Cameron se moque de l'économie française et il ne fallait pas

Article publié le 24 mars 2015
Article publié le 24 mars 2015

David Cameron a critiqué le point de vue de son rival Ed Miliband sur la politique du président François Hollande à propos de l'économie française. Cependant, le premier ministre britannique devrait balayer devant sa porte avant de participer au French bashing ambiant et de s'enorgueillir de la reprise économique de son pays fondée sur l'austerité.

Pour ne pas dénoter de la nouvelle mode de la dystopie s'étant emparée d'Hollywood, un journaliste du GuardianJoe Queenan disait récemment : « La France n'existera pas dans le futur ». Contrairement à cela, loin de disparaître, la France a été utilisée comme exemple d'une certaine dystopie économique.

« Plus d'emplois créés dans le Yorkshire que dans la France entière »

Ce weekend, le premier ministre David Cameron a publié une tribune dans le Sunday Times pour critiquer son adversaire Ed Miliband, dirigeant du Parti Travailliste, sous un angle d'attaque précis : l'économie française. Le conservateur a tiré profit du soutien que son adversaire travailliste a déclaré en faveur du projet de réforme du président français - entamé en 2012 - afin de mieux le critiquer.

Il écrit ainsi : « Où ces projets de réformes ont-ils menés ? Le chômage de l'autre côté de la Manche atteint presque le double du nôtre et la croissance de notre économie est sept fois plus rapide. Imaginez maintenant si Ed Miliband avait eu les coudées franches pour réaliser son rêve français : l'impact aurait été une chute vertigineuse du nombre d'emplois, une nette baisse de la qualité de vie, une dette abyssale et finalement un trait tiré sur toutes possibilités d'avenir ».

En prévision des élections générales du mois de mai, l'économie du Royaume-Uni sera une pièce maîtresse de l'échiquier politique alors que chaque partie présente ses propositions. Dans ce contexte, le levier de la comparaison avec les performances de l'économie française semble être facile à manoeuvrer. 

Récemment, le ministre des finances George Osborne suggérait que même le Yorkshire, une petite partie du nord de l'Angleterre, avait créé plus d'emplois que la France toute entière en 2014. Le problème avec ce French bashing, c'est la situation même du Royaume Uni. Malgré ses apparents très bons résulats (2,6 points de PIB de croissance) la comparaison  avec ses voisins européens n'est en effet pas si glorieuse.

Vous avez dit reprise, isn't it ?

Depuis 2010, la plupart de la croissance du Royaume-Uni est la résultante directe du quantitative easing (QE ou assoupplissement quantitatif en français, ndlr), grâce auquel le gouvernement créer de la monnaie ex nihilo avant de l'injecter dans l'économie par le biais des banques pour doper l'économie. En gros, on fait tourner la planche à billet un maximum pour mettre de l'agent en circulation.

Les Conservateurs ont  prêché pour la chapelle de l'austérité tout en fermant les yeux sur le fait que leurs politiques ont déjà mené à une hausse des emprunts publics plus important ces 5 dernières années que le gouvernement précedent (travailliste) en 13 ans. De plus, on peut ausssi compter une baisse sans précedent des revenus des ménages (-8% depuis 2010) accompagnée d'une diminution du niveau de vie.

Pour compléter le tableau, même si l'emploi semble au beau fixe, les jobs créés sont principalement précaires. L'exemple en est donné du million d'emplois indépendants crées depuis 2010, emplois dont les salaires ont été nivellés de 20% depuis 2006. Ainsi, si la façade de l'économie britannique semble propre, la situation au jour le jour pour les vrais travailleurs et plus spécifiquement les jeunes, n'est pas si radieuse. Dans une telle situation se moquer de la France en se targuant d'être meilleur qu'elle semble un brin déplacé de la part de Cameron. La situation des deux côtés de la Manche est préoccupante, et il n'y a rien de glorieux à cela.