Carte de la semaine : le nombre de migrants change-t-il vraiment l'Europe ?

Article publié le 29 juin 2016
Article publié le 29 juin 2016

Les chiffres le démontrent : les migrants ont changé la population européenne. Mais leur nombre a augmenté de façon différente selon les États, et étonnamment (ou peut-être pas) les chiffres sont parfois très différents de ceux qu’on nous communique. Les déclarations d’ « invasions de migrants » faites par certains partis politiques de toute l’Europe sont-elles vraiment justifiées ?

D’après les chiffres, plus d’un million de demandeurs d’asile ont franchi les frontières de l’Europe entre juillet 2015 et juin 2016. Il s’agit principalement de migrants qui viennent de pays en guerre comme la Syrie, l’Afghanistan ou l’Irak, mais aussi d’autres zones du globe non « officiellement » en guerre, où les conditions de vie insoutenables ne permettent cependant pas de vivre en sécurité et avec dignité.

Les gouvernements européens ont essayé à plusieurs reprises de se mettre d’accord sur la façon d’aborder la question migratoire. Mais le fait est que les flux migratoires intenses ont déjà profondément changé les sociétés où les migrants ont effectué une demande d’asile politique et où ils résident désormais. Tout ceci est confirmé par les chiffres d’une nouvelle étude publiée par l’institut de recherche américain Pew Research Center. Dans certains pays européens, le taux d’immigration a augmenté de plus d’1 % en 12 mois. Cette augmentation paraît a priori minime, mais il s’agit en réalité d’une hausse importante pour un pays occidental. Pour avoir matière à comparer, nous pouvons nous référer aux chiffres sur l’immigration de l’Amérique Latine vers les États-Unis et afin d'observer une augmentation d’1 %, il faut couvrir une période correspondant à la décennie 2005-2015.

Le pays qui a enregistré la plus grande augmentation du nombre de migrants est la Suède (1,5 %). En 2015, 16,8 % des résidents du pays étaient des immigrés (ce pourcentage est passé à  18,3 % en 2016). On trouve ensuite la Hongrie, avec une augmentation d'1,3 %, l'Autriche avec une hausse de 1,1 % et la Norvège, avec un surcroît de 1 %. Le pourcentage concernant l’Allemagne est intéressant : le pays s’est engagé à ouvrir ses portes aux migrants à l’automne 2015 mais l’augmentation enregistrée est « seulement » de  0,7 %. Un chiffre que l’institut de recherche qualifie de «substantiel, mais bien moins significatif que d’autres pays européens ».

Il est par ailleurs intéressant d’examiner la situation de pays comme la France et le Royaume-Uni qui connaissent historiquement d’intenses flux migratoires. Les deux pays ont enregistré une augmentation de 0,2%, soit un nombre très faible, si on le compare à d’autres pays du Vieux Continent. Ce chiffre justifie d’autant moins les rhétoriques anti-immigration qui ont  récemment caractérisé la campagne pro-Brexit au Royaume-Uni.  Les chiffres de l’Italie et de la Grèce sont eux aussi éloquents : ces pays qui se situent au milieu de la route de ceux qui essayent d’entrer en Europe ont tous deux enregistré une augmentation de 0,1 %. Le cas de l’Espagne est également révélateur, le pays connaît une diminution de 0,1 %.

Ainsi, deux conclussions peuvent être dressées : oui, les migrants ont changé l’Europe. Mais avec des chiffres très différents de ceux que l'on veut nous faire croire.

Migrant surge drives big increases in immigrant share for several European countries _

Cet article fait partie de notre série l’Europe à la carte. Une carte par semaine pour comprendre en un coup d’œil la réalité européenne qui nous entoure.