Bulgarie : l’éternel espoir d’un changement politique

Article publié le 11 avril 2017
Article publié le 11 avril 2017

Les résultats des élections législatives en Bulgarie ont accouché d’une vieille histoire : malgré la colère récurrente de la rue, ce sont les partis traditionnels qui ont remporté le scrutin. Perdus dans un contexte politique confit, les jeunes citoyens bulgares pourraient cependant trouver un peu d’air chez un nouveau parti qui compte bien secouer le pays. Présentation.

À l’autre bout du Vieux Continent, l’issue des campagnes politiques se suivent et se ressemblent. Malgré l’instabilité sociale de beaucoup de pays de l’est ainsi que la mobilisation parfois énorme de la société civile, les élections accouchent très souvent des mêmes résultats. Comme si la colère de la rue des grandes capitales se diluait quoi qu’il advienne dans un étrange statu quo. Théâtre de manifestations anti-gouvernementales depuis plusieurs années, la Bulgarie a décidé de réaffirmer son soutien au gouvernement en place. Ainsi, lors des élections législatives du 26 mars dernier, c’est l’ancien premier ministre Boîko Borissov et son parti de centre-droit, le GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie, centre droit, ndlr) qui a bénéficié du soutien de plus de 32% de la population. Derrière lui, le Parti socialiste (le BSP) remporte 27,2% des voix. À elles-seules, les deux formations classiques bulgares totalisent plus de 50% des suffrages.

Le pays le plus corrompu de l'Union européenne

En février 2013, Boïko Borissov avait présenté la démission de son gouvernement de centre-droit suite aux manifestations d’envergure contre la hausse des prix de l’électricité. Quelques mois plus tard, de nouvelles élections législatives sont convoquées et c’est à nouveau le GERB qui tient la corde face à la coalition de gauche – le KZB - menée par le BSP et composée de plusieurs petits partis comme le Parti communiste ou le Parti de sociaux-démocrates bulgares. Alors que Borissov ne parvient pas à trouver de majorité au Parlement, c’est donc au KZB à qui revient le droit de former un gouvernement. À sa tête, elle choisit un économiste de formation, Plamen Orecharski, qui entend relancer l’économie et lutter contre la pauvreté. Pourtant, un an durant, le nouveau premier ministre regardera défiler les immenses cortèges de citoyens qui réclament sa démission en l’accusant de se soustraire aux diktats de l’oligarchie. Le 24 juillet 2014, rebelote : Orecharski démissionne.

Cette période de yoyo politique comprise entre 2013 et 2014 dit beaucoup de la situation actuelle Bulgarie. Perdus entre élections anticipées, coalition forcée et une bonne dizaine d’acronymes, les citoyens ont du mal à voir clair dans le jeu des partis politiques. Depuis, aucun gouvernement n’a vraiment pu mettre en place les mesures pour lesquelles il a été investi. La faute à un Parlement trop disparate ? Peut-être. Car, le 26 mars dernier, les électeurs bulgares ont aussi donné leur voix à la coalition nationaliste des Patriotes Unis (9%), au Parti politique des Turcs et des musulmans (DPS – 9%)  et à Volya, un parti populiste patriote pro-russe.

Malgré la volonté de tous les petits partis qui gravitent autour des deux formations de gauche et de droite, aucun ne parvient à influencer les décisions sur le mal qui ronge la Bulgarie : la corruption. On ne compte plus le nombre d’affaires qui viennent entacher les campagnes et les gouvernements depuis l’indépendance du pays, en 1991. Selon l’ONG Transparency International, la Bulgarie est le pays le plus corrompu de l’Union européenne. Près de 50% de la population pense que la lutte contre la corruption menée par les autorités n’a eu aucun impact. Un sentiment généralisé qui oriente les citoyens vers de nouveaux discours, de nouvelles têtes et autant d’alternatives au statu quo.

Le En Marche ! bulgare

2,88%, c’est le score officiel du nouveau parti Yes Bulgaria, emmené par un ancien ministre au dernier scrutin. Un petit score qui ne traduit pas vraiment l’élan dont il a pu bénéficier durant les deux mois qui ont précédé l’élection. Crée en janvier 2017 par l’ex-ministre de la Justice Hristo Ivanov, Yes Bulgaria a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Ce qui change par rapport au programme des autres formations ? Une volonté de renouvellement de la classe politique, une stratégie d’alliance avec les forces qui ont porté les soulèvements de la société civile – les Verts en tête – et une attention particulière prêtée aux différents scandales comme celui de Deylan Peevski, le magnat des médias nommé à la tête de l’Agence nationale de sécurité grâce à ses liens avec le gouvernement.

Suffisant ? Non. Clairement, les résultats des élections du 26 mars ont montré qu’il restait beaucoup de chemin à faire pour Hristo Ivanov et ses soutiens. Le cas de celui qui répète à l’envie « quand vous ne trouvez pas ce qui vous convient, il arrive un moment où vous le créer vous-même » peut étonner au pays de la martenistsa. C’est la première fois qu’un ancien ministre en exercice démissionne pour fonder un mouvement qui se pose en alternative au statu quo politique. Pour le moment, Yes Bulgaria séduit surtout les milieux éclairés. Comme Mariyan qui a décidé de rester au pays pour se présenter sous l’étiquette du nouveau parti. « J’avais de nombreuses raisons de m’engager pour Yes Bulgaria. J’ai fait des études, j’aurais pu partir à l’étranger mais j’ai décidé de rester car je ne peux pas garder les bras croisés pendant que mon pays s’autodétruit », déclare-t-il. Mariyan Rumenov, étudiant en droit de 25 ans, a donc fait campagne en tête de liste dans sa ville natale de Targovichté. Son programme ? Limiter les vestiges de l’ancien régime communiste qui, 18 ans après l’effondrement du bloc soviétique, empêche encore toute réforme significative dans cette ville du nord ouest de la Bulgarie.

Mariyan représente aussi l’électorat cible de Yes Bulgaria : une population urbaine, jeune et éduquée. Si les soutiens du nouveau parti viennent d'horizons variés, ils vivent principalement dans la capitale et correspondent à une main d'œuvre qualifiée : des travailleurs de la santé, universitaires, avocats ou encore informaticiens. Pour la plupart, ces catégories se sentent délaissées : face au manque d'opportunités dans leur pays, elles ne peuvent valoriser leurs compétences. Dans le même temps, cette population tend de plus à plus à revendiquer, manifester, s'opposer, pour faire entendre sa voix dans l'arène politique.

Vladimir Ivanov, 23 ans et employé dans la finance, s’accorde à dire que les jeunes bulgares deviennent plus actifs politiquement. Selon lui, Yes Bulgaria offre une alternative pour la population instruite, auparavant en manque de représentant. « Les jeunes, moi inclus, aspirent aujourd'hui à être actif politiquement, avoir un travail, un mode de vie occidental et un pays qui ressemble à l'Allemagne ! Pendant longtemps, la scène politique bulgare ne possédait pas de parti représentant les gens instruits. Leurs priorités correspondent avant tout à l'éducation et l'économie. Avec Yes Bulgaria, c’est désormais possible ! »

En deux mois, le nouveau mouvement n’a pas su transformer ses intentions dans les urnes. La faute, selon plusieurs observateurs, à une campagne mal-ciblée. Mais en peu de temps, Yes Bulgaria a peut-être apporté ce qu’il manque à la Bulgarie depuis 20 ans : l’espoir d’un renouveau politique.