Calibro 35 on S.P.A.C.E... mais au Théâtre Biondo

Article publié le 18 février 2016
Article publié le 18 février 2016

Laissez vos passe-montagnes chez vous et revêtez les scaphandres d'un astronaute : le groupe Calibro 35 nous arrive de l'espace avec leur dernier album. Lundi 15 février, il présentait S.P.A.C.E. au Théâtre Biondo, et, avec leurs organes déformés et leurs sons synthétiques, nous entraînait dans un voyage interstellaire sur le thème des spy-story.

Au début, il y a l'électronique "du théâtre" avec en première partie  Angelo Sicurella, chanteur du groupe Omosumo, récemment auteur du premier volume d'un album, qui marque ses débuts en tant que soliste. Emouvant (et ému), il surfe sur la vague de l'empathie pour les titres de Orfani per desiderio, montrant comment ce genre de musique peut aussi se démarquer de la froideur synthétique à laquelle parfois elle est associée.

Pause. Lumières. L'obscurité à nouveau. Au Théâtre Biondo de Palerme, c'est l'atmosphère qui change complètement avec l'apparition sur scène du groupe Calibro 35. Ils entrent en silence, les yeux baissés. Le fond sonore présage déjà du contenu du nouvel album du groupe, avec la voix métallique d'un transmetteur qui signale : "le spectacle interspatial est sur le point de commencer".

Finies les rues sombres des films policiers de série B des années 70, peuplées de criminels, de gangsters en passe-montagne et de commissaires intègres : nous nous trouvons désormais parmi les galaxies et les planètes de l'iperuranio, lors d'un voyage interstellaire qui commence par les sons provenant du clavier de  74 Days After Landing

Le changement de concept : de la terre à l'espace

L'album s'intitule  S.P.A.C.E. et marque un tournant décisif dans la carrière artistique d'un groupe né en 2008 de l'union de quatre musiciens issus d'un milieu qui mérite qu'on s'y attarde : Enrico Gabrielli (déjà Afterhours, Mariposa, Vinicio Capossela) au clavier ; Massimo Martellotta (déjà Stewart Copeland, Eugenio Finardi) à la guitare, Fabio Rondanini (déjà Collectif Angelo Mai, Cristina Donà, Niccolo' Fabi) à la batterie et Luca Cavina (Beatrice Antolini) à la basse.

Une association née sous le signe de la passion pour le cinéma, d'où le nom : "Calibro" en hommage aux films à main armée et "35" comme les millimètres de la pellicule.

Le risque de se voir étiqueter comme un groupe "de genre" n'était pas loin, et voilà que le quartette de restaurateurs de bandes sonores revisitées uniquement grâce à la "réhabilitation" tarantinienne, totalisant cinq albums, décide de se tourner vers la science fiction (même si ce n'est pas tout). Et voilà, l'année de la sortie du nouveau Star Wars et celle scottienne The Martian - mais les vraies références sont les films italiens à budget réduit, ceux de Marco Bavas, soyons clairs - il lance un disque au "concept spatial" qui utilise les organes de Farfisa, Hammond et Vox, en les accompagnant pour la première fois par les sons des synth, MiniMoog et ARP Odyssey in primis.

 primis. 

Tout devient plus fluctuant comme à l'intérieur d'une navette spatiale

Du précédent sound, ils restent les organes déformés et les basses magnétiques, seulement tout est devenu plus raréfié comme à l'intérieur d'une navette spatiale où les corps des astronautes flottent dans leurs combinaisons encombrantes à cause de l'absence de force de gravité. 

Même les instruments se font tantôt plus feutrés tantôt plus "noirs", malgré le saxo qui reste l'un des protagonistes les plus appréciés  (Ungwana Bay Lauch Complex en direct est une pure charge explosive) et la flûte remplace parfois l'organe (comme dans S.P.A.C.E.)

Ne manquent pas les teintes de noir, le funky sur lequel on peut danser de Thrust Force (si seulement nous n'étions pas cloués aux fauteuils rouges du théâtre) et les atmosphères de spy story, comme celles de An Asteroid Called Death avec les claviers qui marquent le suspens psychédélique d'une poursuite qui cette fois se déroule dans l'espace.

Quant arrive le tour de Bandits on Mars -  single de lancement du disque - les têtes des spectateurs dansent à la place des corps. C'est sans aucun doute le titre de S.P.A.C.E. de groove le plus facile à retenir, avec un titre qui pourrait résumer la référence - selon nous - à Banditi à Milan (récit de l'atroce bande Cavallero qui dans les années 67 ensanglanta les rues milanaises) et à Fascisti su Marte, le long métrage satirique de Corrado Guzzanti. 

Balles et policiers n'ont donc pas du tout disparu, mais coexistent désormais avec la science-fiction.

Tout d'une traite

Le disque - enregistré dans le studio mytique vintage Toe Rag de Londres - a été réalisé exactement comme il aurait été fait en 1966 : tous les musiciens dans la même pièce avec leurs instruments et amplis, sans casques, avec le son qui se propage dans l'air et devient un élément fondamental des enregistrements.

Et sur la scène du Biondo, le concert des Calibro se déroule sans interruption, tout d'une traite, exactement comme dans un film. Avec les quatre musiciens qui laissent à peine voir la difficulté d'une technique incontestable.

Un pause sur la fin, avec le dialogue surréaliste entre deux aliens prêts à conquérir notre planète, peuplé de veuves en plastique et d'êtres étranges qui n'ont pas encore découvert que les hommes peuvent être également enceintes. Des histoires de préhistoire ! - commente ironiquement l'un des interlocuteurs, qui a aussi le mérite d'utiliser l'un des mots les plus beaux depuis toujours pour définir le rapport sexuel : "intrapartager". Puis les lumières deviennent rouges pour signaler l'atterrissage imminent sur la planète terre : le spectacle touche à sa fin, même si le public oscille encore à cause de l'absence de gravité.