BlaBlaCar babille en Turquie

Article publié le 27 octobre 2015
Article publié le 27 octobre 2015

Une entreprise française évaluée à 1 milliard de dollars qui prône le partage, la convivialité, le cool, est-ce bien raisonnable ? Le site de co-voiturage BlaBlaCar relève le défi. Un an après son implantation en Turquie, nous avons souhaité faire un premier bilan : on a testé pour vous BlaBlaCar en Turquie. Une expérience alla turca.

À la base du site, une idée toute simple : partager un trajet en voiture avec des inconnus pour faire des économies. Le succès est rapide, le co-voiturage devient une évidence dans l’esprit de beaucoup de jeunes européens et le site internet s’internationalise. À la conquête des pays voisins dans un premier temps, BlaBlaCar s’exporte toujours plus loin, tant au Mexique qu’en Turquie.

Des garçons qui préfèrent les filles

Fraîchement débarqué à Istanbul et au moment de chercher un moyen de rejoindre Antalya pour quelques jours, l’étudiant français 2.0 un peu fauché a un réflexe : « Faut que j’trouve un covoit’ ». Étonnamment, ils sont plutôt nombreux, certains déjà complets et la promesse est tenue : il est possible de faire plus de 700 kms pour moins de 50 livres turques (15€). La réservation est effectuée 3 jours à l’avance, les contacts avec le futur conducteur plutôt amicaux. BlaBlaCar a donc réussi à lier toute une planète, avec une philosophie commune de partage et de bienveillance, des valeurs de confiance qui traversent les frontières, la preuve avec ce covoiturage... en Asie !

L’engouement est peut-être un peu rapide. La veille au soir du départ et après avoir demandé confirmation du lieu de rencontre, le conducteur annule car il a « d’autres amis ». Plutôt mourir que d’abandonner ce doux rêve de plages sauvages et paysages méditerranéens, il s’agit de ne pas se laisser abattre par ce qui doit être une malchance. Prise de contact avec un nouvel internaute, échanges cordiaux, soudainement soldés par un « I prefer girls ». C’est sans appel, BlaBlaCar suit la douce lignée du Sexsurfing, celle des sites internet de partage fréquentés par des hommes qui aiment beaucoup le partage, mais avec des femmes de préférence. Le troisième est tout de même le bon et même s’il faut se lever à 4h du matin pour l’attraper à l’aéroport Sabiha Gokcen, l’avantage est que l’arrivée à destination ne sera pas trop tardive. Quel soulagement d’être enfin installé dans une voiture, même avec 45 minutes de retard, même recroquevillé sur la place du milieu entre une pile de sièges enfants et un grand Allemand.

Murat roule vite, s’arrête pour un premier petit-déjeuner qu’il partage avec toute la voiturée. Puis pour une nouvelle pause çay (thé turc, ndlr). Puis une heure, pour rendre visite à sa mère qui offre un nouveau petit-déjeuner à tout le monde. En définitive, chaque heure est l’occasion d’une pause, au grand bonheur d’un fessier endolori s’élargissant à mesure des petits-déjeuners et souffrant d’un espace qui ne grandit pas, mais au grand détriment des vacances supposées commencer plus tôt. Antalya se profile tout de même vers 18h et le généreux conducteur fait sans hésiter un détour pour déposer ses covoitureurs devant l’hôtel réservé à la dernière minute. Le paiement se fait encore en liquide et sans intermédiaire quand on utilise BlaBlaCar en Turquie mais dans ce cas, Murat refusera le moindre centime.

L'économie du partage, un nouveau concept en Turquie

Cette expérience de BlaBlaCar en Turquie a été menée durant Kurban Bayramı, fête religieuse très importante en Turquie, et ce sont près de 160 000 sièges libres qui ont été proposés sur le site à cette période de l’année. La portion Istanbul-Antalya est d’ailleurs la troisième plus populaire, derrière Istanbul-Ankara et Istanbul-Izmir. La communauté turque fait partie des 20 millions d’utilisateurs du site à travers le monde et comme leurs voisins, ils sont plutôt jeunes (moyenne d’âge 28 ans). Ils justifient cet usage tant pour les économies que pour l’aspect social de l’expérience, c’est d’ailleurs sans étonnement que 99% des utilisateurs turcs indiquent qu’ils sont « blablabla » sur leur profil, soit qu’ils adorent parler avec leurs hôtes durant les trajets.  

L’équipe turque de BlaBlaCar installée à Istanbul nous confie que « BlaBlaCar a été « chaleureusement accueilli dans le pays et que les retours sont positifs ». Quand on évoque les difficultés qu’il est pourtant possible de rencontrer, intervient rapidement la question culturelle et de la possibilité d’implanter un même modèle dans des pays aussi différents que la Turquie, le Mexique ou l’Inde. Pour eux, la solution est « d’améliorer le produit et de communiquer avec les membres au regard de ces différences culturelles ». Le point névralgique, c’est la confiance et pour la renforcer, la stratégie de l’entreprise en Turquie consiste à obliger les membres à se connecter au site grâce à leur compte Facebook.

Une autre innovation « made in Turkey » consiste à permettre la vérification du numéro de la carte d’identité des membres, afin de créer des « profils de confiance. Comme ailleurs, c’est finalement le système d’appréciation entre membres qui remporte la palme de l’instrument parfait pour mettre en valeur les membres fiables ou signaler les utilisateurs problématiques. Malheureusement, autant que l’expérience des utilisateurs est nouvelle, les appréciations sont encore très peu nombreuses sur les profils. « L’économie du partage en général et le covoiturage en particulier sont de tout nouveaux concepts en Turquie », remarque l’équipe stambouliote de l’entreprise. En attendant une implantation sur le long terme, il a été mis en place une équipe de relations avec les membres, « répondant aux questions de la communauté, écoutant attentivement leurs retours », et l’une des priorités de BlaBlaCar est « l’éducation des gens au covoiturage ».

Même si le retour d’Antalya en covoiturage est encore annulé la veille au soir, qu’il faut se rabattre en urgence sur un bus de nuit compromettant économies, partage et convivialité : « ce n’est que partie remise ». Après tout, l’optimisme est un prérequis pour qui croit en l’avenir mondial de l’économie collaborative.

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Istanbul. Toute appellation d'origine contrôlée.