Ces bons vieux Suédois

Article publié le 5 août 2009
Article publié le 5 août 2009

Si, dans l’espoir insensé de rivaliser avec Anita Ekberg, l’actrice fétiche de Federico Fellini, il venait à l’esprit de Zlatan Ibrahimovic l’idée saugrenue de prendre sa douche sous les eaux ruisselantes de la Fontaine de Trevi, l’ex-attaquant de l’Inter de Milan serait cependant bien loin d’incarner le type même de la beauté viking… D’origine bosniaque et croate, le footballeur natif de la banlieue de Malmö peut, malgré tout, s’enorgueillir d’être un compatriote d’Ingmar Bergman et de Fifi Brindacier. Aussi, quand du haut des tribunes, ses admirateurs lui recommandent en espagnol « de ne pas faire le suédois » (« No hacerte el sueco ! »), ce n’est pas sa nationalité, ici, qui est remise en cause mais son silence face à la modique somme de 45 millions d’euros déboursée par le club de Barcelone pour extirper l’étoile montante des Balkans des griffes des lombards. Le mot « sueco » nomme bien en castillan l’habitant du morceau de Scandinavie que survolent les oies sauvages de Nils Holgersson ; pourtant, c’est un homonyme (du mot latin « soccus ») qui est utilisé dans cette expression, désignant une pièce de bois brut dans lequel on taille les sabots. En somme, le Suédois est « sourd comme un sabot »

Le prestige de la Suède et de ses habitants n’en ressort en rien écorné. Si cela était, les Allemands nous démontreraient immédiatement le contraire, quand, pour exprimer leur émerveillement devant un phénomène qui force le respect, ils s’exclament avec ravissement : « Alter Schwede ! »(« Ah ! ces bons vieux Suédois ! ») L’expression remonte à la Guerre de 30 ans au 17e siècle, période durant laquelle le Roi de Prusse Friedrich-Wilhem Ier recrutait des soldats suédois réputés pour leur bravoure et leur férocité afin d’en faire les cadres de son armée en formation. Face à de si redoutables instructeurs, les tire au flan récalcitrants se montraient bien avisés d’aiguiser avec zèle la pointe de leur casque s’ils ne voulaient pas aller faire un petit séjour d’agrément dans les serres peu enchanteresses du « Schwedische Garten » (« Jardin suédois »), autrement dit « au mitard ».

A un Polonais inquiet qu’une donzelle ne soit pas tout à fait à la hauteur de ses attentes, on répond : « To coź źe ze Szwecji »(« Quelle question quand cela vient de Suède ! ») Mais si la belle ne se montre pas à son goût, le Russe, lui, s’empressera de la renvoyer « dans les buts » : « Пропал, как швед под Полтвой » (« comme les Suédois à Poltava »), c’est-à-dire aussi démunie qu’un ballon en plein milieu de terrain. L’expression, en se référant au lieu où les armées de Charles XII subirent une cuisante défaite face à celle du Tsar Pierre le Grand, marque l’entrée en scène de la Russie dans l’histoire européenne et précipite le déclin de la puissance nordique qui avait su jusque là transformer la Baltique en un « lac suédois ». En espérant que Stockholm obtienne de meilleurs résultats à la tête de l’Union dans les prochains mois, il ne nous reste plus qu’à lui souhaiter : « Lycka till ! » (« Bonne chance ! »)