Braquage au Parlement européen, le non-événement du mois

Article publié le 13 février 2009
Article publié le 13 février 2009
Article écrit par Julien De Cruz Certains ont pris le parti d'en rire. D'autres relatent l'événement avec une certaine inquiétude, en tout cas la nouvelle aura vite fait le tour de la communauté expatriée bruxelloise. Jeudi, un individu s'est introduit dans l'enceinte du Parlement Européen à la barbe des gardiens de sécurité et a braqué le guichet de la banque ING.
Il est reparti tranquillement avec son butin. Malgré les efforts du service de sécurité et de la police, le malfrat court toujours.

Rien vu, rien entendu

Au lendemain de l'incident, l'événement ne fait pas la « une » de la presse belge. La Libre Belgique souligne, à l'appui d'une interview de Frédérique Ries, Députée européenne, les failles du système de sécurité du bâtiment. Elle est très étonnée et choquée que telles choses puissent arriver aujourd'hui au Parlement. Dans Le Soir, on se contente de relater les faits. Il est vrai que les Belges ont d'autres chats à fouetter quand le scandale de la banque Fortis s'enlise chaque jour un peu plus.

Il n'y a finalement que le petit cercle des eurodéputés, assistants parlementaires et autres employés du Parlement Européen pour s'inquiéter du braquage.

Café Babel a recueilli le soir même les témoignages de quelques stagiaires et assistants qui souhaitent rester anonymes. Ils n'ont rien vu, rien entendu mais ils ne sont pas étonnés: les contrôles de sécurité disent-ils, s'appliquent aux personnes de l'extérieur et certains employés badgés ou non. Pour les députés, l'entrée est libre, ainsi que pour leurs assistants, fontionnaires et autres techniciens. Il est difficile de savoir qui est soumis à contrôle ou non. Ces incohérences ont sûrement permis à ce culotté cambrioleur de passer entre les mailles du filet. Parmi ces jeunes professionnels, cela dit, je remarque la détente et la volonté de dédramatiser. L'événement finalement les fait rire, ils ne s'y attendaient pas, mais il était prévisible...

Un symbole politique

A-t-on raison d'en rire ? La réponse est oui, car finalement même pour ces jeunes qui sont proches du sérail, le braquage est un non-événement. On veut presque même saluer ce braqueur, non pour son acte mais pour avoir créé malgré lui un beau symbole politique. Il a réussi à faire tomber le Parlement de son piédestal, prenant une revanche sur ce monde fermé et prétendu inviolable, planté au cœur de Bruxelles avec ses grandes façades en verre. Pendant qu'on s'agite au Parlement pour savoir comment trouver une issue européenne à la crise, un petit belge est venu tranquillement rééquilibrer ses gains en empruntant la porte de service.

Parlement_europ_en2.jpg Il y a quelques semaines, un habitant de Schaerbeek s'en prenait violemment aux institutions européennes lors d'un débat organisé par Café Babel Bruxelles, il avait écrit un poème et déclaré que les jeunes belges étaient aujourd'hui désespérés et prêts à tout. Ce braquage de l'absurde nous en donne une illustration tragicomique. Pour la petite histoire, Frédérique Ries avait beaucoup apprécié le poème.