Bulgarie : haut les heurts !

Article publié le 31 juillet 2013
Article publié le 31 juillet 2013

Les manifestations en Bulgarie s’aggravent : des centaines de manifestants ont assiégé le Parlement de Sofia. Depuis plusieurs semaines, de nombreux Bulgares défilent dans la capitale contre le gouvernement, le népotisme et la corruption.

C’est à la lueur rougeâtre des lampadaires, entre la cathédrale Alexandre Nevski et le Parlement, que mardi, vers 22 heures, des policiers débordés se sont opposés à des manifestants numériquement supérieurs. Les forces de l’ordre ont dû escorter un autocar blanc, dans lequel se trouvaient les ministres des finances, de l’économie et des affaires sociales ainsi que des députés de la coalition gouvernementale socialiste.

Des sifflements stridents et les mots scandés de « mafia ! mafia! » faisaient un bruit assourdissant, et finalement cette tension extrême s’est muée en jets de pierres contre l’autocar et en coups de matraques contre les manifestants. L’autocar a dû faire demi-tour après que ses vitres aient volé en éclats, et les hommes politiques ont été ramenés à l’intérieur du Parlement. Avec leurs collègues, ils ont dû attendre là jusqu’à l’aube. Le député socialiste Anton Kutev montre à une caméra une pierre lancée contre le bus : « Avec ça, on peut tuer », dit-il choqué.

Après 40 jours d’existence, le mouvement « DANS-With-Me » a perdu son innocence en faisant le siège du Parlement. Il est ainsi officiellement devenu le mouvement de contestation le plus durable depuis la chute du régime communiste en novembre 1989. Il s’est formé le 14 juin 2013 en réaction à la nomination sulfureuse de l’oligarque des médias Delyan Peevski à la tête du DANS, les services secrets bulgares. Depuis, le mouvement demande chaque jour la démission du gouvernement de Plamen Orecharski, en organisant des actions pacifiques et originales dans la capitale. Pour beaucoup de Bulgares, la nomination du chef des services secrets est le symbole même du système politique corrompu contre lequel ils se soulèvent.

Qui est responsable des actes de violence, qui ont fait des blessés des deux côtés ? La question est controversée. Le Comité Helsinki bulgare reproche à la police des « brutalités contre des manifestants pacifiques ». Le ministre de l’Intérieur Tsvetlin Yovchev loue au contraire « la réaction posée des fonctionnaires face aux agressions des manifestants ». Les porte-paroles du mouvement de protestation affirment, eux, avoir vu des agents provocateurs lancer des pierres et construire des barricades à l’aide de pavés.

Quelle issue la Bulgarie peut-elle trouver après presque 2 mois de blocage politique constant ? Pour les manifestants, la seule réponse possible est la démission immédiate du cabinet Orecharski. Pourtant le chef du gouvernement lui-même exclut catégoriquement toute capitulation.

Mais il y aurait aussi une autre raison à ce soudain passage à la violence d’une contestation jusque là pacifique : mardi, les députés de l’ancien parti au pouvoir GERB ont siégé au Parlement pour la première fois depuis leur destitution en février. A l’époque, des manifestations quotidiennes contre les tarifs trop élevés de l’électricité avaient poussé à la démission le gouvernement conservateur de Boïko Borrisov. Son parti boycottait depuis des semaines le Parlement. « Les protestations ne sont pas dues au hasard. Apparemment quelqu’un souhaite à tout prix et au plus vite la chute du gouvernement et l’organisation de nouvelles élections », c’est par ces mots que le dirigeant socialiste et ancien Premier ministre Sergueï Stanichev fait porter la responsabilité à son opposant politique.

En mai, GERB est certes arrivé en tête des élections législatives, mais n’a pas trouvé de partenaire pour former un gouvernement de coalition.  Borissov a alors déclaré les élections illégitimes et après la nomination de Peevki comme chef du DANS, il a annoncé le retrait de son groupe parlementaire. Ces dernières semaines, de nombreux hommes politiques européens ont exhorté leurs collègues bulgares à trouver une solution à l’amiable face à la crise politique. Les derniers incidents devraient la rendre encore plus difficile.

Une exclusivité de Frank Stier, correspondant de n-ost à Sofia