Brexit : les jeunes, pas si inactifs que ça

Article publié le 20 juillet 2016
Article publié le 20 juillet 2016

36% seulement. Ce serait le taux de participation de la jeunesse anglaise au référendum sur le maintien dans l’Union européenne. Deux professeurs de la London School Economics (LSE) se sont penchés sur ce chiffre surprenant, pour découvrir qu’ils étaient en fait deux fois plus nombreux. L'occasion de faire un point sur la situation.

« C’est notre Europe », « Vous avez bousillé notre avenir », sont les messages scandés par la jeunesse à ses aînés, au lendemain du référendum sur le Brexit qui s’est tenu au Royaume-Uni le 23 juin dernier. Une jeunesse qu’on s’est empressé de museler, leurs accusations n’étant pas les bienvenues dans la mesure où, selon Sky-Data, seuls 36% des 18-24 ans se seraient rendus aux urnes, permettant ainsi aux partisans du Brexit de remporter le scrutin.

Qui souhaite se plaindre du résultat d’une élection doit en effet commencer par s’acquitter de son devoir citoyen. Or, trois semaines plus tard, une nouvelle étude, menée par la LSE, montre que la jeunesse britannique était en fait deux fois plus nombreuse à s’être rendue aux urnes, puisque 64% d’entre elle ont participé au référendum. On est encore loin des 90% des plus de 65 ans, et à peine en dessous des 26-39 ans qui étaient 66% à voter. Mais on est surtout bien loin d’une indifférence politique prétendument affichée par les deux tiers d’entre elle.

L’indifférence politique, voici le reproche qu’on aime adresser à la jeunesse européenne depuis la fin des années 68. C’est ainsi que les médias internationaux ont relayé sans vérification aucune les 36% annoncés par Sky Data. Or, il s’agissait en fait du taux de participation des jeunes aux dernières élections parlementaires et non au référendum sur le Brexit. Les nouveaux chiffres, bien plus importants, sont issus d’une enquête en quatre questions menée par Opinium, parmi plus de 2000 jeunes. Il en ressort ainsi qu'ils étaient bien plus nombreux à s'être inscrits sur les listes et à être allés voter.

Et ça ne change rien ?

Sommes nous si apolitiques que cela ? Il est vrai que moins de la moitié des Européens âgés de 18 à 25 ans considèrent que les urnes sont un moyen efficace pour exprimer son opinion. Et il est vrai aussi que les jeunes ayant le bac en poche ont tendance à s’engager davantage que ceux qui témoignent d’un niveau de formation moins avancé.

Mais c’est ce même groupe d'âge qui partage bien plus que les autres ses opinions politiques sur les forums et les réseaux sociaux. Les moins de 34 ans sont également ceux qui signent le plus de pétitions. Il devient alors nécessaire de distinguer la participation directe à la vie politique, de la participation indirecte à celle-ci. 

Notons qu’aux États-Unis, ce sont avant tout des associations étudiantes et des organisations pour la jeunesse qui animent le mouvement à succès « Black Lives Matter » et qui, comme il y a 50 ans déjà, se battent contre le racisme et les discriminations. En Allemagne, la crise des réfugiés a su politiser la jeunesse. Ces dernières années, l’intérêt des 12-25 ans pour le monde qui les entoure a augmenté de 36%.

L’Écosse a également montré, lors de son référendum sur l’indépendance en 2014, que la participation directe des jeunes à la vie politique pouvait augmenter facilement. Le référendum sur le maintien du pays en Grande-Bretagne ayant été ouvert aux jeunes dès 16 ans, on a constaté que plus de 80% des votants de moins de 18 ans se sont rendus aux urnes. Selon Opinium, si ce même droit avait été offert aux jeunes du Royaume-Uni en juin dernier, le résultat du vote aurait pu être bien différent.