Ce qui fait bouger Berlin : le sénateur aux finances

Article publié le 5 mars 2008
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Article publié le 5 mars 2008
Dans „Ce qui fait bouger Berlin“, les auteurs de Café Babel reviennent sur le sujet majeur de la semaine précédente dans la capitable allemande. L’approche est évidemment subjective, analytique, commentée mais avant tout informative. Ecrivez-nous votre avis sur le sujet dans les commentaires.

par Matthias Jekosch (traduction: Sébastien Vannier)

Si Thilo Sarrazin (SPD) continue sur sa lancée, il pourra bientôt publier un livre de ses meilleurs citations. Celui-ci pourrait être volumineux car le sénateur aux finances de Berlin, c’est bien connu, n’a pas la langue dans sa poche. Mais c’est dernières semaines, ses interventions se sont multipliées, provoquant chez beaucoup quelques remous.

Ainsi a-t-il mi-février présenté ses calculs sur la façon de se nourrir avec les 4 euros par jour consacrés à la nourriture des bénéficiaires de Hartz IV. Brötchen, Spaghetti et Leberkäse étaient sur la carte de ce menu plutôt particulier, qui ne lui a pas valu que des amis dans un groupe qui constitue une des bases de l’électorat des partis de gauche à Berlin. En effet, près de 660 000 personnes vivent des aides publiques à Berlin. A l’intérieur de son propre parti, cette initative est jugée trop extrême. Le maire de Berlin, Klaus Wowereit a qualifié ce genre de liste de « complètement inutile ».

Mais Sarrazin ne serait pas Sarrazin si il ne se sentait pas encouragé à continuer par les critiques qui s’abattent sur lui. Lors d’une manifestation organisée à la réprésentation de Rhénanie-Palatinat à Berlin a-t-il ainsi afirmé que les écoliers de Bavière sans diplôme étaient meilleurs que ceux de Berlin avec diplôme. Après que le « Main-Post » ait relaté les faits il y a une semaine, tous les journaux berlinois se sont emparés de l’affaire. Dans les tabloïds à sensation, il a même été proposé de « bâilloner » le sénateur aux finances. Michael Muller, chef de la fraction SPD au parlement de Berlin, s’est, pour sa part, déclaré « surpris et fâché ». Sarrazin se défend en arguant qu’il fallait prendre cela sur le ton de la plaisanterie.

La tension n’était pas encore tombée que Sarrazin refaisait son apparition sur la une des journaux. Lors d’une émission télévisée, il s’est excusé pour son « Hartz-menu » et a reconnu que c’était une erreur de présenter ces calculs sous forme de carte de restaurant. Mais s’en est suivie une remarque étonnante venant d’un sénateur aux finances sur les travailleurs au noir : « Au lieu que quelqu’un reste assis au vingtième étage à regarder la télé toute la journée, je serais presque rassuré si il travaillait un petit peu au noir ».

Malgré tout, ce sénateur de 63 ans a reçu également quelques soutiens dans les colonnes des journaux. Ainsi, Wowereit l’a décrit comme « une sorte de Günter Netzer (star allemande du football dans les années 70, désormais commentateur sportif pour la télévision, NDLR) de la politique. De temps à autre génial, volontiers prêt à l’ouvrir, mais pas prêt tous les jours à travailler en équipe ». En regardant, au-delà de la provocation verbale, les simples faits politiques, y aurait-il sûrement plus de monde pour approuver le sénateur. Augmenter les allocations ne contribue pas forcément à réduire le chômage. La qualité des cours à Berlin est moindre que celles des écoles bavaroises. Un travailleur qui bâtit une maison au noir apporte plus à l’économie que quelqu’un qui ne fait rien. On peut donc être d’accord avec ces interventions, mais rien n’y oblige.