Bouclier anti-missiles, version Nouvelle Europe

Article publié le 7 septembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 7 septembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Une base anti-missiles américaine au cœur de l’Union européenne ? Varsovie et Washington négocient.

Suite aux indiscrétions rapportées par The Guardian, John Bolton, sous-secrétaire d’Etat américain à la maîtrise des armements, très embarrassé, a dû le confesser : depuis plusieurs mois, Washington a entamé des entretiens ultra confidentiels avec les gouvernements de Pologne, de République tchèque et de Hongrie sur la construction d’une énorme base anti-missiles enfouie, comprenant des lanceurs intercepteurs destinés a neutraliser d'éventuelles menaces balistiques en provenance du Moyen Orient (comprenez ici de Syrie et d’Iran).

Douche froide pour la vieille Europe

La base serait composée de plusieurs parties : le site balistique à proprement parler qui serait placé sur le territoire polonais, ainsi que diverses stations radar relativement imposantes (on parle de près de 100 km2 de terrain nécessaires, et donc à exproprier) qui seraient construites sur les territoires tchèque, hongrois et slovaque.

Cela a fait l’effet d’une douche froide à Bruxelles. Un an après les polémiques relatives à la « vieille » Europe, un peu plus d’un an après les prises de position américanophiles inattendues des pays d’Europe centrale dans la crise irakienne, on espérait avoir fermé la parenthèse.

Le groupe de Visegrad, qui réunit la Pologne, la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie est, sur le plan géographique, le cœur de l’Europe. Les perspectives de développement économique et social de ces pays se placent également dans un contexte principalement européen. Leur futur est l’Europe.

Et pourtant, dans un climat de suspicion, de quasi conspiration, ils négocient avec les Etats-Unis pour la construction d’une base militaire qui, une fois réalisée, bouleverserait toutes les perspectives de politique extérieure européenne vis-à-vis du Moyen-Orient.

Peu leur importe que de telles révélations mettent les principales capitales d’Europe occidentale dans l’embarras. Celles-ci s’étaient, contrairement aux lignes directrices dictées par Washington engagées dans la construction d’un dialogue exclusivement diplomatique avec la Syrie et l’Iran. Désormais, elles se retrouvent dans la très embarrassante position de celui qui n’est même pas en mesure de contrôler ce qui se passe chez lui.

L’Union européenne, tombant des nuages moelleux de Bruxelles, a découvert du jour au lendemain que les Etats-unis allaient construire au cœur de son territoire leur installation militaire la plus importante hors Amériques. Une installation, soit dit en passant, qui contredirait complètement les principes du traité ABM (Anti-Ballistic-Missile) vaillamment défendus par l’Europe.

Riches mais pas en sécurité

Mais pourquoi un tel comportement ? Les pays du groupe de Visegrad sont extrêmement sensibles à la sécurité nationale. Et, aujourd’hui, ils se retrouvent à devoir transmettre une bonne partie de leur souveraineté récemment acquise (et donc encore plus précieuse) à une Europe qui peut leur garantir le développement économique mais qui, à l’heure actuelle, ne peut faire plus : elle peut les faire se sentir riches, mais pas en sécurité.

L’Europe centrale est depuis des siècles l’agneau sacrificiel des exigences d’autrui : d’abord immolée sur l’autel de l’Allemagne nazie à Munich, puis sur celui de la Russie communiste à Varsovie. Ces peurs ne sont pas fantaisistes, elles naissent d’une mémoire historique encore bien vive dans l’esprit des citoyens des pays de Visegrad, et de l’idée qu’ils se font de leurs voisins : des Etats à demi effondrés comme la Biélorussie et l’Ukraine où, de temps en temps, les armes nucléaires « disparaissent ».

Varsovie veut « sentir » la présence américaine sur son sol, elle veut se sentir en sécurité, protégée. Tant que les pays d’Europe centrale ne sentiront pas la présence européenne, parler d’intégration sera impossible.

Tant qu’il n’y aura pas de projets réalistes sur la défense et la sécurité commune, des pays comme la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, ou encore la Lituanie, « menacée » par l’enclave de Kaliningrad, ne pourront pas se considérer pleinement intégrés et ils iront voir ailleurs pour satisfaire leurs exigences. A ce moment seulement, on pourra commencer à penser à l’idée d’une politique commune. Pas avant.