C2C : DJ & Scratchy

Article publié le 5 mars 2012
Article publié le 5 mars 2012
Véronique Samson, quatre titres de champion du monde, des projets en pagaille, du rap, du skate et un album en devenir... secouez, vous obtenez C2C, sûrement le collectif de DJ le plus doué de l'Hexagone. Découpage oblige, rencontre avec la moitié du groupe : Atom et Greem.

C2C c’est compliqué. Pas d’album, une dizaine de morceaux et des membres beaucoup plus connus que le groupe lui-même. C’est souvent ça avec les initiales, on ne sait jamais trop ce que ça veut dire. Alors il faut décortiquer, pour s’apercevoir que derrière trois lettres, il y a quatre trentenaires – 20syl, Pfel, Atom et Greem – et des projets musicaux en cascade. De Hocus Pocus à Beat Torrent, du hip-hop à l’électro, le quator de DJ français, pourtant quatre fois champion du monde par équipe, a égrené les succès séparément. Ça tombe bien, l’attachée de presse divise le groupe en deux pour les interviews : impératif de promo.

Greem, il a payé pour avoir toute cette place sur la photo ?

« Salut mec ». Atom et Greem sont détendus. Jean-chemisette-bien-dans-leurs-baskets, la partie mal-rasée du groupe est nonchalamment calée dans le canapé des loges de la Gaîté Lyrique à Paris : là où ils donneront leur concert quelques heures après. Car C2C sort un album prévu pour mai 2012, dont l’échantillon digital est disponible depuis le 23 janvier. Le soir, ils dévoileront au public parisien l’aperçu d’un album plus qu’attendu. Normal : en 14 ans de carrière, c’est leur premier LP. « On était pris par tous nos projets. Il fallait trouver un créneau. Ensuite, on a pu prendre le temps de construire ce qu’on avait envie », explique Atom. Greem continue : « C’est aussi une sorte de défi d’arriver avec notre propre musique. Là, avec l’EP, on voulait vraiment renouer avec les fans de la première heure. »

« Faire de la musique sans s’en rendre compte »

Les fans de la première heure ? Ceux qui ont suivi l’histoire depuis le début, quand, en 1998, quatre adolescents du même lycée se rassemblent pour mixer de la musique sur des platines-vinyles dans un garage, à Nantes (ouest de la France, ndlr). Atom raconte : « On faisait du basket, du skate et des jeux vidéos ensemble. A cette époque-là, Hocus Pocus démarrait (groupe de hip-hop français formé par 20syl et Greem, ndlr). Du coup, 20syl est arrivé avec une platine. Et on a tous suivi. » « Un délire d’ados de 18 ans », dans lequel on compte surtout quatre passionnés de rap US : « le hip-hop américain nous réunissait. A partir de toutes nos influences – Wu Tang Clan, A Tribe Called Quest, Pete Rock, Gangstarr - on s’achetait des mix-tape tous les jours pour refaire les scratchs », poursuit Greem.

Puis l’exaltation prend forme. Le groupe passe vite de la passion à la création : « On a vite essayé de faire notre musique, en mixant des disques de Véronique Samson avec un sifflet, la voix de Stevie Wonder avec des percussions. Et finalement, on a commencé à faire de la musique sans s’en rendre compte. » Conscient ou pas de leur potentiel artistique, C2C y prend goût. Les quatre potes mixent, chacun dans leur chambre, les morceaux qu’ils ont déniché chez les disquaires et se retrouvent pour s’enrichir mutuellement de leurs découvertes : « On pas de formations de musicales à la base. On a tous appris en matant des vidéos. Le groupe a marché très vite parce qu’à 4, on se montrait les petits trucs qu’on avait découvert la veille. Ce qui est bien avec le collectif, c’est que tu essaies de faire toujours attention à l’autre. Quand t’es DJ, généralement tu fais ça tout seul et tu as vite tendance à en faire trop. Mais à partir du moment où tu es formé en collectif, il faut essayer de s’accorder. »

C’est ainsi qu’en équipe, en 2003, le groupe s’inscrit au Disco Mix Club (DMC), soit le championnat international de DJ hip-hop. Et devient champion du monde dans la catégorie « collectif », pour la première fois. Un titre que le groupe ne lâchera qu’en 2007. Quatre titres mondiaux qui installent le groupe au sommet de leur art. Leur morceau composé pour les DMC en 2005 compte plus de 4 millions de vues sur YouTube. Une notoriété digitale qui fait connaître le groupe dans toute l’Europe.

« Un gros truc de geeks »

« On se disait que les gens allaient croire que c’était un truc violent alors que ça parle juste de musique. »

Aujourd’hui, C2C est un grand nom de ce qu’on appelle le « turntablism » de l’anglais « turntbal » (« platine »). Atom détaille : « C’est un DJ qui a inventé le terme, DJ Babu qui avait sorti un son sur une mixtape de 1996 intitulée 'Turntablism ». La recherche du son parfait, la technique de scratch ont fait de C2C l’un des meilleurs groupe de disc-jockey du monde mais, comme en témoigne leur premier single « F-U-Y-A », la démarche et la volonté visuelle du groupe a fait levé la pâte. Greem confirme « On tente toujours d’inclure un vrai show dans nos productions, en essayant de créer par exemple une véritable communication avec le public. C’est ce qui a fait la pâte C2C et ce qui nous a permis de sortir du lot. »

Derrière l’initiale, il y a donc bel et bien une unité. C2C veut dire « Coup2Crosse », du nom d'une partie de la table de mixage, parce que « quand tu scratches, tu mets des coups de crosses. On se disait que les gens allaient croire que c’était un truc violent alors que ça parle juste de musique. » C’est vrai que c’est un peu ça, C2C. Une incompréhension qui devient au fur et à mesure de l’écoute, un ensemble clair. Et Atom de conclure : « Pour moi, ce qui caractérise C2C, c’est le côté accessible parce qu’à la base, c’est quand même un gros trucs de geeks. »

Photos : © courtoisie de Phunk ; Vidéos : 20syl/YouTube