Cap à l'Est

Article publié le 25 février 2003
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Article publié le 25 février 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le terme "Europe" change de dimension, dans le contexte de l'élargissement et dans la perception des décideurs américains, à la recherhce de soutien pour une action militaire contre l'Irak.

Récemment, le Secrétaire d'Etat américain Donald Rumsfeld a dit lors d'une conférence de Presse (22.01.03) que considérer la France et l'Allemagne comme les principaux acteurs en Europe n'est plus d'actualité. L'Amérique cherche à mettre l'accent sur l'Est, car c'est là qu'elle semble être est la mieux accueillie et recevoir l'appui le plus solide, et ce pas uniquement sur la question de l'Irak.

Cette déclaration s'inscrit dans le prolongement de la politique d'appui et de fidélité entretenue par beaucoup de pays ex-communistes d’Europe de l'Est avec les Etats-Unis. La Pologne semble être une figure de proue de ce mouvement et se trouve souvent sous le feu de la critique de certains pays d'Europe occidentale, craignant de voir grossir le nombre d'alliés de l'Amérique dans l'arrière-cour européenne.

De plus, les relations militaires américano-polonaises ont aussi été renforcées au début de cette année par un accord de fourniture d'avions de chasse américains à l'armée polonaise, faisant maintenant partie des forces de l'OTAN. A cet égard, le Mirage français et le Gripen anglo-suédois ont fini par être rejetés. Le marché conclu avec les Américains comprend un accord de coopération prévoyant la compensation du coût d'achat des avions par des investissements américains ; la mise en œuvre du projet étant prévue sur une période de dix ans. Alors que le Prédisent Kwasniewski rendait visite au constructeur américain d'avions et à l'Université de défense nationale au début de cette année, il souligna que la Pologne était un allié loyal et ne refuserait pas de coopérer avec les Etats-Unis.

Le président Kwasniewski, au cours du dernier sommet de Davos, s'est aussi fortement opposé à l'antagonisme croissant entre l'Europe et les Etats-Unis sur la question de l'Irak, ajoutant que deux continents partageant les mêmes valeurs devraient être capables de résoudre la question rapidement.

Sur qui en Europe les Américains pourraient-ils compter, en dehors de la République tchèque, de la Hongrie et de la Pologne ou des pays baltes, de la Roumanie et de la Bulgarie ? D'autres alliés naturels des Etats-Unis sont le Royaume-Uni et d'une certaine manière l'Espagne et l'Italie. Mais la raison de cette alliance est elle la seule loyauté ? Évidemment la loyauté ne peut pas être la seule réponse ici. Ce qui est en revanche une caractéristique remarquable des Etats-Unis est leur incontestable puissance politique, militaire et économique reconnue par tous les leaders politiques en Europe et décrite tantôt comme de l'arrogance dans la plupart des pays occidentaux, tantôt comme de la confiance en soi et de la capacité à prendre des décisions par les pays d'Europe de l'Est. Comme Marek Ostrowski l'a souligné dans "l'Oncle Sam et la fourmi Europe" – article paru dans "Polityka" n°17/2002 – les Etats-Unis, après leur succès en Afghanistan, semblent toujours être en guerre, même si la solidarité internationale à leur encontre, annoncée le 11 septembre, est depuis longtemps oubliée.

Relations étroites entre les Etats-Unis et les pays candidats

Les relations spéciales et l’amitié avec l’Amérique datent de la période de la guerre froide, alors que l’Europe orientale s’est souvent sentie abandonnée par les Européens de l’ouest, tandis que l’Amérique manifestait fermement son soutien pour la liberté et la démocratie, et soutenait les actions des groupes dissidents dans ces pays. Les Européens de l’ouest semblaient être plus conciliants envers Moscou. Et lorsque la loi martiale fut introduite en Pologne le 13 décembre 1981, le président américain Ronald Reagan, alluma une bougie à une fenêtre de la Maison blanche, alors que le Ministre français des affaires étrangères de l’époque, Claude Cheysson, annonça simplement que la France ne ferait naturellement rien.

Qui plus est, quand le rideau de fer tomba, ce ne furent pas les Européens de l’ouest qui ouvrirent leurs portes aux Européens de l’est. Ceci fut plus le résultat de la pression américaine sur l’Europe occidentale, précisant qu’il incombait à la Communauté européenne de « s’occuper » de leurs nouveaux voisins libérés.

Les leaders politiques de Pologne, de République tchèque et de Hongrie, déjà membres de l'OTAN depuis 1999 et qui attendent avec impatience de rejoindre l'Union européenne (UE) en 2004, ne voient aucune contradiction dans le soutien de la position des Etats-Unis dans l'Alliance atlantique et le fait de devenir membre de la Communauté européenne. En effet, les garanties de sécurité offertes par l'OTAN sont sans équivalent en Europe, alors que l'UE offre le bien-être et la prospérité. Et pour des pays ayant subi la lourde expérience de la Guerre froide, la combinaison de ces deux options est incontestablement nécessaire.

Comme le précise Jan Rupnik, professeur au Collège d'Europe et universitaire renommé travaillant au Centre européen d'études internationales, à propos du sommet de l'OTAN à Prague en novembre dernier, ouvrant la porte à sept pays candidats, et du sommet européen de Copenhague tenu en décembre 2002, où les négociations d'adhésion des 10 pays candidats ont été closes : le premier est clairement apparu comme un événement historique, tandis que le dernier était encore un autre exemple de marchandage européen...

Jusqu'à maintenant, toute cette rhétorique politique et ces débats n'ont pas trouvé beaucoup d'appui dans l'opinion publique, tant aux Etats-Unis qu'en Pologne. Selon de récents sondages aux Etats-Unis, environ 58 % de la population n'est pas convaincue que la guerre contre l'Irak soit justifiée à ce stade des inspections, et le soutien pour la politique de Bush commence à s'amenuiser. En Pologne, selon un sondage publié par l'institut de sondage CBOS du 3 et 6 janvier 2003, plus de la moitié de la population est contre l'intervention de l'OTAN en Irak, même si les inspecteurs de l'ONU fournissent des preuves suffisantes ; seulement un tiers de la population soutient une initiative OTAN - Etats-Unis, mais seulement 25 % voudraient voir des soldats polonais se battre dans une guerre en Irak.