« Bondage ? Mais qu'est-ce que c'est…? »

Article publié le 4 juillet 2012
Article publié le 4 juillet 2012
En matière de sexe, il semble exister une proportion inverse entre la connaissance sur ce sujet et les situations embarrassantes : plus on s'y connaît en terminologie sexuelle, moins on aura l'occasion de se taper la honte. Non pas que lors des conférences de rédaction de cafebabel.
com nous parlions tout le temps de sexe, mais le mot bondage a provoqué l'étonnement pendant notre dernier brainstorming. Et dire que nous, les éditeurs, pensions n’être pourtant pas nés de la dernière pluie

Quelle est la chose que seuls partagent les gens qui parlent polonais, italien, anglais et espagnol ? Arrête de penser au bondage, pervers. En fait, je voulais parler de l'expression : « je ne suis pas né d'hier » (« no nací ayer »). Par exemple, le vendeur de pączek de Varsovie est en train de t'arnaquer ? Lance-lui « Nie urodziłem się wczoraj » si tu es un garçon ou « Nie urodziłam się wczoraj » si tu es une fille. Si, au contraire, c'est le chauffeur de taxi de Rome qui te fait payer comme si tu étais Sofia Loren, aucun doute, forme une pince avec les doigts de ta main et lâche sans hésitation : « Non sono nato ieri, OK?! »

Avec l'anglais, c'est la même chose. D'ailleurs, tu peux toujours proférer « I wasn't born yesterday ! » quand quelqu'un essaye de « te tirer la laine sur les yeux » (« To pull the wool over somebody's eyes ») ou tente de t'emmener faire un tour (« To take somebody for a ride »). Dans les deux cas, on essaye de te berner ou, simplement, on veut se payer ta tête. Alors, montre leur que tu n'es pas « vert derrière les oreilles » (« To be green behind the ears »)!

D'autres versions en anglais de cette expression s'emploient plus ou moins, en fonction du lieu où tu te trouves. Alors que charrier un Irlandais peut te valoir un « Je ne viens pas de remonter le fleuve sur un nénuphar » (« I didn't just float up the Liffey on a lily », en parlant du fleuve qui traverse Dublin), se moquer d'un habitant des États-Unis peut finir par un « Je ne suis pas mouillé derrière les oreilles» (« To be wet behind the ears »). En revanche, si tu trouves qu'un « Yankee » te traite comme un plouc, tu peux toujours lui répondre que « tu n'es pas tombé hier du camion de navets » (« I didn't fall off the turnip truck yesterday »).

Si on laisse le bondage et les navets de côté, qui peut vivre derrière la lune (« Hinter dem Mond leben ») et avoir l'arrière des oreilles de couleur verte (« Grün hinter den Ohren sein ») ? Non, ce n'est pas la description d'un alien, mais bien, selon les germanophones, quelqu'un qui est né de la dernière pluie. Comme nous l'avons déjà vu, la version verte de cette expression est aussi partagée par ceux dont l'anglais est la langue maternelle. Est-ce que ceux-ci utilisent aussi l'expression « arrêter de croire à la cigogne » (« Noch an den Klapperstorch glauben ») ?

Pour leur part, les Français préfèrent une version plus météorologique que l'espagnol « Je ne suis pas né d'hier » ou que l'allemand « J'ai arrêté de croire à la cigogne ». D'ailleurs, ils assurent généralement qu'ils ne sont pas nés de la dernière pluie. De plus, si c'est nous qui blaguons à propos de quelqu'un c'est sûrement parce-qu'il vit sur une île. Néanmoins, si le sujet en question est un vrai idiot, les Français pourront toujours dire qu'il n'a pas inventé la poudre ni l'eau tiède, ni le fil à couper le beurre.

Caricature : © Henning Studte