Bombay Bicycle Club : ça sent la rose...

Article publié le 22 avril 2014
Article publié le 22 avril 2014

Le groupe londonien est aux anges depuis que leur 4ème album So long, see you tomorrow est arrivé en tête des charts britanniques. cafébabel a rencontré le chanteur et compositeur heureux du groupe, Jack Steadman, pour parler du nouvel album, de Bollywood, d'influences orientales et de chambres minuscules à Tokyo.

Lorsque on ar­rive au Tra­bendo pour notre ren­dez-vous avec Bom­bay Bi­cycle Club, on aper­çoit Jack Stead­man au loin. Le sou­rire aux lèvres et sa gui­tare au­tour du cou, il s'avance vers nous. Le chan­teur-com­po­si­teur nous in­vite à bord du bus du groupe et nous pro­pose des bières, ves­tiges de la soi­rée de la veille à Ham­bourg. Sans se sé­pa­rer de son sou­rire, il admet qu'il n'au­rait pas pu trou­ver pire point de chute que le par­king situé à l'ar­rière du Tra­bendo. Im­pos­sible de le contre­dire. L'en­droit est jon­ché de tas de boues et de pièces d'écha­fau­dage. Pen­dant la tour­née, ce bus sert de chambre et de lieu de vie à l'un des groupes les plus en vogue d'An­gle­terre. Bien que tous ses membres aient moins de 25 ans, Bom­bay Bi­cycle Club tourne de­puis bien­tôt 10 ans. 

ca­fé­ba­bel : Com­ment se passe la tour­née ?

Jack Stead­man : Il y a tou­jours des hauts et des bas. On a dé­marré la tour­née à Bruxelles puis on est par­tis à Am­ster­dam, à Co­pen­hague et nous voici à Paris. Les shows scan­di­naves étaient gé­niaux, c'était la pre­mière fois qu'on jouait là-bas et les gens étaient vrai­ment très contents de nous voir. Hier soir à Ham­bourg, c'était un peu bi­zarre. J'ai l'im­pres­sion que nos fans al­le­mands pré­fèrent nos an­ciennes chan­sons, des  mor­ceaux plus pro­fonds et agres­sifs avec plus de gui­tares. Quand on a joué les nou­veaux qui sont in­fluen­cés par les mu­siques orien­tales ou d'autres aux so­no­ri­tés plus dance, ils avaient l'air un peu per­dus.

ca­fé­ba­bel : Quand vous re­tour­nez jouer dans des villes, est-ce tou­jours dif­fé­rent de la pre­mière fois ? 

JS : Quand on re­vient dans une ville avec le groupe, on se rend compte com­bien les choses changent. C'est pa­reil d'une ville à l'autre mais il y a un an les tour­nées étaient vrai­ment dif­fé­rentes. On ne les pre­nait pas au­tant au sé­rieux et on fai­sait la fête tout le temps, par­fois nos concerts étaient hor­ribles et ponc­tués d’une grande gueule de bois. On a passé deux ans à pro­duire le disque nous-mêmes et on y a mis beau­coup de pas­sion. On part en tour­née et on veut que le concert soit vrai­ment bon main­te­nant, c'est vrai­ment dif­fé­rent du temps où les tour­nées n'étaient juste qu'une ex­cuse pour faire la fête et s'écla­ter. 

ca­fé­ba­bel : Penses-tu que c'est pro­duc­tif de lire ce que l’on dit sur vous ?

JS : C'est une très mau­vaise idée, mais je l'ai quand même fait. J'en suis au­jour­d'hui à un point où je suis heu­reux, où je n'en ai rien à faire. Tant que  quelques per­sonnes aiment ce qu'on fait et que l'on peut faire des concerts, tout va bien.

ca­fé­ba­bel : Je vous ai vus jouer une fois à Cam­bridge et j'ai perdu le contrôle de mes bras et de mes jambes, ils sont de­ve­nus fous. Quelle est la ré­ac­tion que vous aimez pro­vo­quer chez votre pu­blic ?

JS : Je veux juste qu'ils sou­rient tout le temps.

ca­fé­ba­bel : Quel est le mes­sage de votre mu­sique ?

