Budapest : l'habitat durable peut être économique

Article publié le 6 janvier 2011
Article publié le 6 janvier 2011
Au beau milieu d’une crise économique, d’une surpopulation mondiale qu'on ne peut que déplorer et de la multiplication des mégalopoles, Budapest érige des bâtiments écologiques et épure l’eau de son fleuve. Entre imagination et travail, voici quelques pistes hongroises pour construire un futur durable.

Les villes sont l’épicentre de la vie moderne et le futur de la planète dépend de leur évolution. Or le phénomène de l’exode rural a entraîné un boom dans les grandes métropoles qui dépassent désormais  de loin des limites démographiques que l'on pensaient hier infranchissables. En l’an 1900, seul 13% de la population était urbaine. Pour l’an 2050, les Nations Unies estiment que jusqu'à 70% des individus vivront en ville. Pour soutenir ce changement, la conception, la construction et la reconstitution des villes est à repenser, faisant de l’urbanisme et de l’architecture deux piliers du changement de modèle productif de la planète. A l'instar des villes, ces deux activités sont en proie au changement : aux anciens bâtisseurs se succèdent aujourd'hui les experts en éco-architecture et en urbanisme durable. Pour généraliser cette évolution, on retrouve encore deux types de problèmes : le coût élevé de cette nouvelle architecture verte (en particulier en pleine crise financière internationale) et la nécessité d’élargir cette discipline écologique à la rénovation des vieux bâtiments. Avec ses deux millions d’habitants, Budapest incarne ce changement et sert d'exemple pour les métropoles européennes.

Le Projet Concerto à Óbuda

C’est dans certains des anciens préfabriqués de Óbuda que se déroulent les activités du programme Concerto de l’Union européenne. Dans la pratique, il s’agit d’en finir avec la détérioration environnementale, mais également avec le problème économique. Le manque d'isolation de ces bâtiments provoque une perte d’énergie. En hiver, la chaleur s’échappe des appartements et en été, c’est l’air frais qui file à l’extérieur. Le projet avait pour objectif de remettre 5 immeubles de 900 logements dans leur état intégral. En améliorant les toitures et l’isolation des façades, en remplaçant les portes et fenêtres et en installant un nouveau système de chauffage, on est parvenu à épargner environ 70% de la consommation énergétique. Au niveau du porte-monnaie, l’isolation des préfabriqués implique une réduction de la facture d’électricité. Il est significatif ces lieux vétustes soient généralement octroyés à des locataires à faible revenu.

 Un exemple de comment étendre la durabilité au loisir et au travail

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La grande artère qui articule la ville de Budapest, c’est le Danube. Budapest a tenté de stopper la pollution qui s’écoule dans le lit de son fleuve : l’initiative Living Danube est née. Le projet a pour objectif la reprise et l’amélioration environnementale des eaux qui se jettent dans le fleuve. 92 et 96% des eaux usées ont pu être régénérées. Mais la principale caractéristique de l'entreprise est que sa construite a respecté les normes de l’architecture durable. De loin, on peut facilement poser le regard sur son imposant toit de 10.000 mètres carrés qui a été doublé d’un dense manteau vert de végétation.

Faux : habiter durable coûte cher

90% des immeubles en Hongrie sont en mauvais état sanitaire. Une raison de plus pour rénover ses vieilles rues et quartiers ?En Hongrie, le pourcentage de bâtiments publics où les conditions sanitaires laissent à désirer dépasse les 90%. Comme nous le fait remarquer Ertsey Attila, architecte spécialisé en maisons durables, « la route est encore longue, non seulement pour la construction de nouvelles demeures écologiques mais aussi en ce qui concerne la rénovation intégrale d’une grande partie du tissu immobilier du pays. Dans beaucoup de cas, il serait préférable de démolir les bâtiments et de les reconstruire complètement que d’entreprendre leur rénovation, même si cela est impossible pour des raisons économiques et sociales ». Une des raisons fondamentales pour expliquer la lente implication de cette classe d’éco-architectes est purement économique. Nous pourrions l’appeler « le coût additionnel ». Selon différentes études, le coût d’une construction qui satisfait aux critères de durabilité et d’efficacité énergétique est entre 10 et 15% plus élevé que la somme habituelle demandée. Faux selon Ertsey Attila, de l’atelier d’architectes KÖR KFT. L’augmentation finale pour l'habitation d'une famille ne tournerait qu’autour de 8%. En outre, comparé aux avantages de santé et de bien-être que les constructions bioclimatiques apporteront à cette famille, le supplément est un mal nécessaire. Ertsey Attila va jusqu'à réfuter l'idée de « coût additionnel » à long terme. Le supplément de 8% serait amorti, selon ses calculs, en une dizaine d’années.

Plus de vert = moins de tours

"Les petits concentrations de population pourraient arriver à être autonomes à court terme, entre 15 et 20 ans" On ne peut pas tirer parti de l’éco-architecture sans que celle-ci ne soit intégrée dans une activité englobante : l’urbanisme. Il est en effet plus simple de construire des bâtiments durables s'ils ont peu d’étages que des gratte-ciel : « Les petites concentrations de population pourraient arriver à être autonomes à court terme, entre 15 et 20 ans », ajoute Erstey Attila. Ce qui nous ramène au sujet de l’économie. Si l’idéal de l’architecture écologique était d’arriver à l’autonomie énergétique, l'obstacle de l'investissement pourrait dépasser ce défi et passer à un autre niveau : l’exportation d’énergie. Nous parlons des villes et de leur concept global. Il y a 200 ans, un astronaute présumé aurait seulement pu déceler deux noyaux de population terrestre depuis la terre : Londres et Pékin. Ces deux noyaux dépassaient alors le million d’habitants. Aujourd’hui, le même astronaute pourrait observer presque 500 villes qui regroupent plus d’un million de personnes. Si la technologie et le développement ont permis d’emmener l’être humain à des centaines de kilomètres de la planète Terre, pourquoi ne pourrions-nous pas créer des noyaux de population écologiques, respectueux de l’environnement et qui s’intègrent dans la nature ?

Cet article fait partie de Green Europe on the ground 2010-2011, la série de reportages réalisés par cafebabel.com sur le développement durable. Pour en savoir plus sur Greeen Europe on the ground.

Photos : Une (projet pour des bureaux semi-durables, vainqueur du Prix Holcim Europe) et île du Danube /courtoisie de KÖR KFT; Cabine/(cc) Exile of James Street/Flickr; Ertsey Attila/Daniel Tordable