Brexit : la nuit blanche d'un Anglais en colère (avec des GIFS)

Article publié le 25 juin 2016
Article publié le 25 juin 2016

[OPINION] Cette nuit, je n'ai pas fermé l'œil. À la place, j'ai suivi l'avancée du référendum depuis mon appartement parisien, vu mes espoirs et mes rêves s'écrouler lentement, et la Grande-Bretagne basculer vers l'isolationnisme et le nationalisme. Au moins, j'avais un chaton à câliner.

20h00 : Je suis citoyen de l'Union européenne, et j'habite en France

20h30 : J'entre dans mon appartement parisien les bras chargés de provisions : du vin, du pain, du scrutin.

21h00 : Ma femme, Américaine, m'appelle : elle est en déplacement en Californie. Nous sommes plutôt confiants.  

21h30 : Une Espagnole, une Polonaise et un Italien arrivent chez moi. Aucune blague raciste. 

23h00 : Les bureaux de vote ferment leurs portes dans tout le Royaume-Uni (heure française). Les votes clos, on ouvre une bouteille de vin.

23h22 : David Clegg du Daily Record poste le tweet suivant.

00h00 et quelques : Gibraltar vote à 96 % pour le maintien. Évidemment, je pense que ce sera la tendance du reste du pays. 

Aux environs de 1h00 : Newcastle vote à 51 % pour le maintien. C'est plus serré que prévu, mais ça passe non ? Je carresse le chat.

01h10 : L'ensemble des Européens se moque du nom de certains bleds britanniques. Stockton-on-Tees ? Clackmannanshire ? Broxbourne ? Plus le Leave gagne du terrain, moins ils rient. 

Au moment où on termine la pizza : Sunderland, ville pro-Leave réputée, dépasse nos pires attentes et vote à 61 % pour le Brexit. La livre chute de 3 %.

1h30 : Cinq des 382 bureaux de vote annoncent leur résultat, Twitter annonce une Troisième Guerre mondiale. Le chat me mord. On ouvre une deuxième bouteille. 

1h45 : Ma femme appelle. Nous ne sommes plus aussi confiants. 

1h50 : David Clegg du Daily Record poste le tweet suivant.

Un peu avant ma sieste de 10 min : Les premiers résultats londoniens redonnent un peu d'espoir. Malgré des records dans certaines zones (jusqu'à 80 %), les spécialistes estiment que ce n'est pas suffisant. 

Un peu après ma sieste de 10 min : Birmingham vote pour le Brexit. Le chat a disparu, la queue entre les jambes. 

En manque de sommeil, et un peu ivre : Nigel Farage dit quelque chose à propos de « Independence Day » - le film ne m'a pas vraiment laissé ce genre de souvenir. 

5h45 : La BBC l'annonce. Le Royaume-Uni quitte l'Union européenne.

6h00 : Je me fais un café, je n'ai dormi que dix minutes.

7h10 : La livre a chuté de presque 10 % sur le dollar, c'est la plus forte variation de son histoire. Elle vaut maintenant aussi peu qu'en 1985. Pendant un court instant, j'essaie de comprendre les conséquences d'un tel évènement. 

7h30 : Ma femme appelle. Il est fortement probable que nous devions quitter la France dans les deux ans à venir. 

9h30 : David Cameron annonce sa démission, qui prendra effet dans 3 mois. L'article 50, qui définit les modalités d'un retrait de l'UE, entrera en vigueur une fois le nouveau premier ministre en place. Boris Johnson, Michael Gove et Theresa May sont les successeurs pressentis. 

La suite de la sale histoire ? Nicola Sturgeon annonce qu'un second référendum sur l'indépendance de l'Écosse est fortement probable. Le Sinn Féin annonce son intention de demander la réunification de l'Irlande. Sans trop savoir comment, Donald Trump apparaît sur un terrain de golf écossais et débite des conneries opportunistes, nous rappelant qu'il est bel et bien candidat à la présidence des États-Unis. Dans seulement 3 mois, je pourrais ne plus être citoyen de l'Union européenne.