Bons baisers de Bruges: la belle et la bê...l'anglais

Article publié le 8 août 2009
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Article publié le 8 août 2009
Bon baisers de Bruges est un film de Martin McDonagh sorti en 2008, sorte de drame policier tragicomique et légèrement onirique, dans lequel deux malfrats britanniques (dont l'un irlandais) sont envoyés au frais sur le continent, en "vacances" malgré eux. Jusqu'à ce que...

Le film met donc en scène avec délice deux britanniques à priori "typiques", considérant tout le reste du continent comme un endroit au mieux bizarre, au pire, chiant. Le tout avec force emphase qui prête volontairement à sourire, voire à s'attendrir devant ces deux hommes simples, d'origine modeste, un peu perdus loin de leur "chez eux". Déjà, on sait que le film ne sera pas ce qu'il semble être...

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Ce qui frappe rapidement, c'est que tous les personnages grotesques rencontrés sont américains (ou canadiens), depuis les touristes obèses au pied du monument (voir l’extrait) jusqu'au nain cocaïnomane et raciste jusqu'à l'absurde, en passant par le canadien politiquement correct du restaurant. Et ils ont tous en commun d'être "radicalement différents", d'une certaine manière, littéralement, monstrueux. Ces rencontres, loin d’être fortuites, sont d’ailleurs l’occasion de souligner cette « altérité », avec un humour grinçant.

Cela ne s'arrête pas aux rencontres puisque cet ailleurs-repoussoir "américain" est présent même hors champs, comme lorsque les malfrats se scandalisent auprès de leur trafiquant d’armes russe.

« Quoi ? une Uzi ? Tu me prend pour qui ? Tu crois que je vais dégommer une dizaine d’enfants noirs dans un taudis de los Angeles ? Qu’est ce que c’est ce que cette merde, je veux une vraie arme…»

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Il faut dire que leur truc à eux, ce n’est pas seulement le fric. C’est aussi, et surtout, l’honneur, un vestige de l’ère précapitaliste et aristocratique enraciné dans la vieille Europe...

Bref le sentiment d’étrangeté de ces deux « anglais » sur le continent est radicalement contrebalancé par une différence encore plus radicale, celle d’avec les « monstres » autres, ceux de l’autre coté de l’océan.

Au point que, finalement, l’improbable se produit. Notre Irlandais buté se rapproche de Bruges de la manière la plus intime qui soit, en tombant amoureux d'une belle autochtone (Belge ou Française, peut importe, c’est « tout pareil » dirait-il). Au point d’envisager, lors de sa cavale, de s’installer sur le continent et de parler « l’une de leurs multiples langues ».

Et on partage un peu du vertige inquiet qu’il ressent devant cet immense « endroit » ou l’on peut passer en quelques heures de voyage d’une langue à l’autre, d’un monde à l’autre. Comme la Belgique finalement, mais en très grand. Bien plus grand même que le Royaume-Uni…

On devine que l’auteur, dramaturge, connait bien ce milieux populaire britannique et ce sentiment ambivalent face à l’Europe, à la fois très proche physiquement et toujours autre. Mais il montre aussi, assez subtilement, tout ce que ce sentiment a de suranné, d’anachronique, et d’attendrissant.

Peut être même, suggère-t-il par là que ce sentiment est d’autant plus intense qu’il a moins d’assises réelles, comme si c’était une façon un peu désespérée pour ces braves types d’affirmer « leur » identité, leur différence par l’opposition au reste du continent, mis dans le même sac (« eux » et « nous »). Différence qui s’avère à la pratique de plus en plus relative au regard d’un ailleurs encore plus lointain, à tous les sens du terme…

Bref, Bon baisers de Bruges est aussi, en filigrane, un « Bon baisers d’Europe », un regard britannique attendrit et optimiste sur « l’europeisation » malgré eux de ceux que l’on attendrait le moins…