Carte de CMU coincée dans les rouages administratifs, ou comment laisser une diabétique sans insuline

Article publié le 20 octobre 2009
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Article publié le 20 octobre 2009
Créée en 1999, la couverture maladie universelle est un dispositif national sensé permettre aux personnes aux revenus modestes de bénéficier d’une couverture santé complétant le régime de base de la Sécu. Or dans les faits, l’accès aux soins et aux médicaments n’est pas toujours aussi évident pour les bénéficiaires de la CMU. En 2008, en Auvergne, 65816 personnes sont sous ce régime. Après avoir entendu plusieurs bénéficiaires se plaindre d’avoir été « jetés » par tel ou tel médecin ou par certaines pharmacies, j’ai décidé de suivre Michèle, 58 ans, dans ses démarches.

Michèle, diabétique, a emménagé dans le Cantal il y a un peu plus d’un an. Après un transfert de documents administratifs un peu chaotique (joie de ses fameuses « lenteurs de l’administration »), elle ne dispose que d’une feuille d’attestation de son affiliation à la CMU, pas encore de la « vraie » carte. En septembre, près un énième coup de fil, son interlocutrice de la Sécu lui affirme que sa carte « ne saurait tarder ». Mi-octobre, toujours aucune carte à l’horizon.

Son médecin traitant et la pharmacie de sa petite ville n’ont fait aucune difficulté pour accepter l’attestation et lui délivrer les soins et les médicaments dont elle a besoin au quotidien. Seulement à son arrivée, la petite pharmacie du coin n’a pas tel type d’insuline : il faut aller à Aurillac pour chercher la première boite. À la première pharmacie, l’accueil est glacial. Faute de « vraie » carte, on refuse de lui délivrer son traitement. Deuxième tentative, une pharmacie deux rues plus loin, on accepte de la dépanner.

Il y a quelques jours, Michèle doit « monter » à Clermont pour régler de la paperasse qui ne peut être faite que dans une « grande agence ». Avant de prendre la route, ordonnance de son médecin en poche, elle décide d’aller chercher ses médicaments : les deux pharmacies les plus proches n’ont plus tel médicament, il faudra attendre la livraison. Qu’à cela ne tienne, Michèle se met en route se disant qu’à Clermont elle trouvera bien ce qui lui faut. Or c’est précisément là que les affaires se compliquent !

La première pharmacie refuse tout net de la servir. J’avais un peu de mal à croire qu’un pharmacien puisse refuser de l’insuline à un diabétique à cause de la carte CMU : je suis Michèle dans une autre pharmacie. L’employée derrière sa banque hésite « une attestation… je vais voir… ». Sa chef lui dit que ce n’est pas possible. On insiste : la chef nous dit que c’est à cause de la carte CMU. Sûre de son bon droit, Michèle appelle la Sécu. Après 3’30’’ de musique molle, l’interlocuteur Sécu est formel : on ne peut pas lui refuser son médicament. Coté pharmacie, on a réussi à faire sortir le propriétaire de son bureau et on lui passe monsieur Sécu. Ils discutent quelques minutes. Il en ressort que 1) le pharmacien n’a pas le droit que refuser les médicaments et 2) que droit ou pas droit « on a déjà eu des problèmes pour être remboursé avec la CMU. En plus vous dépendez du Cantal, alors pour avoir vos médicaments il faudra faire l’avance » sort le pharmacien devant quelques clients médusés.

Fort heureusement, après plusieurs essais, on finit par trouver une pharmacienne sympathique qui accepte de donner à Michèle les médicaments prescrits par son médecin. Voyant Michèle toute pâle et un peu flageolante sur ses jambes (le manque d’insuline et l’énervement ont fait monter son taux de sucre en flèche), on lui propose une chaise et un verre d’eau. Michèle et moi en sommes tout étonnées. Nous lui racontons un peu nos péripéties de la matinée, la pharmacienne est outrée mais pas plus surprise que ça. Ce n’est apparemment pas la première fois qu’elle sert des patients CMU que ses collègues ont refusés.

Empêtrée dans un divorce qui n’en finit pas (trois avocats ont refusé de traiter son dossier parce qu’elle dépend de l’aide juridictionnelle et les deux qui l’ont accepté n’ont simplement rien fait), lassée de devoir se battre contre l’administration, Michèle se résigne à demander de l’aide. Elle prend rendez-vous avec une assistante sociale pour essayer de débloquer un peu sa situation. Une rencontre précieuse autant qu’efficace : « Vous arrivez dans le Cantal avec tous vos problèmes. Ce n’est pas au pauvre département du Cantal de payer pour vous ». Être malade et en plus avoir des problèmes avec la Sécu, c’est un comble !   Décidément, Bienvenue chez les Bougnats ! Il semble bien loin le temps de la solidarité exemplaire chantée par Brassens dans sa Chanson pour l’Auvergnat.

D.