Brexit : l'Europe qui fait pschitt

Article publié le 3 février 2016
Article publié le 3 février 2016

[OPINION] Les hommes politiques et les hommes d'affaires britanniques poursuivent leurs querelles sur les avantages et les inconvénients économiques et politiques du « Brexit », c'est-à-dire du potentiel retrait britannique de l'Union européenne. Qu'elle qu'en soit l'issue, nous devrions tous nous sentir plus concernés par cette bataille idéologique.

Laissez-moi d'abord vous avouer une chose : je suis moi-même souvent très perplexe devant les détails les plus subtils de la politique du Royaume-Uni, peut-être en raison du fait qu'en tant que fille de diplomate, j'ai grandi à l'étranger, ou du fait que je trouve que les différences politiques et idéologiques entre les principaux partis politiques du pays sont de plus en plus floues.

Cela a peut-être aussi un lien avec ma nature assez indécise : faut-il voter pour un parti, pour un leader, pour la ligne d'un parti ou pour des politiques bien précises ? Quelles que soient mes hésitations en matière de politique en général, je n'ai pas le moindre doute en ce qui concerne le référendum à venir sur l'UE. Je suis entièrement convaincue que la Grande-Bretagne doit rester dans l'Union européenne.

L'économie, la politique et la bonne vieille idéologie européenne

La façon dont l'économie britannique sera affectée par une éventuelle sortie de l'UE est une question qui a très justement pris la première place dans le débat. Les hommes d'affaires britanniques sont divisés, mais la majorité votera tout de même pour que le pays reste dans l'UE. Les plus grandes entreprises américaines ayant des succursales au Royaume-Uni, telles que JP Morgan et Goldman Sachs, par exemple, soutiennent elles aussi la campagne pour le maintien dans l'Union européenne.

Toutefois, un argument des plus convaincants est la grande incertitude qui entoure les liens que le Royaume-Uni entretiendrait avec l'Europe après avoir quitté l'UE. Qu'adviendra-t-il des programmes paneuropéens comme Erasmus, qui fut le temps fort de mes études de langues modernes ? Rencontrer des étudiants venant de toute l'Union européenne, mais aussi de Russie et des États-Unis, m'a considérablement marquée. Le fait que la plupart n'étudiaient pas activement les langues comme je le faisais les a rendus d'autant plus remarquables à mes yeux.

Apprendre une langue étrangère m'a amenée à observer ma patrie avec un peu plus de détachement et m'a apporté des amis pour la vie. C'est pour ce type d'expériences que je m'oppose au « Brexit » : je crois plus que tout en l'idéologie de la Communauté économique européenne et j'ai peur de l'isolement du Royaume-Uni si le pays devait quitter l'Europe en ces temps de crise.

Je ne pense pas être la seule à avoir cette vision intuitive du projet européen. C'est un sujet qui polarise l'opinion parce qu'il n'est pas seulement économique ou politique. C'est d'ailleurs cette absence de consensus politique qui a conduit le Premier ministre britannique David Cameron à déclarer dernièrement une amnistie pour les eurosceptiques du parti conservateur. Ils doivent avoir le droit de faire campagne pour le retrait de l'Union européenne, alors même qu'il prône la mise en place d'une réforme plutôt que la sortie de l'Europe. Les derniers sondages effectués en décembre 2015 montrent que la question divise le camp à parts égales.

Le reste de l'Europe se sent-il concerné par ce débat ?

Soyons clairs : le Royaume-Uni a rejoint la CEE tardivement, soit seize années après sa création par la Belgique, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Le Royaume-Uni a également choisi de ne pas s'impliquer dans la zone euro, choix sans doute judicieux si l'on en croit les différentes crises financières que connaît l'Europe, principalement la Grèce avec son dernier sauvetage financier.

Mais l'entrée de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne a aussi entraîné des changements et des défis à relever pour le pays. L'expansion de l'UE en 2004 a, par exemple, provoqué un accroissement du nombre d'immigrés d'Europe de l'Est venus chercher un emploi au Royaume-Uni. David Cameron a soulevé sans détour la problématique de la libre circulation des personnes dans sa proposition de réforme, à travers la demande d'un plafonnement des indemnités versées aux migrants européens pendant leurs cinq premières années de résidence dans le pays. Sans surprise, les chefs d'État des pays concernés se sont d'abord opposés à cette proposition et l'ont pour la plupart jugée irréalisable. Mais, le 2 février, un préaccord avalisé par Bruxelles répond quasiment à tout ce que Cameron désirait. Entre tout : un certain « mécanisme de sauvegarde » qui aboutirait à la suppression des prestations sociales pour les migrants européens.

Le Premier ministre n'a pas eu la tâche facile pendant ses négociations. On eût dit parfois qu'aucune de ses propositions ne semblait acceptable aux yeux des autres. Le Royaume-Uni a refusé de donner son accord sur un quota de réfugiés, ce qui a généré de la frustration au sein de l'Europe. L'émission satirique allemande ZDH Heute a fait remarquer de façon pertinente que le pays bénéficie déjà d'une relation privilégiée avec l'Union européenne, ainsi que de nombreux avantages financiers.

Et pourtant, la majorité des chefs d'État européens souhaiterait que le Royaume-Uni reste dans l'Union européenne. Après tout, il s'agit de la seconde puissance économique parmi les pays membres. Le « Brexit » pourrait bien causer d'énormes dégâts à l'UE.

Si les jeunes ne s'intéressent pas au débat, les autres décideront pour eux

L'un des autres aspects à prendre en considération dans ce débat est le fossé générationnel. Selon le journal The Telegraph, « 63% des personnes âgées de 18 à 29 ans veulent que le pays reste dans l'UE, alors que 56% de ceux âgés de plus de 60 ans souhaitent que le pays s'en retire ». Ces chiffres sont très significatifs. Si les jeunes ne s'impliquent pas dans le débat du « Brexit », leurs grands-parents pourraient bien décider de leur avenir à leur place.

Pour ceux qui n'ont pas d'avis, la question du référendum sur l'Union européenne peut sembler être un débat au pire insignifiant et incompréhensible, et au mieux, extrêmement confus. Comment les jeunes britanniques peuvent-ils prendre une décision avisée alors que les politiciens d'un même parti sont en plein désaccord ? Il leur faut étudier les faits, analyser les chiffres et réfléchir à l'impact que le « Brexit » pourrait avoir sur l'économie britannique, sur les relations commerciales du pays et sur la position prédominante de la Grande-Bretagne en Europe et dans le monde.

Mais s'ils ne sont pas profondément attachés aux valeurs et aux idées de l'Union européenne, tout cela ne devrait pas avoir d'importance pour eux. L'idée de la solidarité européenne qui s'est manifestée de la manière la plus remarquable qui soit après les attentats de Paris est une valeur qui devrait être prisée et non abandonnée.

___

Cet article a été rédigé par notre équipe locale de cafébabel London. Toute appellation d'origine contrôlée.