Brexit : le jour où les vieux ont décidé

Article publié le 24 juin 2016
Article publié le 24 juin 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quelle journée ! Le Brexit est acté. La population a décidé de démolir le travail de ces 40 dernières années. On pourrait comparer ce qui vient de se passer au geste d'un enfant qui fait tomber sur un coup de tête la tour en Lego que ses frères et soeurs ont passé des heures à bâtir. Car il est plus facile de détruire que de construire...

Dans un revirement ironique, le seul pays européen dont la langue officielle est l'anglais (la langue que tous les autres Européens utilisent pour communiquer entre eux) quitte l'Union européenne. On va donc parler anglais sans l'Angleterre.

Le français va-t-il devenir la langue véhiculaire ? Ok, ce n'est pas drôle. Juste tellement triste.

Jeudi 23 juin 2016 : 51,9% de la population britannique vote pour le Brexit. Quelles sont les conséquences ?

Les Britanniques ont donné 5 milliards d'euros net à l'UE. Félicitations, vous venez de gagner 5 milliards ! Ils serviront désormais à financer les contrôles aux frontières et les taxes liées au commerce entre pays européens. Quant à tout le reste : les Britanniques ont conservé leur monnaie, la conduite à gauche, leurs unités de mesure, leur format de papier, leur thé, le Commonwealth, des frontières fermées... On peut se demander si leur départ va changer quelque chose.

Ah oui, la situation économique. La bourse de Londres a chuté de plus de 8% ce matin, la livre sterling est tombée plus bas que cela ne lui était arrivé depuis 1985, et il est probable que le Royaume-Uni perde son triple A. Et sur le plan politique ? C'est un peu le chaos. David Cameron vient de démissionner. Il a mis l'Union européenne en jeu, et il l'a perdue.

Certains avancent que le référendum n'était pas une si bonne idée et remettent en question d'une manière générale ce procédé utilisé en politique. D'autres souhaitent peut-être que le Royaume-Uni connaisse une crise économique sans précédent afin de montrer aux partis européens d'extrême droite ce à quoi on s'expose en quittant l'Union.

Mais l'utilité des référendums ne devrait pas être remise en cause. Poser directement une question à la population est le meilleur moyen de prendre une décision légitime et démocratique. Cela montre juste qu'on récolte ce que l'on sème.

Une démocratie a besoin d'un système d'information approprié. L'accès à l'information diffusée de façon impartiale permet d'éviter l'ignorance, le paternalisme et les mensonges. Dans une démocratie, tout le monde a le droit non seulement de s'exprimer, mais aussi d'être informé correctement.

Le débat sur le Brexit a en quelque sorte servi d'expérimentation : que se passe-t-il si l'on ignore ce droit à l'information ?

Rupert Murdoch, Nigel Farage et Boris Johnson (notre Donald Trump britannique) ont gagné cette partie. Âgés de plus de cinquante ans, il y a fort à parier que leurs revenus et leur vie seront peu affectés en cas d'agitation économique résultant d'un Brexit. De plus, si cet événement signe le début de la dissolution de l'Europe et mène à une autre guerre européenne dans cinquante ans - on est en droit d'envisager le pire - ils ne la subiront pas. Nous si.

Heureusement, les chiffres montrent que ceux dont la vie sera affectée le plus longtemps par cette décision ont voté pour le maintien. Notre génération est européenne, quels que soient les résultats, quelle que soit la décision politique.

On aurait donc tort de souhaiter un krach économique au Royaume-Uni. Cela nous affecterait tous, et surtout cela rendrait leur situation politique encore plus incertaine.

Gardons à l'esprit une vision plus globale. Cet événement dépasse largement les frontières de ce seul pays. Nous nous attaquons aux fantômes du passé, mais au lieu de représenter un avenir dans lequel nous serions unis, nous nous divisons entre pro-Europe et Eurosceptiques. Cela nous affaiblit et donne moins de poids à notre voix - dans un monde où c'est la cacophonie.

En réalité, le scepticisme envers l'Union européenne est très sain : "ils" s'asseyent dans leur chateau et décident de choses dont personne ne veut. En ce moment, ils s'apprêtent à privatiser l'eau partout en Europe. Le néolibéralisme et ses conséquences... Chapeau aux politiques européens et à leur lobbys. On récolte ce que l'on sème.

Mais que voulons-nous, au fond ?

La liberté de circulation, la liberté pour tous, l'unité, la paix, la stabilité économique, le travail, les services sociaux ?

On peut avoir tout cela. L'Union européenne peut en être l'instrument mais ne doit pas forcément l'être. Finalement, l'UE est juste un symbole et la somme de toutes nos actions est l'instrument. L'unité et la démocratie sont des processus constamment en évolution qui nécessitent l'implication de tous. On récolte ce que l'on sème.

Ce référendum a montré que notre voix - la voix des jeunes - n'a pas été suffisamment forte. Les anciens ont décidé du futur contre la voix des jeunes. Le gouvernement britannique ne peut sans doute pas donner tout ce qui était en place et qui est souhaité - ce que l'UE pouvait donner et qui fonctionnait. Mais pour le reste, nous sommes les acteurs qui pouvons oeuvrer pour l'unité, la paix et la liberté.

L'essentiel du message ? Ecrivons-plus, faisons-en plus, sortons et partageons nos opinions. Ne soyons pas invisibles et impuissants. Soyons l'avenir et montrons-le à tous les pays.

On récolte ce que l'on sème.