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Article publié le 6 novembre 2007
Article publié le 6 novembre 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Alors que le rapport annuel de l'UE publié le 7 novembre insiste sur les nécessaires réformes à accomplir par Ankara si elle veut intégrer le club européen, trois jeunes Turques évoquent leurs doutes et inquiétudes.

Un nombre record de femmes au Parlement et une ancienne chef de gouvernement appartenant au sexe faible : la Turquie ne plaisante pas avec la parité officielle. Néanmoins, en 2004 l'indice de développement lié aux sexes (GDI, gender-related development index) plaçait la Turquie 71ème sur 177 pays tandis que le pays se classait en queue de classement pour l’indice de développement humain, censé mettre à jour les inégalités en terme de participation politique et économique, d'éducation et de niveau de vie. Récemment, le gouvernement interdisait le port du voile au Parlement et à l’université. Provoquant de nombreuses réactions. Témoignages.

Une confiance à toute épreuve

Nihal, 39 ans, se décrit comme une musulmane progressiste. «Nous les femmes qui portons le voile, nous savons ce que nous voulons », déclare-t-elle. «En fait, en Turquie, la plupart des femmes portent le voile [entre 60 et 70% de la population féminine]. Mais au sein du nouveau Parlement, aucune femme ne le porte. C'est anti-démocratique et je ne me sens pas représentée politiquement». Nihal affiche des attentes très précises quant au futur de son pays. «Nous avons besoin d'un Kémalisme réactualisé. Cela veut dire que les principes évoqués par Atatürk doivent être combinés avec le respect des droits de l'homme et une démocratie libérale».

Melis Kobal, étudiante en relations internationales à l'université d'Istanbul, se veut elle plus optimiste. «En tant que femme, je me sens aujourd’hui davantage représentée au Parlement. Les derniers résultats électoraux de juillet 2007 ont doublé le nombre de femmes députées : elles sont à présent 48. C'est, je l'espère, le point de départ de nouveaux projets défendant les droits des femmes». Melis considère que hommes et femmes sont simplement très différents les uns des autres. «Les femmes sont plus émotives et s'attachent plus aux détails ; quant aux hommes ils prennent leurs décisions plus rapidement et sont moins sensibles. Comme de plus en plus de femmes travaillent, cela les responsabilise. Elles ont désormais un poids dans la société qui leur permet de s'exprimer»

Le foulard à l'université

Zeynep, 24 ans, est une jeune femme active et pense que le représentantes du ‘sexe faible’ « prennent tout en charge en Turquie». Les femmes voilées ne sont pas autorisées à pénétrer au sein des universités, impliquant qu'elles ne peuvent avoir accès aux études et à la politique qu'en abandonnant une part de leur religion. Zeynep admet se sentir souvent discriminée parce qu'elle porte un symbole communément associé aux filles sans éducation et aux femmes opprimées par les hommes. «Je porte mon foulard parce que je crois aux commandements de Dieu». Selon Zeynep, dès que leurs croyances prennent une place importante dans leur vie, les femmes sont exclues de nombreuses opportunités offertes par la société. «Je n'ai jamais enlevé mon foulard durant mes études. De nombreux professeurs ont soutenu ma décision, mais d'autres ont baissé mes notes», ajoute t-elle.

Cette jeune diplômée de l'université du Bosphore caresse de grands espoirs pour son futur. «Je veux que les gens suivent mes idées parce que j'ai quelque chose à dire. Le monde reste dominé par les sociétés patriarcales et filles et garçons ne sont pas traités de la même manière,» enchaîne Fatma Kisli, une autre étudiante de 24 ans.

«Dans une famille, lorsque le fils a une petite amie, il est encouragé et loué. Mais si c'est la fille qui sort avec un garçon, je suis sûre qu'elle négligera d'en informer son père ou son frère parce qu'ils n'apprécieraient pas ça. Ce n'est pas juste, mais les seules qui puissent faire changer les choses, ce sont les femmes elles-mêmes. Elles devraient être conscientes de leur pouvoir d'apprendre à leurs enfants qu’hommes et femmes ne doivent pas être limités à des stéréotypes. Elles devraient plutôt entraîner leurs enfants à juger l'individu et non pas les genres», ajoute encore Fatma. «Ces problèmes plutôt sont liés aux vieilles traditions qu'à la religion. Les hommes et les femmes ne sont pas seulement égaux devant la Charte des droits de l'homme de l'ONU mais aussi devant Dieu».

Article publié dans 'Today's Zaman' le 24 Août 2007