis Lalanne, chanteur, acteur et candidat de l’Alliance Ecologiste Indépendante. Le second est Dieudonné M'bala M'bala, un humoriste noir d'origine camerounaise, jadis engagé contre le racisme, mais qui depuis quelques années est passé à l'extrême droite. Lors de ces élections européennes, il a conduit une liste ouvertement antisémite, qui a obtenu 1,3% des voix en région parisienne. Le troisième est Philippe Lelièvre, candidat de la liste « Citoyenneté et culture européenne ». Cet acteur s'est fait connaître au grand public en devenant professeur d’improvisation théâtrale dans l'émission française de télé-réalité « Star Academy ». Aucun des trois n’a réussi à se faire élire au Parlement Européen.

Suède: les pirates à l'abordage

Le parti des Pirates (Piratpartiet), fondé en Suède en 2006, n'a pas été crée par des flibustiers somaliens. Ses fondateurs et ses membres sont bel et bien suédois et réclament entre autres la suppression de la propriété intellectuelle et la légalisation du partage des fichiers sur Internet. Certains sondages leur donnaient 5 à 6% des voix, soit suffisamment pour envoyer un député au Parlement Européen. Ils ont fait mieux en obtenant plus de 7% des suffrages, soit un siège, ce qui fait d’eux le premier parti suédois chez les moins de 30 ans.

Hongrie : un Habsbourg en campagne

L’archiduc Georges de Habsbourg est le petit-fils du dernier empereur austro-hongrois, Charles Ier de Habsbourg. Mais il n’est pas candidat aux élections européennes en Autriche ; il vit en effet en Hongrie, est diplomate hongrois et Président de la Croix Rouge hongroise. Son parti, le MDP (Forum Démocratique Hongrois), n’a obtenu que 5,3% des voix exprimées, soit un siège. Un résultat qui ne lui permet pas d’être membre du Parlement Européen puisque Georges de Hasbourg était numéro 2 sur la liste de son parti.

La palme du people revient à… l’Italie

L'Italie est habituée aux députés atypiques: elle a déjà envoyé une actrice pornographique d’origine hongroise, la « Cicciolina » Ilona Staller, à son Parlement national, ainsi que la petite fille du Duce, Alessandra Mussolini, au Parlement Européen. Mais les élections européennes de 2009 ont réservé d'autres surprises. Tout d'abord, l'un des candidats était un prétendant au trône italien, petit-fils du dernier roi d’Italie, le prince Emanuele-Filiberto de Savoie. Ce dernier s’est présenté sous la bannière du parti démocrate-chrétien UDC mais n’a pas obtenu assez de voix pour siéger au Parlement Européen. Enfin, plusieurs des candidates pressenties sur la liste du parti du Président du Conseil Silvio Berlusconi étaient des jeunes vedettes de la télévision, choisies apparemment plus sur leur plastique que sur leur CV. Suite à une polémique, une seule d’entre elles a été retenue comme candidate et finalement élue : Barbara Matera, ancienne finaliste au concours de Miss Italie et présentatrice de télévision.

Que retenir de ces candidatures, quelques jours après les élections ? Elles ont parfois suscité le débat alors que la plupart des électeurs se désintéressaient de ces élections. Le revers de la médaille est que les polémiques causées par certaines de ces candidatures ont concerné plus la forme que le fond, et ont eu tendance à 'peopoliser' les élections au lieu de mettre en exergue les enjeux et défis concrets auxquels l'UE est confrontée. On constate en outre que la plupart de ces candidats au CV européen parfois maigrichon ont un point commun, celui d'être très riche et/ou de provenir d'une famille illustre. L'égalité des chances est encore loin en Europe.

Finalement, ces candidatures n’ont probablement pas incité les électeurs à se rendre davantage aux urnes, et ont peut-être renforcé l’idée selon laquelle de nombreux hommes politiques ne prennent pas l’Europe, au sérieux. Or si eux-mêmes ne la prennent pas au sérieux, pourquoi les citoyens le feraient-ils ?