Brexit ou le référendum inutile 

Article publié le 23 juin 2016
Article publié le 23 juin 2016

[OPINION] Quand l’homme jugé pour l’assassinat de la députée pro-UE Jo Cox s'est présenté à la cour en lançant « Mort aux traitres, liberté pour la Grande-Bretagne ! », il a clairement dissipé les doutes concernant ses motivations. Depuis l’attaque, une pétition circule, réclamant l’annulation du référendum sur l’UE. Mais pour l’auteur, ce vote n’avait même pas lieu d’être. 

Le Royaume-Uni. La Grande-Bretagne. Les îles Britanniques. Le pays dans lequel j’ai grandi peut prendre plusieurs formes, au grand dam de nos homologues européens. Mais quelque soit celle choisie pour désigner l’organe politique dont les citoyens auront leur mot à dire lors de l’imminent référendum sur l’UE, ma patrie est sur le point d’écrire une saga qui pourrait définir son identité - tout ça à grands coups de manipulation électorale.

La semaine dernière, le nationaliste Thomas Mair était arrêté pour l’assassinat de la députée travailliste et bénévole intarissable Jo Cox. Compte tenu de cette tragédie, la campagne sur le Brexit s’est vue suspendue temporairement, et plus de 55 000 personnes ont signé la pétition réclamant l’annulation du référendum de jeudi.  

Mais ce référendum n’aurait même pas dû être envisagé. La Grande-Bretagne est une démocratie représentative. Nous élisons les membres du Parlement afin qu’ils prennent ensemble les décisions en notre nom. Alarmisme politique et journalisme racoleur, tous deux suggérant une atmosphère de haine et de peur, ne font que souligner le fait que des personnes éclairées doivent prendre part au débat - sans crainte de représailles violentes venant de ceux qui ne sont pas disposés à voir au-delà des propres besoins de leur communauté insulaire. 

David Cameron n’aurait jamais dû calmer la droite xénophobe britannique - en pleine expansion - par un référendum inopportun dans l’un des systèmes politiques les plus complexes et multiformes de notre époque. Nous n’avons pas notre mot à dire lorsque le gouvernement refuse d’accueillir 3 000 enfants réfugiés non accompagnés, mais on nous demande notre avis sur l’adhésion à l’organisation supranationale qui nous pousse à en faire davantage pour aider les réfugiés ? Mais dans quel monde cela a-t-il du sens ?

Si l’on jette un œil à la rhétorique hors normes utilisée des deux côtés, on reste perplexe quant à la manière dont les politiques se déchargent de toute responsabilité. S’il est convenu que le Brexit détruirait irrémédiablement l’économie britannique, pourquoi voterions-nous pour une telle aberration ? Et si le fait de rester dans l’UE provoquait un afflux de migrants malveillants, avides, et sexuellement agressifs, alors pourquoi diable nos politiciens n’ont-ils pas déjà signé les papiers du divorce ?

Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’une question économique ou migratoire : la question d’identité est au cœur du problème. La façon dont nous serons liés au reste du monde régira la composition politique du Royaume-Uni pour les décennies à venir - et le camp du Brexit s’est montré extrêmement clair à ce sujet. Toute critique légitime de la fonctionnalité de l’UE se noie dans un torrent populiste qui insiste sur la nécessité de « reprendre le contrôle » du pays. 

À l’origine de ce référendum, un premier ministre opposé au retrait de l’Union, mais qui cherche à rester au pouvoir en apaisant l’élan nationaliste. Ceux qui le peuvent doivent maintenant se prononcer sur la façon dont leur pays sera perçu tout au long de cette période charnière de l’histoire européenne. L’heure n’est pas au nationalisme, à moins qu’il ne se manifeste à travers la fierté que nous pourrions ressentir vis-à-vis de notre capacité à faire preuve de décence, humanité et compassion face à cette tragédie - faisons en sorte qu’elle surgisse après un meurtre de sang-froid ou une crise humanitaire.

À présent, la façon dont nous nous définissons aura des répercussions à long terme - et voter pour le maintien est clairement moins préjudiciable. Mais, de toute ma vie, le royaume n’a jamais été si désuni. Il semble que la seule chose sur laquelle nous nous entendions encore c'est que, oui, nous sommes bien des îles. 

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Il nous a été officiellement interdit de citer les Clash, mais la question rappelle bel et bien cette fameuse chanson. Le 23 juin prochain, les citoyens britanniques se rendront aux urnes pour décider, ou pas, du maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Huge. Tant et si bien qu'on a 2 ou 3 choses à dire sur le sujet... Retrouvez notre dossier très costaud sur la question du Brexit.