Brexit : les 27 face au Royaume

Article publié le 28 juin 2016
Article publié le 28 juin 2016

Faut-il presser le Royaume-Uni à demander officiellement le divorce avec l'Union européenne ? C'est sur cette difficile question qu'ont tenté de s'accorder les 27 lors du Conseil européen des 28 et 29 juin. Et ce malgré, de fortes divergences.

« Ici, on n'est pas sur Facebook où le statut est compliqué. Ici, on est mariés ou on n'est pas mariés. » C'est avec ces mots que Xavier Bettel, le premier ministre luxembourgeois, s'est adressé aux caméras, lors de son arrivée au Conseil européen des 28 et 29 juin, à Bruxelles. Il en est même allé d'un lapsus, parlant de « feuille de lutte » au lieu de « feuille de route ». 

Son ton est à l'image de celui utilisé par plusieurs dirigeants européens, suite au référendum du 23 juin dernier au Royaume-Uni. Depuis cet évènement politique inédit, les chefs d'État et de gouvernement des pays les plus europhiles pressent en effet les Britanniques à communiquer, enfin, leurs intentions à l'Union européenne, afin d'entamer le début des négociations de sortie supposées durer deux ans. Le Royaume-Uni est appelé à prendre acte des résultats de ce référendum en notifiant son intention de quitter l'UE par le biais du fameux article 50 du Traité sur l'Union Européenne (TUE). 

« Je n'accepte pas que l'Europe et la Belgique paient la facture »

À l'instar de M. Bettel, François Hollande, Angela Merkel ou encore Charles Michel se sont montrés déterminés, le premier ministre belge affirmant lui aussi à son arrivée qu'il n'accepterait pas que « l'Europe et la Belgique paient la facture pour les décisions qui ont été prises en Grande-Bretagne ».

Au moins, les « europhiles » montrent-ils une volonté claire : il faut aller vite. Le Royaume-Uni doit rapidement notifier son souhait de quitter l'UE. Pourquoi ? L'idée est de débuter au plus vite les négociations de retrait pour donner le plus de clarté possible à l'Union, réaffirmer son autorité et lui éviter qu'elle pâtisse des résultats de ce référendum, quitte à se montrer assez sévère vis-à-vis du futur ex-État membre.

C'est également ce qu'a réaffirmé Jean-Claude Juncker lors la conférence de presse qu'il a donnée avec Donald Tusk, président du Conseil européen, et Mark Rutte, premier ministre des Pays-Bas, dans la soirée du 28 juin. « J'espère que la notification du Royaume-Uni arrivera au plus vite. Il faut accélérer la cadence. »

« Welcome back ! »

Mais difficile d'afficher une unité politique parfaite dans une UE à 27, où l'euroscepticisme gagne du terrain, comme l'illustrent les dernières élections présidentielles autrichiennes, qui ont vu l'extrême droite obtenir presque 50% des voix au second tour. Pour des États moins désireux d'une intégration politique, le ton était beaucoup moins virulent ces derniers jours. Questionnée sur la possibilité d'une non-notification de départ de l'UE de la part du gouvernement britannique, la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, a esquissé un léger sourire pour répondre « Welcome, welcome back! ».

Lars Løkke Rasmussen, premier ministre du Danemark, pays qui pourrait être selon certains le prochain à demander un référendum sur la question, a appelé à un « divorce en paix » avec le Royaume-Uni. Alors que le premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka, a quant à lui déclaré que « le Brexit prendra plusieurs années, et il ne devrait pas être en priorité dans l'agenda » européen, plaidant même pour des changements dans le fonctionnement de la Commission européenne.

Pas d'unanimité, donc, entre les dirigeants à l'aube de la première réunion consacrée à la future Union à 27.

Une réponse ferme

Mais les 27 États membres se devaient d'apporter une réponse commune et d'afficher leur unité à l'occasion de ce nouveau Conseil européen. C'est d'ailleurs ce qui avait été affirmé par l'ensemble des chefs d'État et de gouvernement avant cette réunion historique.

Au vu des conclusions, le consensus trouvé semble plutôt ferme, allant dans le sens des opinions exprimées par les dirigeants europhiles, comme François Hollande ou Angela Merkel. Le Conseil européen réaffirme ainsi, dans une déclaration, que c'est au Royaume-Uni de notifier son intention de quitter l'Union. Et « ceci doit être fait le plus vite possible ».

Mais malgré cette apparente fermeté, tout n'est pas réglé, loin s'en faut. Le Royaume-Uni doit d'abord se manifester, et il n'est pas dit qu'il le fasse dans les prochaines semaines. Ensuite, des négociations sans doute longues auront lieu entre le Royaume et les 27, qui devront se mettre d'accord sur le statut qu'aura l'ex-État membre. Face à une situation juridique et politique inédite, il est impossible aujourd'hui de spéculer sur l'avenir des relations entre le Royaume-Uni et le Continent.