Borgen, une femme au pouvoir.

Article publié le 9 mars 2012
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Article publié le 9 mars 2012
Le Danemark est devenu une véritable machine à exporter des séries télé. Après le succès obtenu avec The Killing, adapté aux Etats-Unis, Borgen, une histoire sur la Politique locale a obtenu les éloges de la critique européenne.

Il y a beaucoup de façon de faire une critique télévisuelle : présenter une analyse objective de ce que nous allons voir, décrire à l’audience ce qu’il va se passer dans les détails, ou simplement, donner de bonnes raisons aux téléspectateurs d’aller voir Borgen, comme l’a fait finement quelqu’un avec moi.

Il y a beaucoup de façon de faire une critique télévisuelle : présenter une analyse objective de ce que nous allons voir, décrire à l’audience ce qu’il va se passer dans les détails, ou simplement, donner de bonnes raisons aux téléspectateurs d’aller voir Borgen, comme l’a fait finement quelqu’un avec moi.

Les origines

Produite par DR/Danish Broadcasting Corporation, les danois visionnent la série pour la première fois sur la chaîne DR1 aux alentours de 2010. Deux années plus tard, la BBC (Royaume-Uni) obtient les droits de diffusion et l’apporte dans les foyers de millions de personnes. Arte, chaîne franco-allemande diffuse les 2 premiers épisodes le jeudi 9 février. Le journal Le Monde avait pour tâche d’attirer l’audience et de susciter l’intérêt. Mais qui pourrait être intéressé par la politique danoise ?

La série raconte l’arrivée au pouvoir, pour la première fois dans l’hstoire du pays, d’une femme, qui devient premier ministre tout en devant affronter un double désaccord : avec les partis formant le gouvernement et avec la presse. Sa victoire électorale représente le principal ingrédient de cette fiction : le pouvoir, la politique et la presse, un triptyque qui prépare le futur du pays (hasard ou non, en 2011 une femme est devenue premier ministre au Danemark).

Les déceptions, les scandales, les pactes secrets, les luttes pour le pouvoir, ce qui peut être dévoilé, ce qui est caché, ce qu’il ne faut pas savoir, l’envie de contrôler les médias, les arrangements avec les journalistes sont derrières les décisions politiques, qui intéressent peu les citoyens Danois. Brigritte Nyborg (Sidse Babett Knudsen ) prend part à ce chaos tout en restant fidèle à ses principes. Venue du parti politique modéré, elle apparaît comme la première ministre que tout le pays souhaiterait avoir. Cependant, même dans un pays moderne comme le Danemark, le fait d’être une femme est un handicap. Mariée à un professeur d’Université, elle a deux enfants peu présents dans sa vie de tous les jours. Elle se concentre sur sa mission politique en obtenant un arrangement avec son mari, qui doit renoncer à sa carrière pour pouvoir s’occuper de leurs enfants. Elle est belle, intelligente, travailleuse, combative, avec une grande capacité de négociation, mais avant tout c’est une femme normale comme n’importe quelle autre femme (il est d’ailleurs curieux de la voir au début se préoccuper de son apparence physique). Après des journées marathoniennes de travail, elle essaye de continuer à arriver à l’heure à la maison pour aider ses enfants à faire leur devoir, leur raconter une histoire, faire la vaisselle et maintenir vive la flamme dans son couple.

Le secret réside dans la trame

Une trame bien écrite et bien enlevée qui avance rapidement, sans ennuyer une seconde, quelques dialogues précis demandant au spectateur toute son attention et qui montrent qu’en politique le plus important est de se maintenir au pouvoir ou de le faire tomber (selon le côté où l’on se trouve), même si l’on doit battre son adversaire à coup de révélations scandaleuses.

A cela, il faut ajouter les scénarios bien choisis permettant de créer des espaces de rencontres et d’échanges. Le Parlement (appelé Borgen au Danemark), où se trouve son bureau de premier ministre (elle y vient d’ailleurs en vélo), et où défilent les dirigeants des différents partis ; le plateau de télévision et la rédaction de la principale chaîne danoise, où se succèderont aussi les représentants politiques du Pays (répétant à qui veut l’entendre qu’il est impossible de se fier en quiconque) ; la maison de Brigitte, en périphérie de Copenhague, ouverte avec peu de séparation entre les pièces. Et en fond, Copenhague, dont la vie quotidienne décrite par les images semble plus ordonnée et calme que certaines villes du sud de l’Europe.

En moins d’une heure, chaque épisode décrit la vie quotidienne d’une équipe gouvernementale fragile qui risque de s’effondrer comme un château de cartes à chacune des attaques ennemies. On apprend aussi que la parité homme/femme est loin d’être atteinte même dans un Pays « avancé » comme le Danemark. Brigitte Nyborg pourra t elle mener une grande carrière politique sans occulter sa vie personnelle ? Les deux sont-elles incompatibles ? Le dernier épisode de la première saison semble donner un début de réponse à la question, montrant qu’il est possible de tout concilier lorsque les qualités humaines sont à la base du succès.

Il faut voir Borgen car la série apporte une réelle innovation dans un panorama télévisuel globalement ennuyeux, mais aussi parce qu’elle est la preuve que nous savons faire des programmes de qualité en Europe, même inspirés des Etats-Unis (le créateur de Borgen ne se cache pas que sa série s’est inspiré de programmes américains comme The West Wing/A la maison Blanche).

Il existe une deuxième saison de Borgen, déjà diffusée au Danemark. Dans le reste de l’Europe nous devrons continuer d’attendre pour savourer la suite. Ce qui parait certain c’est que l’audience semble toujours au rendez-vous et que mon danois (à l’origine inexistant) s’est considérablement amélioré. Il est certain que Borgen sera diffusé dans beaucoup de pays. Avec The Killing, Borgen a placé le niveau de la fiction télévisuelle européenne très haut. Par ailleurs, dans peu de temps nous aurons le plaisir de découvrir une co-production suédo-danoise appelé Bron. Et Tak !

Un article de Cristina CARTES, traduit par Adrien JEAN