Blair le charmeur en France sarkozyste

Article publié le 28 janvier 2008
Publié par la communauté
Article publié le 28 janvier 2008
Tony Blair est récemment venu porter main forte aux cadres de l’UMP dans la bataille des municipales françaises. Maniant avec habileté l’humour comme arme de communication politique, l’ex -Premier ministre aurait-il donné une leçon de comédie à notre « énergétique » président ?

Comment dérider un parterre de notables et militants UMP engagé pour une lutte aux municipales à l'enjeu bien évidemment local (toute similitude entre ce congrès et les grand-messes du sarko-superstar de l'époque de la campagne présidentielle étant bien évidemment fortuite)?

Tony, jamais avare d’une bonne blague

Réponse : appelez Tony, le cousin anglais, jamais avare d'une bonne blague et toujours prêt à détendre les invités. Jadis chantre de la « Cool Britannia », l'ancien Premier ministre britannique n'a rien perdu de sa verve et de son aisance. Après avoir rappelé qu'en Angleterre il était travailliste, il ajoute dans un français agrémenté d'un léger accent qu'en France il serait "... probablement au gouvernement". Et de rires. Mais non bien sûr, rassurez-vous, nous apaise Tony ; il serait au Parti Socialiste « du côté de ceux qui travaillent à le rénover. » On a dû beaucoup rigoler au PS qui a été royalement snobé par Tony lors de son escapade française. On le comprend, ce récent converti n'est pas vraiment en odeur de sainteté parmi les socialistes français.

Qu’importe, notre ami ex-locataire du 10 Downing Street sentait son auditoire charmé. Il s'est donc permis une autre petite incartade au code des meetings conservateurs. Il a salué notre président "énergétique dans tous les domaines". Sarkozy a tellement rit qu'il avait du mal à refermer sa mâchoire; même Bigard chez Benoît XIV ça n'était pas aussi drôle.

Les vertus de l’humour politique, différences de style

Les instants de comédies que nous a offert Blair sont riches d’enseignements. Ils montrent à ceux qui en doutaient encore que le comique est très utile en communication pour faire passer les plus grosses pilules. Ici, celle d’un chef de file du renouveau socialiste européen se tirant la bourre avec un président de droite prônant une ouverture plutôt contestée.

Il est intéressant de confronter la prestation britannique avec la conférence de presse fleuve menée par Nicolas Sarkozy un jour plus tôt. On a vu le même président s'essayer à la même stratégie. Un peu d'humour peut s’avérer utile apaiser les masses ces jours-ci bien grises. Problème: quand Sarko blague on grince des dents. A la journaliste qui l'interroge sur Carla Bruni il répond "je suis étonné que vous ayez attendu la deuxième question". A Laurent Joffrin (rédacteur en chef du quotidien Libération) qui s'inquiète des dérives d'une monarchie élective, il répond du tac au tac "on est dans la société du développement durable, mettez vous au goût du jour". Sarko manipule l'humour aux dépens de ses interlocuteurs, dans le but de les réduire au silence et afin que nul n'ignore que les règles du jeu sont fixées par lui. On a vu exactement la même stratégie pendant la campagne présidentielle, le candidat s'en prenait à ses opposants par le biais de (bons) mots soigneusement choisis.

Blair de son côté joue sur le registre de l'humour britannique, par petites touches, presque par maladresse (le dérapage sur "énergétique" était-il calculé?). Il s'en remet à la part d'absurde de la politique et n'approche le sujet de la vie du président que par une allusion discrète. Cette stratégie a plus de charme et remporte les faveurs de son auditoire (déjà conquis il est vrai).

Blair, vainqueur du match d’impro

Dans le jeu de la communication politique par l'humour, l'anglais a ainsi montré sa supériorité au jeu de l’impro. Tact et de finesse et malice valent mieux que répartie assassine et mépris affiché. On passera sur le rictus auto satisfait de Nicolas lorsqu'il sort ses vannes, tellement moins agréable que le regard paumé à la Géo Trouvetout de Blair.

Donnons tout de même un avantage à Sarkozy, au moins quand il cherche à nous entuber à coups de blague on reste sur nos gardes. Un Blair, par sa rhétorique aiguisée, a sûrement fait beaucoup de coups en douce avec son air malicieux.

Julien de Cruz.