Borislav Sandov : vert tout-terrain

Article publié le 25 novembre 2015
Article publié le 25 novembre 2015

Il vient d'organiser l'une des plus grandes manifestations pour l'environnement que la Bulgarie ait jamais connue, doit affrontrer les affres d'un procès contre une société minière et mener campagne pour son parti. Expert, homme politique et militant, Borislav Sandov n'a plus vraiment de temps pour lui. Il nous en a tout de même accordé un peu.

Borislav Sandov est « énormément » influencé par sa ville natale, Madan, au sud de la Bulgarie, dans le massif des Rhodopes : « C'est grâce à elle que j'accorde une grande importance à l'équité », confie-t-il. Cette ville a été construite sous l'ancien régime socialiste, pour tirer profit de l'extraction minière de la région. On pouvait y rencontrer des gens venus des quatre coins de la Bulgarie, toutes religions confondues. Mais l'état actuel des choses dans la région n'est pas si reluisant. 

« C'est très triste de voir à quel point la ville a changé aujourd'hui. Après l'arrêt des activités minières, le niveau de vie a vraiment baissé et les habitants n'ont plus de salaire », explique-t-il. Quand il pense à l'état de sa ville natale, il se demande parfois s'il ne devrait pas y retourner pour militer localement. Mais il a déjà choisi le chemin de la politique et du militantisme de grande ampleur.

J'ai parlé avec Borislav la veille de son départ pour Lyon où l'attendaient des débats sur le climat. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander s'il lui restait du temps pour lui, et même si la réponse était prévisible, il m'a répondu : « Un petit peu... ».

Il a commencé à militer en 2000. Après un diplôme de géographie, une discipline à laquelle il dit devoir beaucoup de sa vision des choses, il est devenu un expert du domaine, et plus tard, un homme politique. Il a également été à la tête du parti bulgare écologiste Zelenite (Les Verts), créé en 2008, qui fait désormais partie du Parti vert européen. Comme il l'explique avec fierté, aujourd'hui le parti n'a pas de leader, mais les rôles sont partagés au sein d'une structure horizontale. « En même temps, nuance-t-il, je suis toujours au coeur du parti. »

Quand je lui demande si quelque chose le décevait dans l'état actuel de la politique, il me répond : « Le statu quo. Même s'il peut aussi me motiver. Je suis parfois frustré du fait que les choses changent trop lentement, et que les gens ne réagissent pas assez vite. »

Le 12 novembre dernier, une grande manifestation a eu lieu en Bulgarie pour dénoncer l'usage abusif des ressources naturelles par des oligarques locaux, et Borislav était un des organisateurs. Il parle avec franchise et enthousiasme du progrès de la participation de la société civile en Bulgarie. L'histoire du mouvement écologiste remonte aux premiers dissidents en 2005, qui voulaient préserver le site d'Irakli  sur la côte de la mer Noire. Depuis, le mouvement n'a fait que progressé.

Borislav est un des nombreux jeunes leaders qui participeront à la COP21 à Paris en décembre. À la question, pensez-vous qu'une telle conférence puisse engendrer de profonds changements politiques ? Il admet être « un petit peu découragé ».

« J'ai l'impression d'un déjà-vu. J'étais à Copenhague en 2009 et ça a été une grande déception après de grands espoirs. Cependant, c'est la grande participation de la société civile à la COP21 qui me donne de l'espoir, si la pression de l'opinion se maintient. Le rassemblement de grands groupes de militants est déterminant. On peut s'y faire des contacts. Les multinationales représentent un problème conséquent et quand nous, groupes écologistes, nous nous unissons à travers de tels réseaux - quand nous nous rencontrons et quand nous nous parlons - nous créons des mécanismes efficaces pour une contre-offensive. Nous savons ainsi comment agir. »

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Cet article fait partie d'un projet intitulé #21faces qui propose de faire le portrait de 21 jeunes écolos innovants à travers l'Europe en amont de la COP21, la grande conférence mondiale sur le climat organisée à Paris.