Camp de Roms à Rome : après l'incendie, l'expulsion

Article publié le 10 février 2011
Article publié le 10 février 2011
L'incendie qui s'est déclaré dans le camp de Roms de la via Torfiscale dans la nuit du 6 au 7 février à Rome, a tué 4 frères et sœurs âgés de 4 à 11 ans et posé beaucoup de questions. En Italie, la polémique enfle sur ces campements illégaux dont les habitants sont évacués de Charybde en Scylla. L'équipe romaine de cafebabel.com est allé recueillir la version d'un des habitants voisins.

Florian hausse les épaules quand un journaliste de la télévision lui demande comment lui et ses proches font pour vivre dans de telles baraques plantées au milieu de la boue malgré le froid et l'humidité. Il est un des « voisins » de la famille qui a perdu quatre enfants dans un incendie à Rome, sur la via Torfiscale, à la hauteur de la via Appia Nuova. Son campement se trouve à quelques dizaines de mètres du camp, évacué hier matin, où s'est déclenché le tragique incendie. Florian explique qu'il vit ici depuis environ une année, avec sa femme et ses deux fils (âgés de 2 et 11 ans) et les familles de ses frères et sœurs. Ils forment un groupe de dix adultes et de douze enfants, tous d'origine roumaine.

Les carabiniers, nous explique t-il, sont déjà venus au petit camp plusieurs fois pour les identifier. Il y a deux mois, ils les ont informés qu'ils les transféreraient de l'endroit où ils vivent actuellement : des petites cabanes faites de bois, de plaques et de matériel récupérés dans un terrain vague, près du garage automobile Balduina. Il espère pouvoir un jour vivre dans de meilleurs conditions, peut-être dans un préfabriqué. Une espérance que partageaient sûrement les parents de Raul, Fernando, Sabatino et Fabrizio, les quatre enfants dévorés par les flammes de l'incendie qui a éclaté alors que, dans le camps d'à côté, tout le monde dormait. En effet, quand il s'est rendu compte de ce qui se passait, Florian a rejoint le petit camp. Mais il était déjà trop tard.

Évacuation imminente

La seule source de revenu du jeune roumain est la récolte de vêtements et de divers matériel trouvés parmi les déchets et revendus sur les marchés qui s'improvisent aux premières lueurs du jour sur la place San Giovanni comme à Marconi. Il ne peut pas dépenser 800 euros pour louer un appartement. L'idée d'occuper une maison vacante n'est pas non plus une solution qu'il envisage. Alors, pour se chauffer, il s'arrange avec un réchauffeur d'air et pour l'électricité, il utilise un générateur protégé d'une bâche bleue.

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Selon les indications des autorités, leur expulsion serait imminente. Le nouveau d'une longue série. Ces familles ont déjà été contraintes à se déplacer deux fois quand elles résidaient dans le quartier de Torpignattara. Dans ces conditions, l'intégration est impossible, surtout pour les enfants qui ne peuvent pas fréquenter une école. L'essai a déjà été fait, nous raconte Florian, avec Giuseppe (prénom d'emprunt ndlr), son fils aîné. Il a fréquenté deux écoles, pour de courtes périodes, dans les quartiers où ils résidaient avant. Mais avec les évacuations et la réinstallation sur la via Appia Nuova, adieu l'école. Le sac de Giusseppe est encore prêt, avec ses cahiers et ses stylos, mais le moment de faire des devoirs et de connaître de nouveaux compagnons de classe semble encore bien loin.

Photos : ©Alessia Capasso