Brando Benifei : histoire d'une étoile montante

Article publié le 21 avril 2015
Article publié le 21 avril 2015

Dans le cadre de sa campagne YouthinMotion, Cafébabel Bruxelles a posé 3 questions à l'un des plus jeunes membres du Parlement européen, l'italien Brando Benifei

cafébabel Bruxelles : C'est assez peu commun d'être élu à seulement vingt-huit ans. Comment êtes-vous entré en politique, et pourquoi au niveau européen ?

Brando Benifei: J'ai commencé le militantisme politique assez jeune, quand j'étais au lycée en Italie. J'étais mobilisé contre la politique de Berlusconi en matière d'éducation. Je suis alors devenu un membre actif des Jeunes démocrates (à ce moment-là, ils se faisaient encore appelés Leftist Youth, la Jeunesse Gauchiste), puis je suis rentré au conseil national. Quand le Parti Démocratique a été créé, j'étais l'un des jeunes membres actifs de ma province. Cependant, ce n'est qu'en 2009 que ma carrière politique a fait un bond en avant, lorsque j'ai été élu à la tête des affaires européennes pour les jeunes démocrates au niveau national et vice-président d'ECOSY (Jeunes Socialistes Européens) pour quatre ans. 

J'étais, en même temps, un membre du conseil provincial de ma région et je m'occupais de l'éducation, de l'égalité des chances et des affaires sociales. Je dois ajouter que j'ai toujours été un fédéraliste européen convaincu. Je crois qu'aucun pays européen ne peut faire cavalier seul dans le contexte de mondialisation actuel et que l'avenir de chacun de nos pays est fortement connecté à celui de l'Union européenne. Un projet unique que nos pères fondateurs prévoyants ont mis en place et que nous devons chérir et raviver. Les quatres années que j'ai passé en tant que vice-président d'un mouvement de jeunesse paneuropéen n'ont fait que renforcer cette conviction. Par conséquent, ma candidature au Parlement européen l'année dernière était pour moi une étape naturelle à passer.

CB : L'enjeu principal de l'Union européenne, c'est le chômage des jeunes. En quoi la politique au niveau européen pourrait-elle être utile ? 

BB : Nous travaillons, au niveau européen, quasi sans relâche pour lutter contre ce fléau d'après-crise. La Commission a lancé plusieurs initiatives à ce sujet, de l'initiative de l'emploi des jeunes (YEI) à une garantie pour la jeunesse ou Erasmus plus etc. Personnellement, je suis un fervent défenseur de ces politiques : je figurais parmi ceux qui, à l'origine, ont rédigé la proposition de SPE (Services publics de l'emploi) pour que cette dernière soit ensuite partiellement adoptée par la Commission et je suis actuellement rapporteur fictif du groupe S&D pour l'augmentation du préfinancement du YEI, annoncée par la Commission en février dernier pour encourager les actions de l'UE à ce sujet.

Cependant, permettez-moi d'être clair : aucune stratégie ou initiative peut avoir un effet structurel et global en soi. La garantie pour la jeunesse ne crée pas d'emploi, elle aide simplement à rassembler l'offre et la demande. Ce dont nous aurions besoin pour renverser cette tendance inquiétante serait une politique économique européenne complète axée sur la croissance, une politique industrielle renouvelée dans toute l'UE. À cette fin, le plan d'investissement de Juncker est déjà un pas en avant, surtout si on le compare aux actions de la Commission de Barroso pour relancer l'économie, qui s'élève à zéro, avec son approche de l'austérité axée sur le budget. Cependant, il y a encore beaucoup à faire et nous devons continuer notre combat vers une nouvelle approche de la croissance.

CB : Vous travaillez pour les mesures d'économie sociale au niveau européen. Pensez-vous que ce secteur pourrait être utile pour lutter contre la crise économique ? Qu'est-ce que pourrait apporter le secteur aux principaux enjeux européens ? 

BB : Je crois profondément que la reprise économique doit prendre en considération les dimensions sociales. L'économie sociale peut fournir une précieuse contribution au renouveau du dialogue social européen parmi plusieurs intervenants et elle peut être le pouvoir d'attraction des valeurs fondamentlales au coeur de l'UE telles que la solidarité. C'est particulièrement important en période de crise politique comme celle actuelle dans laquelle l'euroscepticisme atteint un niveau épouvantable. De plus,  les acteurs de l'économie sociale ont souvent subrogé les États membres pour leurs manques à fournir des services aux citoyens et la nature mutualistique de ces réalités les rend extrêmement importantes pour souligner l'idée que l'économie ne devrait pas avoir un profit individuel comme c'était son premier objectif mais plutôt un intérêt public qui est l'intérêt des citoyens européens. 

L'Europe, avec son « invention » traditionnelle de bien-être, constitue (et devrait constituer encore plus) un modèle unique de croissance de qualité, qui prend en compte tout d'abord le bien-être des personnes. Cela implique que les services sociaux ont un rôle très important à jouer, à la fois au niveau privé et public. De plus, il est prouvé qu'ils ont une valeur économique élevée, tout comme d'autres secteurs déterminants. Par exemple, en tant que socialiste, je suis un fervent défenseur de la nécessité des emplois de qualité, ce qui permet un équilibre entre vie professionnelle et familiale, un enrichissement personnel et une égalité des sexes. Cela va sans dire que le secteur social joue un rôle essentiel pour rendre ces objectifs possibles (pensez par exemple, au secteur de la santé qui assure une immense contribution aux familles).