Birgit Õigus : la voix de la forêt

Article publié le 10 novembre 2015
Article publié le 10 novembre 2015

50% de l'Estonie est recouverte de forêts. Au-delà des chiffres, il semblerait que le rapport entre les Estoniens et la nature soit une source d’inspiration continue. En août dernier, un groupe d’étudiants de l’Académie des Beaux-Arts de l’Estonie a réalisé une série de mégaphones géants en bois et en a inauguré l’installation le 18 septembre, au beau milieu de la forêt dans le comté de Võru.

Cafébabel : Birgit, comment est née ton idée de créer des structures en forme de mégaphones en bois, qui pourraient s’insérer en harmonie dans la forêt estonienne ?

Birgit Õigus : Nous étions chargés de créer une sorte de bibliothèque dans une forêt. Dès le début j’avais clairement l’idée de n’apporter aucun livre dans la forêt. L’installation s’appelle Runp (runpor signifie mégaphone, ndlr) : le concept étant que les sons de la nature passent à travers ces   « mégaphones » et soient amplifiés par la structure que nous avons créée. La forêt a un catalogue infini de véritables « livres audio » qui se renouvelle en permanence. Runp a été créé pour permettre de nous relaxer grâce à la paix que la nature nous offre. Le premier objectif est d’abandonner notre premier sens, la vue, afin d’exclusivement nous concentrer sur l’ouïe. Il s’agit en fin de compte d’un lieu pour sortir de tout qui est habituel pour nous.

cafébabel: Comment est née la collaboration avec Derelict Forniture, l’entreprise qui a fourni les matériaux ? Étant donné que Derelict recycle le bois des déchets industriels et des amas de bois abandonné, quelle est l’origine des mégaphones ?

Birgit Õigus : Nous les avons consultés, ils nous ont aidés à penser de façon créative. Mais les mégaphones ont en l’occurrence complètement été créés à partir de nouveaux matériaux.

cafébabel: Quel est ton rapport avec les forêts ? Comment t’es-tu sentie la première fois que tu as entendu ces sons amplifiés 

Birgit Õigus : J’affectionne beaucoup les forêts estoniennes. J’aime me promener entre les arbres lorsque j’ai besoin de me vider la tête. J’étais heureuse lorsque nous avions achevé l’installation et l’essai. Les sons présents dans la nature sont totalement différents des sons de la ville : ils sont si purs et agréables que la première fois que je les ai entendus amplifiés, ça a éveillé  en moi une sorte de souvenir agréable. Il s’agit de sons à la fois familiers et nouveaux, parce qu’ils sont souvent oubliés et inécoutés.

cafébabel: Quels sons reproduisent les mégaphones ? Y a-t-il quelque chose qu’on n’entendrait pas sans eux ?

Birgit Õigus : La forme symbolique des mégaphones aide les personnes à se concentrer et à écouter ce qui se passe autour d’elles : cela permet de nous rappeler ce que la nature a à nous dire. Le bois n’est pas un matériau dur ou rigide comme l’acier, mais est plus léger et « accueillant ». La forme amplifie les sons d’une certaine fréquence comme un vrai mégaphone, tandis que le bois ajoute une acoustique plus délicate à ce qui en sort dehors.

cafébabel: À Paris se déroulera la COP21, quelle confiance nourris-tu envers les grands évènements mondiaux qui s’occupent des changements climatiques ? Et quel rôle peut avoir l’art sur ce type de processus ?

Birgit Õigus : Je ne suis pas scientifiquement préparée à de tels sujets, mais selon moi les artistes peuvent faire réfléchir leur public s’ils créent un objet qui propose un certain objectif. Comme par exemple mes mégaphones qui amplifient les sons qui nous entourent tous les jours mais qui ne peuvent pas être entendus par la majeure partie d’entre nous.

cafébabel: Comment penses-tu que les forêts puissent être préservées dans le futur ?

Birgit Õigus : Moi, je m’occupe du design et de l’architecture. Dans la mesure de mes moyens, j’ai essayé de tendre vers un design qui ne pollue pas, qui ne soit pas uniquement entouré par l'environnement mais qu’il en fasse partie intégrante. L’état de santé de la nature concerne d’avantage les spécialistes dans ce domaine. D’après moi, il est primordial de vraiment préserver les forêts et qu’elles ne soient pas complètement abattues : une forêt permet à un territoire de mieux grandir. Elle garantit par ailleurs aux personnes qui habitent ce territoire de vivre mieux. L’Estonie est un des 5 premiers pays de l’UE avec le plus haut pourcentage de zone boisée, à environ 55-60%. J’espère qu’il en sera toujours ainsi.

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Cet article fait partie d'un projet intitulé #21faces qui propose de faire le portrait de 21 jeunes écolos innovants à travers l'Europe en amont de la COP21, la grande conférence mondiale sur le climat organisée à Paris.