Bruxelles de plus en plus Brussels ?

Article publié le 21 novembre 2011
Article publié le 21 novembre 2011
Par David Scoubeau Capitale de la Belgique, de la Flandre, de l’Europe. On le sait, Bruxelles cumule les casquettes. Ville bilingue, enclavée entre deux régions, mais aussi ville d’accueil de nombreuses communautés étrangères, Bruxelles se démarque par sa multi-culturalité. De quoi soulever la question de la réelle identité des bruxellois et de leur ville.

En cas d’éclatement de la Belgique, près de 40% des Bruxellois souhaiteraient être établis en district européen. Voilà ce qui ressort d’un sondage réalisé en mai dernier par TV Bruxelles. Nous n’en sommes bien sûr pas là. Cette alternative, bien que souvent mise sur le tapis, n’a jamais été plus qu’une idée sans suite, mais les résultats étonnent. Bruxelles est-elle une ville belge ou européenne ?

Ciprian Alionescu est arrivé il y a deux ans à Bruxelles en provenance de Roumanie. Il a passé les concours pour travailler à la Commission Européenne et vient de décrocher un emploi d’agent contractuel. Pour lui, pas de doute, Bruxelles est LA ville européenne. « J’ai vécu à Vienne, aux Etats- Unis, et même un peu à Luxembourg qui accueille aussi des expatriés, mais jamais je ne me suis senti au cœur de l’Europe à ce point. » Même son de cloche pour Victoria Tebar, expatriée espagnole depuis 2004. « J’ai un peu vécu en Italie, mais c’est vraiment à Bruxelles qu’on ressent le plus ce sentiment européen. »

Les deux expatriés ont leur explication sur ce phénomène. « Ici, on ne se sent pas étranger », commente Victoria. « On sent que les Bruxellois ont l’habitude de partager leur ville avec les expatriés et qu’ils sont très ouverts. » En arrivant à Bruxelles, Ciprian a eu le même sentiment. « On se sent mieux accueilli que dans les pays où il y a un sentiment national fort. Ici les bruxellois ont déjà l’habitude d’être un mélange de culture entre la Wallonie et la Flandre, on ressent vraiment la tolérance. Et c’est le cas dans tout Bruxelles, pas que dans les quartiers européens », explique-t-il.

Bruxelles, terre d’accueil des expatriés

En 2008, la population de la Ville de Bruxelles s'élevait à 153.180 habitants. Parmi eux, 105.779 Belges et 27.040 ressortissants d'un autre pays de l'Union européenne. Depuis 1958 et l’installation des institutions européennes, le nombre d’expatriés ne cesse d’augmenter. La ville l’a bien compris et assume son statut de capitale européenne par diverses actions. « Ce qui m’a marqué, c’est la facilité à s’inscrire à des cours de langue à prix très démocratiques », confie Victoria.

Au niveau de l’accueil, les expatriés se sentent aussi très bien reçus. « La ville a tout mis en œuvre pour nous recevoir. Une petite check-list nous a été remise à notre arrivée pour nous guider dans les démarches » ont expliqué les deux expatriés. Victoria et Ciprian précisent néanmoins que cela est aussi dû au lieu de résidence. « J’habite à Etterbeek, commune très bureaucratique et tournée vers l’Europe. J’ai des amis dans d’autres communes pour qui tout n’est pas aussi facile », rappelle Ciprian. De son côté Victoria pose tout de même un petit bémol. « On sent que la ville est très européenne, que le gouvernement et les politiques sont favorables aux expatriés. Par contre, dans les plus petites entités comme les écoles, ce n’est pas toujours aussi simple … » Alors, existerait-t-il une dualité entre une ville qui se veut importante au niveau européen et des Bruxellois qui aimeraient se sentir chez eux ?

Et le Bruxellois de souche dans tout cela ?

Les résultats du sondage de TV Bruxelles qui accordent la préférence à un district européen en cas de scission pourraient laisser présager que le Bruxellois se sent avant tout profondément européen. « Je ne pense pas que ce soit vraiment ce que veulent les Bruxellois. Mais cette proposition permet de se détacher des problèmes communautaires. Elle découle d’une désirabilité sociale et est un peu un choix romantique », selon Pascal Dewit, politologue à l’Université Libre de Bruxelles, au micro de TV Bruxelles.

46.17% des Bruxellois veulent que Bruxelles soit autonome dans un état fédéral. Oubliée donc la co- gestion. Selon Didier Gosuin, politicien MR, c’est aussi le souhait des néerlandophones. « 80% des néerlandophones de Bruxelles souhaitent Bruxelles comme une région à part entière », a –t-il déclaré sur TV Bruxelles.

Tout laisse donc à penser que le Bruxellois se sent avant tout … Bruxellois. Ni Flamand, ni Wallon, mais Bruxellois, résident de la capitale de la Belgique. « Je remarque une vraie identité bruxelloise. Je pense même que de tout le pays, ils sont les plus belges, car ils sont plus ouverts aux deux communautés », commente Victoria. « Je pense que le Bruxellois est content d’être dans la capitale de l’Europe, et que la tolérance aux autres cultures constitue son point fort. Cette tolérance n’existe pas dans d’autres villes », estime pour sa part Ciprian. « La Zinneke Parade qui est un évènement typiquement bruxellois m’a ouvert les portes de son organisation par l’intermédiaire du Bureau de liaison Bruxelles Europe. Cela montre bien que les gens sont très ouverts ».

Ville de métissage

Selon une étude démographique d’André Lambert et Louis Lohlé-Tart, « la capitale se remplit d’étrangers. » Chaque année la capitale gagnerait 19 668 étrangers et se viderait de quelques 12 000 belges. Un constat que Victoria confirme. « Depuis que je suis arrivée on sent que c’est de plus en plus cosmopolite. A l’hôpital, on a toujours quelqu’un dans sa langue. On sent que la langue principale reste le français, mais qu’il y a énormément de facilité. Je trouve cela magnifique. »

« Ce métissage est quelque chose d’unique que je n’ai rencontré qu’à Bruxelles », explique Ciprian. « C’est quelque chose d’unique et fantastique. A Londres, ils sont très fiers de leurs minorités, mais elles vivent toutes selon le modèle anglo-saxon. Bruxelles est la seule ville où l’on peut vivre en étant Européen, avec sa propre culture, sans pour autant être un étranger. »

Alors belge ou européenne ? Bruxelles est au sein même de son propre pays une ville déjà métissée capitale d’un pays qui mélange trois communautés nationales. Et la multiculturalité qu’elle abrite ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe. « Dans le tram 81 de Montgomery à la gare du midi on peut écouter presque tout les langues du monde. Il y a une telle diversité, c’est une grande richesse », explique un expatrié roumain.

Dur dans ces conditions de dégager un trait particulier chez le Bruxellois, vu que ce dernier peut- être flamand, wallon, expatrié européen, ou étranger naturalisé ou non. Une seule chose est sure, Bruxelles-Ville est fière d’accueillir en son sein les institutions européennes.