Camp de réfugiés : organisation et débrouille

Article publié le 28 septembre 2015
Article publié le 28 septembre 2015

Un camp de réfugiés en plein Bruxelles, jusqu’il y a peu c’était inimaginable. Du coup, les autorités ont été prises de court. Devant l’inertie des responsables politiques, les bénévoles s’organisent de leur mieux pour gérer la situation.

En moyenne, 900 migrants vivent dans le parc Maximilien, près de la gare du Nord. Sans compter les bénévoles. Un défi organisationnel et logistique qu’il faut gérer avec les moyens du bord. Cuisine, distribution de tentes et vêtements, sanitaires, aide médicale, nettoyage du camp… Les tâches sont nombreuses et les ressources limitées. Ou plutôt, elles dépendent de la générosité des citoyens et du dévouement des volontaires. Alors on improvise et on se débrouille comme on peut.

Un désordre structuré

Manu est coresponsable du camp. Il se félicite des progrès accomplis en si peu de temps : « On est très peu à avoir déjà travaillé dans un camp de réfugiés. Au niveau de la coordination on est peut-être trois à l’avoir déjà fait. En Belgique ça n’arrive pas tous les jours. Donc au début c’était un peu la pagaille, il fallait tout faire, tout créer partout. Aujourd’hui ça va un peu mieux, le camp est structuré et chacun a un rôle bien défini. »

Le noyau de responsables et coordinateurs ne cesse de chercher des solutions pour améliorer l’organisation. Et tire la sonnette d’alarme. « On a établi une sorte de cadastre du camp, explique Manu. Une liste avec les emplacements des tentes, celles qui sont occupées et celles qui se libèrent. Ça devient vraiment nécessaire, d’autant qu’on arrive à saturation. La capacité d’accueil du parc est pour ainsi dire atteinte. Si d’autres personnes arrivent encore dans les prochains jours on ne saura pas où les mettre. Ils risquent de finir à la gare du Nord… »

Jusqu’il y a peu, l’équipe a pu compter sur le soutien de nombreux volontaires. Devant le stand « Accueil des bénévoles » le flux de nouveaux aidants était pratiquement ininterrompu. En moins de dix minutes, une dizaine de personnes se présentaient, par petits groupes de trois ou quatre. Il semblait y avoir plusieurs « profils » de bénévoles : ceux qui ont des compétences particulières (médicales, de bricolage etc.) et venaient pour aider à des tâches précises et ceux qui arrivaient en disant « Je veux aider, qu’est-ce que je peux faire ? », et que l’équipe répartissait en fonction des besoins. Et puis il y a ceux qui venaient juste discuter avec les réfugiés, les écouter, leur témoigner un peu de sympathie ou leur expliquer la vie en Belgique. Ceux-là, même s’ils ne participent pas de manière « active », ne doivent pas être sous-estimés pour autant. Parfois une oreille bienveillante est tout aussi importante qu’un bol de riz.

Hélas la situation a changé. Beaucoup de volontaires étaient étudiants. Les cours à l’unif ont repris, et apparemment cela a eu un impact sur le nombre de bénévoles. Au début Manu n’était pas trop inquiet : « Le premier gros week-end on estime qu’il y avait environ 400 bénévoles par jour. Et on se disait qu’en semaine on allait être en galère parce qu’il n’y aurait personne. Mais au final on tournait autour de 150 volontaires. Si les étudiants ne viennent plus, on aura juste un autre public, des pensionnés, des chercheurs d’emploi, des travailleurs à temps partiel… Ça devrait aller. »

Malheureusement, la suite des évènements semble lui avoir donné tort. Depuis plusieurs jours, la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés de Bruxelles, qui coordonne l’action citoyenne en faveur des migrants, multiplie les appels. Il n’y a pratiquement plus de volontaires sur le camp. Une situation très problématique, car de nouveaux réfugiés continuent à arriver.

Une efficacité à double tranchant

Cela dit, le fait d’avoir une organisation trop bien rôdée peut aussi poser problème. Ça pérennise le camp et ce n’est pas l’idée. Ça ne doit pas devenir une structure (semi-) permanente, sur laquelle les politiciens se reposent.

La question de la durée de vie du camp est centrale. Certes il y a des places supplémentaires en centre d’accueil qui sont créées. Mais là n’est pas (tout) le problème. Ici, ce sont des personnes qui attendent leur premier contact à l’Office des étrangers, pour introduire leur demande d’asile. Et tant que ce n’est pas fait, elles ne peuvent pas partir en centre d’accueil. Donc la durée de vie du camp ne dépend pas uniquement des places libres, mais de la capacité de gestion des dossiers à l’Office des étrangers (actuellement 250 par jour). Ce n’est pas la même chose.

« Pour nous c’est le pré-accueil qui compte ici, explique Manu. Parce que c’est bien beau de parler de l’après, mais on ne parle pas du pendant ! La semaine dernière, le temps d’attente était de six jours pour ouvrir un dosser à l’Office des étrangers. Il risque de monter à deux semaines très rapidement. Qu’est-ce qu’ils (les décideurs politiques, NDLA) vont faire avec ces gens en attendant ? Nous on est que des citoyens, c’est pas à nous de gérer ça à long terme. »

Le temps que les différents niveaux de pouvoir se mettent d’accord, la question ne sera pas réglée tout de suite. Un bâtiment a enfin été mis à disposition des migrants 24h/24, mais il ne peut accueillir que 500 personnes. Les autres passeront encore quelques nuits dehors…

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Notre équipe locale à Bruxelles planche actuellement sur un dossier consacré aux camps de réfugiés en Belgique. Solidarité, débrouille et gros morceaux d'humanité...retrouvez bientôt l'ensemble des articles à la une du magazine.