BULGARIE : A l’horizon de l’Europe, un certain refroidissement

Article publié le 6 janvier 2003
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Article publié le 6 janvier 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Face à une Europe obsédée par sa sécurité, la Bulgarie doit fermer des réacteurs nucléaires. Malgré son propre intérêt et pour mieux négocier son intégration.

De façon un peu abstraite, une centrale nucléaire est pour nous une source de confort qui, à prix raisonnables, inonde de chaleur des millions de foyers. Mais elle est aussi malaise dans la civilisation, pierre de touche de sa vulnérabilité.

La centrale de Kozlodhui, sur les bords du Danube, dispose, elle, de plus d’une option en matière de sécurité. Première centrale soviétique à être construite hors des frontières de l’URSS, elle fut dès ses débuts particulièrement choyée. La construction des réacteurs s’échelonna par étapes entre 1974 et 1991; les deux derniers de conception occidentale et d’une capacité de 1000 mégawatts chacun, sont hors de cause. Ce sont les troisième et quatrième réacteurs, d’une capacité plus limitée qui sont menacés d’arrêt en 2006, malgré leur récente modernisation. Mais ce n'est pas semble t-il un délai raisonnable.

"A Kozlodhui, nous sommes sous l’étroite surveillance de Vienne et nous travaillons avec ce qui compte comme les meilleurs spécialistes en énergie nucléaire. Peu ont le moindre doute sur la qualité de nos installations et des modernisations" précise M.Hristov ancien haut responsable de la sécurité nucléaire en Bulgarie. "Outre notre dispositif antiterroriste, les récents aménagements excluent toute fuite à l’extérieur, même en cas de très grave problème. Bien sûr, il n'y a pas de risque zéro, mais le degré de sécurité est comparable à celui d’une centrale américaine ou française. L’Angleterre -poursuit t-il- utilise dans quelques unes de ses centrales des réacteurs de type beaucoup plus ancien que les nôtres et on a même vu leur exploitation prolongée de trente ans pour certains. Pense t-on pour autant à lui en tenir compte?"

Car pour la Bulgarie, et l’historique des négociations le retrace parfaitement, la fermeture de la centrale est devenue rapidement une des conditions de passage au sein d’une Union Européenne (UE) obsédée par la sécurité. Beaucoup voient dans l’inspection européenne de la centrale prévue pour 2003, une visite de discourtoise courtoisie visant à entériner la décision in situ. La crédibilité des inquiétudes et des pressions européennes perd toutefois son poids légitime si l’on considère que la Slovaquie et la Lituanie ont pu négocier un délai étendu pour la fermeture de leurs centrales. Mais ces deux pays touchent au seuil de l’Europe et il est probable que les dates pourraient être repoussées en cas de nécessité. La question de Kozlodhui apparaît alors pour la Bulgarie comme une monnaie d’échange, un peu forte, contre quelque chose de très imprécis.

Les réactions en chaîne n’ont pas manqué au sein de la société bulgare, effrayée par cette annonce de froid programmé. Ou plutôt par la perspective d’un dégel remarquable des prix de consommation qui en 2007, transformeraient la Bulgarie en importateur massif d'énergie. A l’heure actuelle, ses ressources grâce à Kozlodhui lui permettent d’exporter vers la Turquie, la Grèce et l’Albanie. D’ici là assure t-on, le manque induit sera pallié par l’énergie de la centrale de Béléné (mais opérationnelle au plus tôt en 2008), le projet de l’Arda (où rien cependant n'est possible sans la Turquie) et le développement (très hypothétique) d’énergies nouvelles. Ces déclarations masquent à peine le haut niveau d’impréparation et les oeillères d’une politique d’intégration à tout prix.

Depuis que le Premier ministre prononçait la date de 2006 pour la fermeture, contre l’avis des experts et sans consultation parlementaire, coup qui en lui-même aurait pu être gagnant, la politique du gouvernement n'a pu dissiper une certaine frustration. Certes l'Europe est une souveraineté partagée, mais le décrochage abrupt d'un emblème si distinctif de la souveraineté d'une Nation -celui de la maîtrise de son énergie- prend un tour un peu humiliant. D'autant que derrière le chœur uni du souci sécuritaire européen nourri en sous-main par la peur des âges de Tchernobyl se profilent des intérêts complexes.

Même s'il est difficile à ce stade d'y voir très clair, il est évident que la suppression des réacteurs trois et quatre laisserait la porte plus grand ouverte aux multinationales de l'énergie qui ont déjà plus que lorgné sur un marché balkanique en forte croissance et sur la Turquie et son immense potentiel de consommation.

Jusqu'à présent la Bulgarie n'a pas reçu "sa" date d'entrée au sein de la CEE. Sa politique donne l'impression d'une copie trop conforme à la dictée de l'Europe, et ce, sans nette contrepartie. Miroir (danubien) des faux pas du ballet diplomatique, Kozlodhui, sauf surprise espérée, fermera en 2006. Le sillon fermeture contre intégration, mais une fois seulement celle-ci acquise, aurait pu être un exutoire propice. Ou tout l'art manqué de jouer sur la fusion froide entre craintes et intérêts de l'Europe et tourner à son avantage une donne défavorable.