Bulgarie : le nationalisme à la télé

Article publié le 14 novembre 2007
Article publié le 14 novembre 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les médias, journaux et télés, liés au parti nationaliste bulgare 'Ataka' publient quotidiennement nouvelles xéonophobes et informations erronées à un public de plus en plus nombreux.

'Turquisation', 'séparatisme', le drapeau national flotte à droite de l'écran en ce jour du 130 ème anniversaire de la libération bulgare du 'joug ottoman' et le documentaire, diffusé pour commémorer l'évènement et intitulé 'Le nouvel esclavagisme', laisse penser que l'influence turque dans le sud de la Bulgarie est devenue depuis longtemps une réalité.

La série en 6 épisodes a eu un grand succès public lors de sa diffusion sur la chaîne câblée SKAT Tv. Il faut dire que la chaîne est la voix médiatique du parti nationaliste 'Ataka' [pour 'Union nationale attaque'], qui déclare depuis sa création, vouloir en finir avec le soi-disant « mensonge fondateur » de la politique bulgare depuis l'effondrement du bloc soviétique : à savoir, la coexistence pacifique de différents groupes ethniques.

Ataka : un parti médiatique

La success story du parti 'Ataka' commence d'ailleurs dans un studio de télévision : cette coalition est un avatar de l'émission de télévision du même nom produite par son actuel leader, Volen Nikolov Siderov. Avant de se lancer dans une carrière politique, ce dernier était journaliste. D'abord rédacteur en chef du magazine anti-communiste 'Demokracija', il est ensuite integré à la rédaction du tabloïd populiste 'Monitor'.

Siderov se présente souvent comme un 'caméléon politique' : d'abord partisan du mouvement réformiste de la 'fédération des forces démocratiques', il sympathise ensuite avec l'ex-roi de Bulgarie, Siméon II de retour de son exil espagnol en 2001. C'est seulement ces dernières années qu'il a développé une position nationaliste radicale.

L'homme aux cheveux grisonnants et au regard perçant commence ainsi à devenir réellement connu en Bulgarie, d'une part en raison du succès rencontré par la publication de trois de ses ouvrages sur la théorie du complot et, d'autre part, à travers ses apparitions sur la chaîne SKAT Tv, dans un 'one man show' quotidien de 10 minutes dans lequel il conspue tous ceux qui ne rentrent pas dans sa vision du monde : Rroms, Turcs, juifs, investisseurs étrangers, homosexuels. Le fait de sièger désormais comme député à l'Assemblée nationale bulgare ne l'a pas encouragé à renoncer à ses prestations télévisées.

En Bulgarie, il existe un autre média qui diffuse les idées des nationalistes : le quotidien 'Ataka'. Dans ses 24 pages, on trouve reportages sur la criminalité des Tsiganes, sur des projets de construction 'menaçante' de nouvelles mosquées ou des interviews régulières avec les représentants du parti.

« Dans Ataka et sur SKAT il n'est fait aucune différence entre le grand public et les sympathisants politiques », souligne Orlin Spassov, un spécialiste des médias. « Le parti 'Ataka' a commencé comme une initiative médiatique : ce n'est donc pas un hasard si le nom du parti et du journal provient de l'émission de Siderov sur SKAT Tv ». Ainsi depuis la chute du communisme en 1989, SKAT Tv est la seule chaîne de télévision qui soit au service d'un parti politique.

Le 'Siderov' show

Siderov a habilement su transformer son succès médiatique en capital politique. C'est au cours de l'été 2005, à la veille des élections parlementaires qu'il fonde 'Ataka', premier parti depuis 1989 à politiser le ressentiment xénophobe. A l'époque, le parti obtient 8 % des voix, suffisamment pour entrer au parlement.

Lors des présidentielles de 2006, Siderov parvient même à mettre en ballotage l'actuel président en exercice, Georgi Parvanov. 'Ataka' réussit également, lors des dernières élections européennes, à faire élire 3 eurodéputés sur les 18 que compte la Bulgarie. Ces derniers ont fini par adhérer à au tout nouveau groupe parlementaire d'extrême-droite, 'Identité, tradition, souveraineté' (ITS), auquel appartiennent également le Front National français et le parti nationaliste roumain 'Grande roumanie'.

Actions contre les médias 'anti-bulgares'

Fidèle à son image de parti médiatique, 'Ataka' prend souvent comme cible les médias qu'il juge 'anti-bulgares'. Ainsi, en février 2007, des membres d'Ataka ont pris d'assaut le bâtiment de la rédaction d'un hebdomadaire appartenant au groupe de presse allemand 'WAZ'(Westdeutsche Allgemeine Zeitung), afin de faire subir un interrogatoire de 168 heures à des journalistes, auteurs d'un article qui leur avait déplu.

Les médias à la botte d'Ataka n'hésitent pas ensuite à recourir à la propagande, présentant leur combat actif au service de la 'bulgarité' comme une opération à grand succès. Le noyau dur des électeurs d''Ataka', qui sont en même temps des lecteurs réguliers des médias dédiés au parti, vivent dans un cercle informatif hermétique, dans lequel il n'y a pas de place pour la contradiction.

Un discours d'incitation à la haine ?

De vives réactions se font entendre du côté de la société civile. Ainsi, l'initiative 'Citoyens contre la haine' a assigné Siderov devant un tribunal pour propos discriminatoires à l'encontre des minorités. Juliana Metodieva est pour le moment la seule plaignante à avoir obtenu gain de cause. « La déclaration de Siderov, 'la Bulgarie aux Bulgares', m'a discriminée en tant que citoyenne d'origine arménienne », explique la journaliste sofiote. De nombreux procès sont en cours, principalement à cause des stratégies d'allongement de procédure menées par les avocats de Siderov.

Du côté de la profession, on commence à s'organiser et à mettre en place des mécanismes de contrôle. En novembre 2004, la première tentative d'ancrer des règles fondamentales d'éthique dans le journalisme bulgare a vu le jour sous la forme d'une 'charte éthique', censée introduire davantage d'objectivité dans l'information quotidienne et signée par plus de 160 médias. Toutefois, ni 'Ataka', ni SKAT Tv n'ont signé le document. Nul besoin de préciser qu'ils se fichent comme d'une guigne des règles édictées.

Et alors que certains journalistes, les ONG et les organismes démocratiques de contrôle se demandent comment agir pour contrer les campagnes de dénigrement d'Ataka, ces derniers semblent encore avoir – du moins pour l'instant- une longueur d'avance.

Les médias nationalistes en Bulgarie ont en effet imposé un nouveau style journalistique, sous la forme d'un discours extrémiste frais et disponible chaque jour, sur papier ou au petit écran.

Ce reportage a été soutenu par la Fondation 'Mémoire, Responsabilité et Avenir'.

Cet article a été rédigé dans le cadre des bourses de recherche du réseau de correspondants " class="external-link">n-ost

Crédit photos : ©Dagmar Gester)