Brexit : une réplique du séisme en Albanie ? 

Article publié le 4 juillet 2016
Article publié le 4 juillet 2016

Après le séisme provoqué par le référendum britannique, ses ondes de choc se propagent à travers le Royaume-Uni et l’ensemble du Vieux Continent. Le pays a voté pour la sortie de l’Union européenne. L’avenir de l’Union étant désormais incertain, de nouveaux défis nous attendent. Cette décision pourrait aussi bien nuire à l’UE qu’à la Grande-Bretagne, et l’Albanie ne sera pas épargnée.

Michael Gove, ou la prospérité

Au départ, les candidats pro-Brexit impliquaient l’Albanie et d’autres pays des Balkans lorsqu’ils insinuaient qu’une fois la Grande-Bretagne sortie de l’UE, il faudrait tenter de créer une « zone de libre-échange » avec l’Albanie, la Bosnie et la Serbie.

Le cerveau du projet ? Michael Gove, maintenant en lice pour la direction du Parti conservateur suite à la démission de David Cameron. Il a déclaré : « Il y a une zone de libre-échange qui s’étend de l’Islande à la Turquie, et à laquelle tous les pays européens ont accès, qu’ils fassent partie ou non de la zone euro ou de l’UE.  Après avoir voté notre sortie, nous continuerons d’en être. Suggérer que la Bosnie, la Serbie, l’Albanie et l’Ukraine fassent toujours partie de cette zone de libre-échange, tandis que la Grande-Bretagne en serait exclue avec la Biélorussie, est aussi crédible que l’adhésion à l’UKIP par Jean-Claude Juncker ».

Cependant, le premier ministre albanais, Edi Rama, s’est empressé de répondre : « Quand j’ai entendu Michael Gove suggérer que la Grande-Bretagne pourrait mettre fin à son partenariat avec l’Allemagne, la France et les autres pays de l’UE pour, à la place, en établir un avec l’Albanie, le Kosovo, la Serbie et la Bosnie, je me suis tout de suite dit "C’est un peu bizarre, non ?" ». Lors de son discours, il s’est montré clair en affirmant que l’Albanie ne souhaitait pas former un bloc commercial avec l’UE, parce que son objectif était simple : en faire partie.  

Secousses dans les Balkans

Le Royaume-Uni appuyait l’intégration euro-atlantique des Balkans et, pour la région, il est important que cet engagement reste inchangé. D’un autre côté, le Brexit a renforcé les positions des partis eurosceptiques, ce qui pourrait se traduire par un blocage du programme d’élargissement de l’UE, particulièrement pour les Balkans.

Le processus d’intégration de l’Albanie dépend grandement des réformes nécessaires prévues par l’UE. Bruxelles et les représentants albanais s’accordent à dire qu’une fois les réformes judiciaires votées par le Parlement, le pays peut poursuivre les négociations. Il convient de mentionner que l’Union a un rôle crucial dans ce processus et les investissements financiers dans le pays. Les directives de l’UE, surtout pour ce qui relève du juridique, ont été d’une grande importance lors de la conclusion d’un accord entre le gouvernement et l’opposition. Le chef de mission européen en Albanie était personnellement impliqué dans ce dialogue et des débats de haut niveau ont été menés tout au long du processus.

Le Brexit devenu réalité, l’UE pourrait se concentrer sur ses problèmes internes - ce dont l’Albanie est pleinement consciente. Une moindre attention sera accordée au processus d’élargissement pour les pays des Balkans occidentaux, parce qu’au préalable, tout doit être remis en ordre. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les pays aspirants à adhérer à l’UE, dont l’Albanie, car sans volonté politique, il n’y a que peu d’espoir. D’ici peu, d’éminents représentants européens rencontreront le haut représentant des pays des Balkans à Paris, afin d’avancer sur le « Berlin Process », de sorte que l’adhésion des Balkans devienne réalité, ou pas. Ce qui ressortira de ce sommet permettra de tâter le terrain de la politique d’élargissement post-Brexit.

Il est certain que les conséquences directes se feront ressentir, en premier lieu, dans les pays avec lesquels la Grande-Bretagne entretient d’étroites relations commerciales, mais les experts craignent une réaction en chaîne économique qui pourrait également affecter l’Albanie, ajoutant que l’UE pourrait ne pas être intéressée par le financement de projets dans le pays tant que les problèmes « internes » ne sont pas résolus.

Reste aussi la peur d’un regain nationaliste dans la région des Balkans, en tenant compte de l’explosion des partis populistes à travers l’UE, qui se positionnent contre les politiques d’élargissement et pour la dissolution de l’Union elle-même.

Une chose est sûre : nous entrons dans une zone de turbulences. Seuls les principaux pays de l’UE peuvent aider à piloter l’appareil. Et tandis que nous sommes dans l’expectative, l'heure de la réflexion a sonné…

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Cet article fait partie du projet East Side Stories qui a vocation à déconstruire les clichés décochés contre l'Europe méridionale et donc d'éviter de sombrer dans le côté obscur de la force.