JS : Je ne pense pas que notre mu­sique ait un mes­sage, mais en tant que groupe on veut juste être le genre de groupe que le pu­blic a envie de re­joindre sur scène. On est des gar­çons comme les autres, il n'y a rien de mys­té­rieux à notre sujet. Sur scène on a l'air de geeks mal­adroits et j'aime ça parce qu’on est sans pré­ten­tion. Si vous ajou­tez à ça le fait qu'on a réa­lisé cet album avec peu d'ar­gent et qu'il est ar­rivé nu­méro 1 des ventes au Royaume-Uni cela trans­met un mes­sage fort aux gens : que l'on n'a pas be­soin de por­ter des fringues de marque ou de se la ra­con­ter comme le font les rocks­tars. Et qu'on n'a pas for­cèment be­soin de payer cher pour un pro­duc­teur. Qu'il suf­fit d'ai­mer la bonne mu­sique. 

ca­fé­ba­bel : Est-ce que tu t'in­té­resses à la po­li­tique ?

JS :  C'est tout le contraire. 

ca­fé­ba­bel : Qu'est-ce que cela veut dire ? 

JS : Je n'en ai stric­te­ment rien à faire. Je n'y prête au­cune at­ten­tion.

ca­fé­ba­bel : Est-ce qu'à un mo­ment donné, tu as perçu la po­li­tique comme une source d'ins­pi­ra­tion ?

JS : À aucun mo­ment. (Si­lence). Il n'y a que la mu­sique qui m'in­fluence, pas les évè­ne­ments qui se passent au­tour de moi. 

ca­fé­ba­bel : Quelles étaient les in­fluences clés qui t'ont ac­com­pa­gné quand tu as com­mencé à faire de la mu­sique ?

JS : Tout a com­mencé avec Flea et John Frus­ciante. J'avais 13 ans et je com­men­çais la basse. Il était en constante évo­lu­tion et j'ai beau­coup ac­cro­ché à ça. 

ca­fé­ba­bel : Avais-tu un plan B quand tu étais à l'école ? Y a-t-il quelque chose que tu te ver­rais faire de­main si tout cela  s'ar­rê­tait ? 

JS : Après le lycée je de­vais aller à l'uni­ver­sité pour étu­dier le fran­çais. J'avais été pris à Man­ches­ter. Mais je sa­vais, dès que j'ai com­mencé à faire de la mu­sique, que c'était ce que je vou­lais faire. Je  ne me suis ja­mais ima­giné faire autre chose. J'ai tou­jours cru de­puis mon plus jeune âge que je réus­si­rais dans cette voie. La mu­sique est la seule chose en la­quelle je crois.

ca­fé­ba­bel : Qu'est ce que tu te ver­rais faire dans quelques an­nées, une fois li­béré de toutes obli­ga­tions ?

JS : J'ai deux plans. Le pre­mier est d'ou­vrir un café jazz, je ne sais pas où en­core mais je ne pense pas que ce sera à Londres. L'idée m'est venue de ceux que j'ai vus à Tokyo. Je vais là-bas chaque année juste pour ache­ter des disques. Les ma­ga­sins là-bas ont la taille d'une chambre (en­vi­ron 10m2). Il y a quel­qu'un der­rière le comp­toir, 10 000 disques dans la salle et deux haut-par­leurs dans un coin. Per­sonne ne parle dans la pièce parce que tout le monde écoute la mu­sique. C'est comme une bi­blio­thèque et je suis tombé amou­reux de ce concept. Je n'avais ja­mais rien vu de tel en de­hors de Tokyo et je vou­drais bien ou­vrir le mien. Après ça, j'ai­me­rais bien de­ve­nir chauf­feur de train. Ce se­rait un super bou­lot. Mon es­prit se­rait libre. Mais je ne pense pas que ce sera pos­sible, je ne sais même pas conduire une voi­ture. 

ca­fé­ba­bel : D'où vient cette mu­sique de Bol­ly­wood qu'on en­tend sur l'al­bum ?

JS : C'est la mu­sique du film Nagin, sur un char­meur de ser­pents. J'ai passé un mois à Bom­bay. J'ai écouté pas mal d'al­bums et je pas­sais pas mal de temps dans des ma­ga­sins de  disques. La mu­sique vient di­rec­te­ment du film, c'est juste un sample.

Écou­ter : So long, see you to­mor­row (IS­land Re­cords)

Bom­bay Bi­cycle Club joue­ront à l'oc­ca­sion du Main Square Fes­ti­val à Arras, le 4 juille pro­chain.