Bush et Poutine parlent affaires

Article publié le 23 février 2005
Publié par la communauté
Article publié le 23 février 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les Présidents des Etats-Unis et de Russie se rencontrent à Bratislava pour un sommet d’un jour, et doivent, tous deux, démontrer qu’ils représentent deux grandes puissances.

Pour le Président Bush, le sommet du 24 février est l’occasion de mettre en avant et poursuivre sa politique étrangère de construction de la démocratie à l’étranger, telle qu’elle a été récemment définie, et d’attaquer la Russie sur sa restriction des libertés. Pour le Président Poutine, encore sous le coup de l’échec de sa tentative d’influencer les élections présidentielles en Ukraine, le sommet peut constituer l’occasion de montrer qu’il ne tolérera pas de critique de la part des Etats-Unis, eux-mêmes accusés de violation des droits de l’Homme dans l’enceinte de la prison de Guantanamo et pour l’usage militaire de la torture.

Une démocratie en perte de vitesse

Les espoirs de la Russie, autrefois vifs, de se débarrasser des réminiscences de son passé soviétique ont disparu quand Poutine a endossé, avec extrème facilité, le costume traditionnel de l’autoritarisme russe. Quelques étapes marquantes de l'éloignement de la démocratie ont été franchies : l’emprise de l’Etat sur les médias russes et la suspecte victoire écrasante du parti de Poutine avec deux tiers des voix aux élections parlementaires de 2003. Puis, il y a le truquage des élections présidentielles en Tchétchénie la même année et, bien sûr, l’arrestation du riche homme d’affaires, M. Khodorkovsky et la renationalisation de Yukos, compagnie pétrolière à nouveau sous le solide contrôle du Kremlin. Il était donc à prévoir que pour Washington, l’une des plus importantes questions à l’ordre du jour du sommet soit le manque de « progrès dans la transformation démocratique de la Russie »; surtout depuis que dans son discours d’inauguration du mois dernier, Bush a insisté sur ce point : « La survie de la liberté dans notre pays dépend de plus en plus du triomphe de la liberté dans les autres pays. Le meilleur espoir de paix pour notre monde réside dans l’expansion de la liberté dans le monde entier. »

Même si beaucoup voient cela comme une politique agressive interférant avec la progression naturelle d’une nation vers une démocratie libérale, il ne faut pas écarter sans y prêter attention l’idée que les Etats-Unis peuvent, simplement par leur position de leader mondial, influencer les nations non démocratiques. Poutine veut peut-être mener son pays tel qu’il l’entend, mais il a besoin de coopérer avec l’Union européenne et les Etats-Unis pour atteindre son objectif, celui de faire de la Russie une puissance mondiale, à la fois politique et économique. Sa campagne pour entrer à l’Organisation mondiale du commerce, par exemple, signifie qu’il y a de la place pour des négociations et une coopération avec l’UE et les Etats-Unis, et qu’ils devront travailler ensemble. Mais, après les récents événements en Ukraine où Poutine a accusé l’Ouest de « se mêler » du voisinage de la Russie, le Président russe peut ressentir le besoin de montrer clairement qu’il ne permettra pas aux Etats-Unis de lui faire la leçon sur la liberté ou la démocratie en Russie.

L’Est et l’Ouest se rencontrent au milieu

La Slovaquie, paisible pays d’accueil de ce sommet présidentiel, a aussi un message à passer. Il n’est pas anodin que Bratislava soit le lieu de rencontre de deux des plus grandes personnalités mondiales, qui viennent de deux pays importants dont les relations peuvent avoir des répercussions mondiales. Bush sera d’ailleurs le premier Président américain à visiter la Slovaquie, élément remarquable en lui-même. La Slovaquie est le symbole de l’apogée de la « nouvelle Europe » qui, pour le meilleur ou pour le pire, a soutenu les Etats-Unis et la coalition en Irak. En même temps, ce pays a toujours des liens économiques avec la Russie, et il faut que cette relation se perpétue de manière saine et transparente. En tant qu’un des dix nouveaux Etats membres, la Slovaquie est juste une des success storiesde transformation politique et de réforme économique. Pourra-t-on en dire autant de la Russie dans le futur ?