Canulars : petits mensonges entre amis en Europe

Article publié le 10 mars 2015
Article publié le 10 mars 2015

Le New York Times a publié mi février un classement des plus grandes farces de 2014. Parmi les « grands noms » récompensés se trouvait celui d'Alessandro Di Battista, parlementaire du Mouvement 5 Etoiles, « primé » pour avoir diffusé de fausses informations sur le Nigeria, ISIS et le virus Ebola. Un cocktail mortel non ?

En Italie, on les appelle des canulars, mensonges, non-sens, inepties, erreurs ou encore inexactitudes. Si nous avions joué à « Cherchez l'intrus », nous aurions sans aucun doute entouré le mot « canular ». Pour commencer, c'est le seul de la liste qui n'a, de prime abord, rien à voir avec le principe de « mensonge ». Selon l' Accademia della Crusca - la haute autorité italienne en matière de langue - l'utilisation de ce mot vient de l'expression « mener la bufflonne par le bout du nez », c'est à dire duper son interlocuteur et l'amener à croire ce qu'on veut comme on mènerait un animal par le bout du nez.

Avec le développement d'Internet, l'audience des canulars est devenue encore plus large. Il existe désormais des sites entiers qui leur sont consacrés et qui jouent avec ce que les Français appellent un « canard ». Et nous voilà repartis dans le règne animal ! Parler d'informations erronées et tendancieuses d'une voix rauque était tellement en vogue en France qu'en 1915, le terme canard s'est retrouvé en en-tête d'un des hebdomadaires satiriques les plus connus de France :  Le canard echainé. Dans la foulée de ce titre, d'autres expressions ont vu le jour comme  « donner du canard »ou « vendre des canards à moitié ». Dans les deux cas, le sens reste le même : raconter un mensonge. Les Français utilisent même un autre mot, « canular », qui n'a lui rien à voir avec le monde animal et qui serait l'équivalent de notre « beffa » (pied de nez ou moquerie).

L'expression française a réussi à traverser les frontières et est arrivée jusqu'en Allemagne, où il existe exactement la même expression. Pour les Allemands, le canard devient « die Ente ». Outre-Rhin, l'expression est également liée au monde de l'information avec « Zeitungente », qui signifie littéralement « le journal du canard ». Du côté de la Pologne, on utilise d'autres mots pour parler des fausses nouvelles que l'on baptise « gossip press ». Et chez les langues finno-ougriennes on ne se laisse pas vraiment aller. À Budapest un simple « Hazugság » fera l'affaire.

Rien d'étonnant non plus chez les Espagnols et les Britanniques qui se contentent d'utiliser des mots comme « bulo » ou « hoax ». Pourtant comme le mot hoax n'a rien à voir avec le monde animal, son origine semble un peu étrange. Selon le philologue du 18ème siècle, Robert Nares, hoax vient du mot hocus, qui est lui même la forme contractée de la formule magique hocus pocus qui signifie « embrouiller » ou bien encore « désorienter ».

Que l'on parle de références animales ou simplement d'un canular change peu de choses en somme. Si vérifier les informations permet de débusquer ceux qui racontent des mensonges, d'autres ont pris le parti d'en rire. Et c'est ainsi que sont nés des sites entièrement dédiés à la publication de fausses informations, relevées par une bonne dose d'humour comme Lercio.it (parodie du journal gratuit italien Leggo, Italia) ou encore LeGorafi.fr. Des sites qui nous font souvent rire ou qui nous rappellent (malheureusement) parfois ce sur quoi nous devrions nous renseigner auprès de publications (sensées être) plus sérieuses.